La chronique de Céline Amaudruz
Dépénalisation du cannabis et ensuite?

La conseillère nationale UDC Céline Amaudruz s'oppose à la légalisation du cannabis en Suisse. Pour la Genevoise, la dépénalisation d'une substance transmet un message dangereux à la population, ouvrant la porte à toutes les drogues.
Publié: 11:23 heures
Pour Céline Amaudruz, la dépénalisation du cannabis transmettrait un message désastreux à la jeunesse.
Céline Amaudruz, conseillère nationale UDC

La dépénalisation du cannabis revient sur le tapis. Ce n’est pas la première fois. Les arguments n’ont pas changé. La répression a échoué. Les dealers sont toujours là. Il faut libéraliser le cannabis, mais l’interdire aux mineurs. Le commerce doit être placé sous le contrôle de l’Etat. Le produit sera taxé pour financer la prévention. Comme souvent avec la gauche, l’utopie prend le pas sur la réalité.

La répression, quelle répression?

Commençons par la répression qui aurait échoué. Il suffit de se promener sur la place de la gare à Yverdon, au Jardin Anglais, au Parc des Bastions pour se rendre compte qu’il n’y a pas de répression. Les dealers sont chez eux, démarchant impunément le quidam en vue de vendre la mort. Les prisons sont pleines, il n’y a plus de place pour embastiller ceux que leurs activités devraient conduire en cellule. Vrai. Mais les promoteurs de la dépénalisation sont aussi les opposants les plus farouches à l’expulsion des criminels étrangers, population riche en trafiquants de drogue. On prétend que la répression a échoué tout en veillant à ce que les dealers restent en Suisse. Légère contradiction dans les termes.

Les dealers hors course

En libéralisant le cannabis, on va couper l’herbe sous le pied des trafiquants. Jeu de mot facile pour une vision illusoire. Le cannabis autorisé devra répondre à des critères stricts, notamment au niveau du taux de THC, le principe actif de cette drogue. Cela ne durera qu’un temps. Il faudra très vite trouver un cannabis plus fort pour obtenir les sensations souhaitées, d’où le recours aux dealers qui proposeront une «qualité» nettement supérieure au produit autorisé. Le projet poussera simplement les producteurs à augmenter le taux de THC de l’herbe qu’ils proposent.

Les mineurs à l’abri du THC

Seuls les consommateurs majeurs pourront se procurer du cannabis étatique. Il faut une certaine dose d’optimisme pour voir les choses ainsi. C’est tout le contraire qui se produira. Cette façon de faire offrira des opportunités commerciales majeures à ceux qui achèteront dans les magasins pour revendre aux mineurs interdits d’achat. Le trafic sera d’autant plus facile que sa source sera légale. De plus, une substance qui se consomme sans entrave dès 18 ans ne saurait être mauvaise. On ne risque donc pas grand-chose à anticiper l’anniversaire libérateur. La légalisation, c’est la banalisation d’une drogue qu’on a tort de considérer comme inoffensive.

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Il serait faux de prétendre que le cannabis conduit aux autres drogues, mais c’est une porte d’entrée systématiquement franchie par les zombies que nous rencontrons de plus en plus fréquemment
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Plus de moyens pour la prévention, vraiment?

La prévention sera financée par les consommateurs grâce aux taxes. Noble projet. A ceci près que comme nous venons de le voir, le produit légal ne séduira qu’un temps. Au surplus, il faudra taxer vigoureusement le cannabis afin de libérer les moyens nécessaires à la prévention d’un fléau qu’on aura lâché dans les rues. Un produit plus fort et non imposé ne manquera pas de faire son apparition, rendant leur importance aux dealers tout en sclérosant la prévention. Mauvaise idée encore une fois.

Le cannabis à l’intérieur, le reste à l’extérieur

Autre élément plaidant en défaveur du projet, les abcès de fixation. Dans le commerce, on sait qu’il est intéressant pour un vendeur d’être proche de sa clientèle. Les magasins qui mettront du cannabis en vente seront bien vite cernés par les trafiquants d’autres produits attirés par ces clients avides de paradis artificiels. Un fumeur de cannabis est un adepte potentiel de produits plus dangereux, genre crack comme on le voit dans nos rues. Il serait faux de prétendre que le cannabis conduit aux autres drogues, mais c’est une porte d’entrée systématiquement franchie par les zombies que nous rencontrons de plus en plus fréquemment.

Commencer par le cannabis pour s’arrêter où?

Dépénaliser le cannabis, quelles que puissent être les précautions prises, donne un message désastreux à notre jeunesse. C’est la porte ouverte à la dépénalisation de toutes les drogues. Car les causes qui justifient la capitulation devant le cannabis valent aussi pour l’héroïne, la cocaïne, le crack et tout le cortège de substances aussi addictives que mortifères. Nous avons chaque jour sous les yeux des femmes et des hommes ravagés par la drogue. Ce seul spectacle doit nous suffire pour dire non au cannabis, non aux drogues qui le suivent.

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