Protection solaire et bouclier fiscal
Affaire Valérie Dittli: Les 5 étapes d’une descente aux enfers à la vaudoise

Après la crise, le Conseil d'Etat vaudois se réorganise. Valérie Dittli (Le Centre) perd les Finances et récupère le climat et le numérique. Vous n'avez pas tout suivi? Retour sur les étapes clés d'un cataclysme que la politique vaudoise aurait préféré garder discret.
Publié: 04.04.2025 à 11:26 heures
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Dernière mise à jour: 04.04.2025 à 15:35 heures
L'arrivée fracassante de Valérie Dittli à la conférence de presse du Conseil d'Etat vaudois, vendredi 21 mars, est une étape-clé.
Photo: Keystone
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Léo MichoudJournaliste Blick

La réorganisation du Conseil d’Etat vaudois est actée. Mercredi 2 avril, Valérie Dittli (Le Centre) vient d’hériter des services de la durabilité, du climat et du numérique. Deux semaines plus tôt, le gouvernement au complet s’est réuni pour annoncer qu’elle perdait les Finances.

La faute à un rapport d’audit externe, qui a fait état de dysfonctionnements au sein de son Département et l’a mise en cause personnellement. Vous n’avez rien compris à l’affaire Dittli, celle qui a semé la crise dans les hautes sphères de l’Etat de Vaud? Blick revient sur les étapes qui ont mené à la situation actuelle.

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Contexte difficile à la tête des Finances (février)

Qu’elle est lointaine, l’euphorie de l’Alliance de droite – illustrée par une mémorable vidéo TikTok – qui avait permis à Valérie Dittli d’être élue conseillère d’Etat vaudoise. Deux ans plus tard, à l’heure du bilan de mi-législature, tout n’est pas rose pour la politicienne originaire de Zoug au sein du Conseil d’Etat.

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La lune de miel a rapidement laissé place à la question de son canton d’imposition. Et désormais à des tensions à l’interne, souvent dirigées contre la plus jeune membre du gouvernement vaudois, à la tête – jusqu’à il y a peu – de l’importantissime Département des finances et de l’agriculture (DFA). C’est ce que souligne alors un premier article du «Temps», le 12 février dernier. Il n’est pas encore question d’affaire Dittli, du moins pas publiquement.

Manque d’expérience, d’implication et de soutien parlementaire: les critiques pleuvent sur la centriste. Situation plus délicate encore, elles proviennent non seulement de la gauche, mais aussi de la droite. Une scission est déjà évoquée entre Valérie Dittli et les trois élus libéraux-radicaux (PLR) du Conseil d’Etat – Isabelle Moret, Frédéric Borloz et la présidente Christelle Luisier Brodard.

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Premières révélations et réunions en série (7 mars)

Valérie Dittli semble donc isolée avant même que la presse et les Vaudois ne comprennent à peu près ce qui se trame. Puis viennent les premières révélations, là encore via «Le Temps» le 7 mars, qui profite de fuites venant de sources proches du dossier – ce qui a le don d’énerver les hautes sphères de l’Etat.

L’ex-conseiller national neuchâtelois Jean Studer est mandaté pour mener un audit externe sur un service du DFA, à la demande de tout le Conseil d’Etat, dont Valérie Dittli. Une démarche suffisamment rare et discrète pour laisser entendre que quelque chose ne va pas. Pendant ce temps, Christelle Luisier Brodard manque de temps pour évoquer d’autres sujets, comme les Brandons de Payerne.

Et pour cause, on apprend que rien que sur la semaine du 10 au 14 mars, le gouvernement vaudois s’est réuni à trois reprises. Tout ça rien que pour discuter du Département des finances et de l’agriculture qui était alors celui de Valérie Dittli. Déjà, il est question d’un litige entre la centriste et sa directrice de la fiscalité, Marinette Kellenberger, et d'une ambiance amère au Grand conseil. Tout s’ébruite, la barque du Conseil d’Etat fuit.

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L’arrêt maladie de Valérie Dittli (18 mars)

Lors de la séance du Grand Conseil vaudois du 18 mars, c’est la surprise! Valérie Dittli est absente «pour raisons médicales», et ceci «pour plusieurs jours», rapporte la RTS. Elle ne peut assister au débat sur la fiscalité prévu ce jour-là. C’est ce qu’annonce aux députés le ministre Frédéric Borloz (PLR), qui la remplace «au pied levé».

La temporalité interroge. Le rapport Studer doit sortir dans quelques jours et il pourrait bien mettre en cause aussi bien Valérie Dittli que la directrice de la fiscalité. Les bruits de couloir se précisent: on évoque un chambardement au niveau des Départements, voire une démission forcée. Cette fois, c’est la crise et la publication des conclusions de l’audit est attendue pour la fin de la semaine. On apprendra plus tard que l’absence de la centriste n’a pas permis au Conseil d’Etat de finaliser la nouvelle répartition de ses responsabilités.

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Le jour J: lunettes, bouclier fiscal et conséquences (21 mars)

Ce vendredi 21 mars, c’est le jour J. Les sept conseillers d’Etat vaudois se réunissent au château Saint-Maire pour une conférence de presse… explosive. Valérie Dittli débarque en dernière pour s’asseoir tout à droite de la longue table. Sous l’œil des caméras et des appareils photo, un choix vestimentaire frappe: ses désormais mythiques lunettes de soleil. Mais le rapport et ses conséquences l’accablent.

Premier reproche: sa «collaboration gravement altérée» avec sa directrice de la fiscalité s’étend «au-delà des deux protagonistes». Six employés de l’Etat ont été mis en arrêt maladie en raison de ces tensions. Deuxième reproche: le 19 juin 2024, Valérie Dittli aurait fait une demande d’annulation de taxation de riches contribuables. Une démarche illégale et un «excès de pouvoir», selon Jean Studer, qui considère cette demande comme «un séisme, une intrusion inacceptable et très grave».

Enfin, troisième reproche: la ministre est accusée d’avoir violé son secret de fonction. La raison? Elle a demandé à un de ses hauts fonctionnaires de rencontrer des personnes extérieures à l’administration, mais proches des milieux patronaux qui demandent une baisse de 12% de l’imposition de la fortune. Un sujet sur lequel les Vaudois voteront en initiative. Ces rencontres – avec l’ex-boss du LHC Patrick de Preux et un responsable du Centre patronal vaudois – ont eu lieu en août 2024.

Toutes ces accusations tournent autour de la question du bouclier fiscal, ce mécanisme qui plafonne l’impôt des plus grosses fortunes du canton. Le 19 juin 2024, soit le même jour que la demande d’annulation de taxation que Jean Studer considère comme illégale, le Conseil d’Etat décide d’une modification légale du bouclier fiscal – finalement confirmée par le Grand Conseil vaudois en décembre. Et en août, au moment des rencontres avec les contribuables favorables à l’initiative 12%, le Conseil d’Etat n’a pas levé le secret de fonction en lien avec le bouclier fiscal.

Conséquences? Sur décision «collégiale», le Conseil d’Etat retire la responsabilité des Finances et de la fiscalité à Valérie Dittli. Un service repris ad interim par Frédéric Borloz, et à terme par Christelle Luisier Brodard. Politiquement pour Valérie Dittli, c’est un coup dur qui ressemble à une mise à l’écart publique.

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Elle claque la porte, mais ne démissionne pas (26 mars)

Face à ces accusations, Valérie Dittli ne fait pas le dos rond. Le jour de la conférence de presse, elle se lève pour exprimer haut et fort ses désaccords avec une partie des conclusions du rapport. Elle estime que «la formulation de [sa] demande (d’annulation de taxation) était générale et ne portait pas sur un dossier spécifique». En somme, qu’elle a été mal comprise.

Dans l’opinion publique, certains sous-tendent qu’elle devrait démissionner au vu de son isolement et des reproches à son égard. Les députés vaudois demandent «un rapport spécifique» sur l'affaire. A gauche, on juge qu’elle a volontairement cherché à favoriser les riches contribuables. D’autres – comme le Genevois Mauro Poggia (MCG) pour Blick – estiment que les accusations sont disproportionnées malgré une formulation «maladroite» qui ne fait pas «faute grave».

Valérie Dittli l’assure, elle ne démissionnera pas et arrivera au bout de son mandat avec les responsabilités qu’on veut bien lui laisser. L’ambiance est délétère: le mercredi suivant (26 mars), Valérie Dittli quitte prématurément la séance hebdomadaire du Conseil d’Etat. Une source confirme au «Temps» qu’elle a «claqué la porte de la séance après des discussions houleuses». Concernant les fuites, qui continuent, une plainte contre X a été déposée.

Et ensuite: Après la crise, l’apaisement?

La maison brûle. Il s’agit maintenant de réagir, tant pour Valérie Dittli qui doit se refaire une santé que pour le Conseil d’Etat vaudois qui doit calmer le jeu. Dix jours après la conférence de presse explosive, ce mercredi 2 avril, un premier pas a été réalisé avec la clarification de la réorganisation gouvernementale, qui entrera en vigueur le 1er juin prochain.

Valérie Dittli elle-même évoque «un nouveau chapitre» et se réjouit de son nouveau mandat «stratégique». Elle cite la «transformation numérique, la durabilité, la sécurité alimentaire ou encore la cybersécurité» dans «Le Temps». Côté politique, l’Alliance des droites entre l’UDC, le PLR et le Centre se voit comme un roseau qui a plié et non un chêne qui a cédé. Le Centre n’a pas été exclu de cette démarche électorale.

Notamment, car le rapport Studer est désormais entre les mains du Ministère public pour évaluation juridique. Et les membres du Grand Conseil vaudois, en particulier ses représentants de gauche, ne sont pas près d’oublier ce qu’ils jugent être «une atteinte grave à l’égalité devant l’impôt». Pour Ensemble à gauche (EàG) et le Parti ouvrier populaire (POP) «la cheffe du Département a outrepassé ses fonctions au profit direct des super-riches». Alors, on oublie l’affaire Dittli et on continue? Pas si sûr.

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