Viola Amherd a longtemps été considérée comme la femme forte du Département de la défense (DDPS). Deux ans après son entrée en fonction, la conseillère fédérale du Centre a fait passer dans les urnes l'achat de plusieurs avions de combat.
Elle est parvenue à augmenter massivement le crédit pour l'armée dans le budget fédéral. Et elle a bénéficié d'un grand soutien au sein de la population et du Parlement. Mais l'image de Viola Amherd s'est ternie par une succession de scandales ces derniers mois. Fin mars, la femme du Centre a annoncé son retrait.
Après l'envolée, les turbulences
«Ce qui est difficile dans ce genre de situation, c'est que la responsabilité incombe presque toujours à la direction», explique l'analyste politique Mark Balsiger. Depuis longtemps, une partie de la population a le sentiment que Viola Amherd ne maîtrise plus son Département. Et les récents scandales au sein de l'entreprise d'armement Ruag n'ont fait qu'accentuer cette méfiance. Sans compter que Viola Amherd et le DDPS étaient déjà au courant des dysfonctionnements, et ce, depuis des années.
Moins d'un jour après, le coup de grâce: le chef de l'armée Thomas Süssli et le chef du service de renseignement Christian Dussey annoncent leur démission.
Viola Amherd a pourtant brillamment débuté son mandat en 2019, note Mark Balsiger. «Mais après le succès de l'avion de combat, les premières turbulences ont commencé.» Au DDPS, les acquisitions informatiques cahoteuses ou la quête d'un nouveau secrétaire d'État à la politique de sécurité ont longtemps fait la Une des journaux. Et lorsqu'il a été question, au début de l'année dernière, d'un éventuel «manque de liquidités» dans l'armée, Viola Amherd et son chef étaient loin de faire bonne figure.
Le problème des salaires
Peu avant la fin de son année présidentielle, les scandales entachant Viola Amherd s'enchaînent: à l'automne 2024, de nouveaux problèmes dans les projets d'infrastructure de l'armée ont été révélés. La «liste des échecs» comprend un coût de 19 milliards de francs et des rapports internes parlent d'une «culture de gestion problématique».
Ce n'est pas tout! La réputation de Viola Amherd a encore été salie par les honoraires (exubérants) de sa conseillère la plus proche, Brigitte Hauser-Süess. Et fin octobre, un rapport confirme l'omniprésence du sexisme dans l'Armée suisse.
Mais c'est à la fin de de l'année que les problèmes s'aggravent. Le 18 décembre, en pleine session d'hiver, la Délégation des finances (DélFin) du Parlement s'en mêle: au cours des semaines précédentes, de nouveaux détails ont été rendus publics. Dans une lettre cinglante adressée à Viola Amherd, les membres de la Délégation expriment leur grande inquiétude quant aux projets du DDPS.
La Délégation des finances ne veut plus se laisser faire. Elle va désormais se pencher de plus près aux agissements des fonctionnaires du DDPS. Et le Département lui-même doit renforcer sa propre surveillance.
Démission avant le débat
Mais avant d'en arriver là, Viola Amherd a lâché une bombe peu après le Nouvel An. Le 15 janvier, elle a annoncé qu'elle démissionnait à la fin du mois de mars. Des rumeurs circulaient déjà depuis des semaines dans la Berne fédérale. Mais ce soudain départ a choqué et a alimenté des (mauvaises) rumeurs. «Se retire-t-elle parce qu'elle est épuisée ou parce qu'elle a eu le pressentiment que tout allait bientôt s'effondrer?», se demande Mark Balsiger.
Le chaos provoqué par la recherche d'un successeur n'est pas (uniquement) imputable à Viola Amherd. Pourtant, la première figure du Centre à se porter candidat s'en est directement pris à la ministre de la Défense. Le 28 janvier, le conseiller national Markus Ritter juge (trop) longue la liste des tâches à accomplir. Mais il assure être l'homme idéal pour faire le ménage, des déclarations peu élogieuses.
Viola Amherd passe à l'offensive
Viola Amherd et le chef de l'armée Thomas Süssli ont dû faire face aux critiques croissantes. Le 31 janvier, la conseillère fédérale et son chef de l'armée, accompagnés d'autres responsables du DDPS, ont révélé la difficulté des projets lors d'une conférence de presse. Cette démarche a été bien accueillie par les auditeurs financiers du Parlement. La Délégation des finances en a largement fait l'éloge lors d'une audience le 14 février.
Les parlementaires restent sévères à l'égard des fonctionnaires de Viola Amherd. Le DDPS doit redoubler d'efforts pour remettre ses projets sur les rails et adopter une communication plus transparente. C'est ce qu'a visiblement tenté de faire la conseillère fédérale. Une semaine plus tard, le 20 février, elle a répondu de sa propre initiative aux questions de la commission des finances du Conseil national.
Pour Viola Amherd, cette offensive de communication ne sera pas payante, sachant qu'elle ne pourra plus conclure d'affaires lors de son dernier mois. En démissionnant abruptement, Viola Amherd manque également sa dernière occasion, en tant que membre du Conseil fédéral, de prendre un bain de foule lors du championnat d'Europe de football féminin.