Au Parti socialiste (PS) vaudois, les exceptions sont désormais la règle. Tant mieux pour la fraîchement élue conseillère nationale Brenda Tuosto qui, grâce à une dérogation gracieusement accordée ce mardi 21 novembre par sa famille politique, pourra continuer de siéger à la Municipalité (exécutif) d’Yverdon-les-Bains parallèlement à sa nouvelle fonction fédérale.
Celle qui militait autrefois chez les Jeunes Vert-e-x-s avait besoin de cette largesse devenue habitude au fil des ans. Voici ce que dit l’article 48 des statuts du PS: «Les mandats de député-e au Grand Conseil ou de Conseill-er/ère d’État ou de membre d’un exécutif d’une commune importante sont incompatibles avec un mandat de député-e aux Chambres fédérales. Le comité directeur peut accorder une dérogation.»
En théorie, donc, la trentenaire dont l’expérience législative est proche du néant aurait dû faire un choix. Mais en théorie seulement, tant les dérogations sont courantes pour contourner tel ou tel engagement pourtant formellement pris par les grands éthiciens du parti à la rose: Roger Nordmann, Pierre-Yves Maillard, Fabienne Freymond Cantone, Nicolas Mattenberger, Roxane Meyer Keller… La liste de personnalités ayant obtenu un passe-droit est longue comme le bras.
Des hypocrites en puissance
À la base, ces limitations morales que s’est auto-imposé le PS ont plusieurs nobles objectifs: éviter que des dinosaures accrochés à leur fauteuil sacrifient la relève au nom de leurs intérêts personnels, prioriser des mandats difficiles à additionner au vu de leur complexité et de la charge de travail qu’ils représentent ou encore empêcher l’ivresse du pouvoir en dessinant un horizon clair, synonyme de date de sortie pour tout le monde. Résultat: un ratage sur toute la ligne.
Ce code de conduite, pensé par des parangons de vertu, est appliqué par des hypocrites en puissance. Le pire, les lignes rouges tracées initialement pour limiter le pouvoir sont celles utilisées aujourd’hui pour renforcer l’emprise de la direction. Vous êtes dans ses bons petits papiers? Vous pouvez rempiler ou cumuler. Vous agacez? Demandez ce qu’il en est à l’ancienne conseillère d’État Anne-Catherine Lyon, contrainte à jeter l’éponge après avoir été désavouée publiquement.
L’heure de l’examen de conscience a sonné. Le PS doit se replonger dans ses principes et reconnaître ses erreurs. Changer ses statuts en les adaptant à sa pratique — pas si différente de celle de ses adversaires… — serait un bon début.