Donald Trump, toujours aussi féru de frontières, veut à présent brandir de nouveaux droits de douane et ouvrir encore un chapitre de sa guerre commerciale contre le reste du monde, en cours depuis janvier. Son «Liberation Day» suscite beaucoup d'appréhension depuis des semaines.
Mais alors que les marchés du monde entier étaient tiraient la tête depuis plusieurs jours, un léger regain d'optimisme est apparu mardi, laissant penser que la situation n'était peut–être pas aussi grave qu'on ne le craignait. Stefanie Walter, économiste politique de l'université de Zurich, est une spécialiste de la mondialisation. Pour Blick, elle explique comment la politique économique américaine impacte le monde et la Suisse.
Stefanie Walter, à quoi devons–nous nous attendre en ce «Liberation day»?
Personne ne le sait vraiment, l'incertitude est la seule constante. Même des personnes proches de la Maison Blanche s'inquiètent et tentent d'éviter le pire, selon plusieurs médias. Cette incertitude se reflète aussi sur les bourses: les marchés tentent de faire des prédictions et parier sur un scénario intermédiaire. Cela pourrait entraîner des réactions positives ou négatives, selon l’ampleur des annonces.
Alors quel serait le scénario idéal?
Trump a toujours insisté sur le fait qu'il voulait miser sur des droits de douane réciproques. Cela signifie que des pays comme la Suisse, qui renoncent totalement aux droits de douane industriels, ne doivent peut–être pas s'attendre au pire, même si leur excédent commercial avec les Etats-Unis est élevé.
Que peut faire la Suisse dans cette situation?
En tant que petite économie ouverte, la Suisse profite énormément des marchés ouverts et d'une économie mondiale régie par des règles…
...mais cette tendance favorable pourrait s'inverser?
Ce n'est pas un bon scénario pour les petits Etats et c'est un vrai problème pour la Suisse. De plus, même si nous sommes au cœur de l'Europe, nous ne faisons pas partie de l'UE. Jusqu’à présent, nous avons cherché à compenser cela en renforçant nos liens économiques avec les Etats–Unis ou la Chine. Il est vrai que le Conseil fédéral essaie de rappeler aux Etats–Unis que nous ne sommes pas dans l'UE et que notre économie est moins réglementée. Mais si nous nous démarquons trop de nos voisins, la Suisse risque de se retrouver entre deux feux, ceux de l'Europe et des Etats–Unis.
Pourquoi Trump fait-il une telle fixation sur le commerce des biens? La prise en compte des services tels que les abonnements Netflix ou les licences de logiciels améliorerait nettement la balance des paiements courants.
En effet, si l'on analyse les biens et les services, le commerce entre les Etats-Unis et la Suisse est assez équilibré, comme celui entre l'UE et les Etats-Unis d'ailleurs. Trump, en tant qu'ancien promoteur immobilier, vient lui-même d'un secteur de services. Il semble avoir une vision très romantique de l'industrie. A ses yeux, la force d'un pays ne se reflète apparemment que dans sa production industrielle.
Pourquoi Trump est-il si fétichiste en matière de douanes?
Dans des interviews des années 1980, il s'était déjà exprimé positivement sur les droits de douane. Trump a une vision statique du monde. Il semble partir du principe que lui seul agit et que les autres s'adaptent ensuite à ses envies. Les contre-mesures d'autres pays ne font pas vraiment partie de son idéologie. Cette vision du monde semble profondément ancrée en lui, mais elle est aussi un peu naïve.
Le calcul de Trump peut-il malgré tout fonctionner?
Ce sera difficile, notamment en raison des objectifs contradictoires qu'il s'est fixé. Les droits de douane sur les voitures, par exemple, rendront les voitures plus chères aux Etats-Unis, faisant ainsi grimper l'inflation et baisser la demande. Si de nombreuses entreprises délocalisent leur production aux Etats-Unis en conséquence, les recettes douanières espérées diminueront à long terme. Parallèlement, la mise en place de capacités de production nécessite du temps, de la planification et les spécialistes nécessaires. Ces derniers étant rares et chers, les nouvelles usines devraient aussi être automatisées et ne créeront donc peut-être pas autant d'emplois. Les bénéfices matériels pour ses électeurs ne se feront donc pas sentir de sitôt.
La mondialisation est-elle arrivée à son terme?
Non, ce que nous observons actuellement, c'est plutôt un plafonnement de la mondialisation, mais pas un grand recul. L'économie mondiale est très fortement interconnectée, les chaînes d'approvisionnement restent globales, cela ne change pas si vite. De plus, les producteurs commenceront à chercher de nouveaux marchés en dehors des Etats-Unis pour écouler leurs produits et de nombreux Etats négocient déjà des accords de libre-échange sans Washington.