L’affaire fait jaser en terres vaudoises et cause de sérieuses tensions au sein du Parti socialiste (PS) vaudois. Alors que la nouvelle conseillère nationale Brenda Tuosto a demandé et obtenu une dérogation pour pouvoir continuer son mandat à la Municipalité (exécutif) d’Yverdon-les-Bains parallèlement à sa nouvelle mission fédérale, d’autres camarades ont préféré suivre à la lettre l’esprit des statuts de la formation politique. C’est le cas de Jessica Jaccoud et Jean Tschopp, qui vivront leur dernière journée en tant que députée et député au Grand Conseil ce mardi 27 novembre.
Voici, pour mémoire, ce que dit l’article 48 de la bible du parti à la rose: «Les mandats de député-e au Grand Conseil ou de Conseill-er/ère d’État ou de membre d’un exécutif d’une commune importante sont incompatibles avec un mandat de député-e aux Chambres fédérales. Le CD peut accorder une dérogation.»
«Cela a toujours été une évidence que je démissionnerais du Grand Conseil en cas d’élection au Conseil national, en accord avec nos statuts, assure à Blick Jessica Jaccoud. D’autres, comme Nicolas Rochat Fernandez, l’ont fait avant moi.» Trouve-t-elle problématique la dérogation accordée à sa collègue Brenda Tuosto? Si oui, le règlement de son parti doit-il être toiletté? Celle qui s’apprête à siéger sous la Coupole ne souhaite pas commenter la polémique en cours.
«Tout a été fait dans les règles»
Jean Tschopp est plus loquace. Lui aussi affirme que, dans son cas, démissionner du législatif cantonal était une certitude en cas d’élection à la Chambre basse. Il précise toutefois que, concernant sa camarade yverdonnoise, «tout a été fait dans les règles». «Nos statuts prévoient que les municipaux d’une ville importante puissent demander une dérogation et que le comité directeur est libre d’y répondre favorablement ou non.»
Le responsable juridique de la Fédération romande des consommateurs (FRC) estime en outre que le code de sa famille politique n’a pas besoin d’être révisé. «Il est normal que des exceptions puissent apparaître en fonction des situations et nos statuts sont pensés pour, appuie-t-il. Dans le cas présent, j’observe que la dérogation n’a pas été accordée à la légère et qu’elle est assortie de conditions — une limite de temps, ce que je trouve plutôt sain.»
Néanmoins, n’y a-t-il pas trop de dérogations accordées pour pouvoir toujours parler d’exceptions? Jean Tschopp répond par la négative. Alors, ne faudrait-il pas, a minima, que les prétendantes et prétendants à la candidature qui auraient d’ores et déjà un mandat — normalement incompatible avec celui visé — déclarent ce qu’ils feront en cas d’élection? «Peut-être, on peut toujours s’améliorer… Mais jusqu’où doit-on demander aux personnes de se projeter et de prévoir comment ils aménageront leur vie et leur activité en cas de potentiel succès électoral?»
Amertume à Yverdon-les-Bains
Un avis que ne partage pas l’ancien député socialiste Stéphane Balet, qui a quitté le comité directeur du PS d’Yverdon-les-Bains notamment à cause du non-choix de Brenda Tuosto, révélait «Le Temps» le 23 novembre. La principale intéressée, quant à elle, s’est défendue ce lundi dans les colonnes de «La Région». Sa dérogation, qui court jusqu’en 2026, doit laisser le temps à sa section «de préparer la relève à Yverdon et de le faire dans de bonnes conditions».
La trentenaire confie par ailleurs regretter que la question du double mandat n’ait pas été «évoquée clairement» avant le lancement de sa campagne. «Je me suis engagée […] afin de participer à la liste avec mes colistiers et maintenant, j’aimerais pouvoir aller de l’avant sereinement, avec le soutien de mes camarades. Il est difficilement compréhensible pour moi d’être intégrée sur une liste et de me le reprocher ensuite.» Une remarque qui fait bondir une figure du PS Vaud: «C’est faux! Bien sûr que la question a été discutée à l’interne. Je crains que tout ceci ne crée de grosses divisions au sein du parti.»