La justice tranche ce lundi
Marine le Pen présidente: et si c'était fini?

Lundi, la justice française pourrait mettre hors-jeu la candidate naturelle du Rassemblement national à la prochaine élection présidentielle. Que se passera-t-il dans ce cas?
Publié: 31.03.2025 à 06:07 heures
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Dernière mise à jour: 31.03.2025 à 09:38 heures
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Marine Le Pen est jugée ce lundi 31 mars dans l'affaire des emplois fictifs du Parlement européen.
Photo: AFP
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Marine Le Pen est jugée ce lundi 31 mars dans l'affaire des emplois fictifs du Parlement européen.
Photo: AFP
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Richard WerlyJournaliste Blick

Imaginons la scène un instant: une France politique au sein de laquelle Marine Le Pen ne pourrait plus jouer son rôle. La cheffe du Rassemblement national (le parti de droite national populiste présidé par Jordan Bardella) peut en effet se retrouver condamnée ce lundi 31 mars à abandonner sa prochaine candidature – déjà déclarée – à l’élection présidentielle de 2017. Que se passerait-il alors?

Evitons d’abord les spéculations. La réponse à cette question sera connue tôt ce lundi, avec l’énoncé du jugement dans l’affaire des «détournements de fonds publics» et des «emplois fictifs» reprochés à 25 dirigeants du RN, dont Marine Le Pen, accusés d’avoir utilisé des assistants du Parlement européen pour des tâches nationales sans rapport avec leur mission officielle.

Elimination politique

Une seule configuration entraînerait l’élimination politique de Marine Le Pen: sa condamnation à cinq ans d’inéligibilité avec «exécution immédiate», ce qu’a requis le parquet en plus de cinq ans de prison et 300'000 euros d’amende. Si l’exécution immédiate n’est pas prononcée en revanche, la patronne des députés RN interjettera appel, et la peine prononcée sera suspendue jusqu’à son prochain procès. La route de l’Elysée ne sera donc pas fermée.

Il est très probable en revanche qu’une marginalisation forcée de Marine Le Pen par la justice provoquera un ouragan politique en France, où l’intéressée est l’une des personnalités les plus populaires. La preuve: le dernier sondage Ifop pour Le Journal du Dimanche la crédite de 34 à 37% des intentions de vote au premier tour. Quels seraient donc les scénarios?

Révolte de son parti

Le scénario le plus probable sera d’abord celui de la révolte de son parti et de ses électeurs. Comment? Le Rassemblement national pourrait décider de présenter rapidement une motion de censure contre le gouvernement du Premier ministre centriste François Bayrou, qui ne dispose pas de majorité à l’Assemblée nationale et survit grâce à l’absence d’une coalition majoritaire d’opposition.

Malgré ses 120 députés, le RN ne peut pas faire tomber seul le gouvernement. Mais il suffirait d’un accident politique pour que la censure soit votée par les députés de gauche et du RN ensemble, comme cela fut le cas le 4 décembre 2024, entraînant la démission du gaulliste Michel Barnier. 

Le président de la République se retrouverait dans ce cas de figure dans une position très inconfortable, peut-être obligé de dissoudre à nouveau l’Assemblée. Ce qu’il pourra de nouveau faire à partir de juillet. A ses risques et périls.

Guerre de succession

Une guerre de succession s’ouvrirait aussi à la droite de la droite. D’abord au sein du Rassemblement national où le candidat de rechange le plus légitime est le jeune président du parti, l’eurodéputé Jordan Bardella, âgé de 29 ans. 

Celui-ci avait d’ailleurs créé la polémique en affirmant, en novembre 2024, qu’un candidat à la présidentielle doit présenter un «casier judiciaire vierge», ce qui ne sera pas le cas de Marine Le Pen si elle était définitivement condamnée par la justice. Mais attention: une autre personnalité, revenue dans le giron du parti national populiste, est dans les starting-blocks: la députée européenne Marion Maréchal, petite-fille de Jean-Marie Le Pen et nièce de Marine.

Cette succession aurait à coup sûr un impact dans le reste de la droite. A partir du moment où Marine Le Pen ne pourrait pas se présenter en 2027, le jeu redeviendrait très ouvert. Pourquoi? Parce que si elle est candidate, comme en 2012, 2017 et 2022, la cheffe du RN est assurée de se qualifier pour le second tour. Il n’y aura donc qu’une place en lice contre elle en finale, ce qui complique la donne pour tous les présidentiables.

Champ de bataille

L’éviction de Marine Le Pen transformerait la droite en champ de bataille avec, en tête de gondole, l’actuel ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau et l’ancien Président de la région Rhône-Alpes Auvergne Laurent Wauquiez (tous deux candidats à la direction du parti Les Républicains), mais aussi des personnalités telles que Gérald Darmanin. Conséquence: le jeu redeviendrait aussi plus ouvert au centre droit, sur le terrain actuellement occupé par le Premier ministre François Bayrou et l’un de ses prédécesseurs, Edouard Philippe.

Marine Le Pen hors-jeu? Ce serait un tremblement de terre. Même s’il ne faut pas oublier les leçons de l’histoire: cette dernière a en effet perdu les trois précédentes élections présidentielles, dont deux face à Emmanuel Macron. Lequel ne peut pas se représenter dans deux ans, car la Constitution interdit trois mandats élyséens consécutifs.

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