Par Richard Werly
La fin de l'Occident est arrivée (et la Chine le sait)

Le président américain pense que la Russie de Poutine est un allié obligatoire contre la Chine. Un allié qui rapportera, aussi, bien plus à son pays que les Européens. Il se trompe. Les Etats-Unis ne peuvent rien bâtir sur la défaite de l'Occident écrit Richard Werly.
Publié: 14:55 heures
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Dernière mise à jour: 15:10 heures
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Donald Trump (ici avec son Secrétaire à la Défense Pete Heseth à droite, et son chef de la diplomatie Marco Rubio à gauche), mène une offensive tous azimuts.
Photo: IMAGO/ZUMA Press Wire
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Richard WerlyJournaliste Blick

Donald Trump est en train de vendre l'Occident aux enchères. Qu'importe, pour le président américain, l'alliance de valeurs démocratiques qui unissait depuis la Seconde guerre mondiale les Etats-Unis et l'Europe. Puisque tout est, pour l'ancien promoteur immobilier New-Yorkais, une question d'argent et de profits immédiats à engranger pour son pays, l'histoire en trois actes est écrite.

Acte 1: Faire payer le plus possible les riches Européens en les menaçant. Acte 2: Transformer la Russie en allié pour qu'elle redevienne un marché et qu'elle se détourne de la Chine. Acte 3: Forcer les grandes multinationales américaines et européennes à produire aux Etats-Unis, à coups de tarifs douaniers et d'avantages fiscaux. 

Le serment MAGA

Ces trois actes sont, dans l'imaginaire Trumpiste, le seul moyen de tenir son serment MAGA (Make America Great Again), afin d'assurer à nouveau la grandeur de l'Amérique. Finies donc, les alliances basées sur une vision partagée du monde, et sur une communauté de destin des deux côtés de l'Atlantique. Fini aussi le sens des responsabilités qui, jusque-là, allait avec le statut de première puissance mondiale.

La vérité est crue: les Etats-Unis de Donald Trump n'ont plus que des intérêts financiers à court terme. Il faut vendre cher (en particulier des armes, du gaz liquéfié et des services numériques). Il faut produire au meilleur coût (grâce à un pétrole pas cher, et un racket des matières premières, comme les terres rares d'Ukraine ou du Groenland). Et il faut au maximum diviser pour régner: diviser les Européens, semer la division entre la Russie et la Chine, et souffler sur les braises de la division intérieure au Mexique et au Canada. 

Calcul mercantile

Ce calcul n'est pas politique. Il est mercantile. Ce qui le rend particulièrement dangereux pour tous les pays qui, jusque-là, croyaient appartenir à l'Occident. Pourquoi ? Parce que Trump incarne ni plus ni moins jusqu'à la caricature ce modèle prédateur et cynique qui fut, jadis sous une autre forme, celui des puissances coloniales.

Avec lui à la Maison-Blanche, les élites libérales, pro-démocratie de tous les pays du Sud perdent leurs points d'appui. Impossible de compter sur les Etats-Unis qui renoncent à toute aide qui ne leur profitent pas. Impossible de compter sur des gouvernements Européens fragilisés par la montée des droites nationales-populistes dopées par Washington. Impossible de croire encore, par conséquent, que l'Occident a encore des valeurs, et qu'il est prêt à la défendre, puisque tout n'est qu'une question d'argent, de profits, de marchés et d'accès aux ressources. 

Notre agonie

Ceux qui, depuis longtemps, dénoncent la duplicité des Occidentaux, se retrouvent dès lors crédibilisés. À commencer par le régime communiste chinois, passé maître dans la dénonciation de l'impérialisme blanc depuis les guerres de l'opium, à la fin du 19ᵉ siècle.

Le paradoxe absolu du monde de Donald Trump, érigé par ce dernier et ses partisans libertariens au nom de la liberté d'expression et de la dénonciation des «Etats profonds» est qu'il apporte à tous les ennemis des Occidentaux (dont nous sommes, neutres ou pas) la corde pour les pendre.

Trump est le nœud coulant de notre agonie. Avec le sigle «dollar» estampillé sur la potence. 

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