Le goût du luxe et du risque
Pourquoi les jeunes hommes s'endettent plus que les femmes

Selon les derniers chiffres de l'entreprise privée de conseil en économie Crif, 414'364 Suisses sont endettés, parmi lesquels, 11'000 adolescents et jeunes adultes. Or, ce sont majoritairement les hommes qui sont affectés par ce phénomène. Deux experts font le point.
Publié: 02.04.2025 à 06:12 heures
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Dernière mise à jour: 02.04.2025 à 08:23 heures
414'364 Suisses sont endettés au 31 janvier 2025.
Photo: Getty Images
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Qendresa Llugiqi

Le nombre de personnes endettées ne cesse de croître en Suisse, et parmi elles, environ 11'000 adolescents et jeunes adultes âgés de 18 à 24 ans. Pourquoi cette tranche d’âge est-elle particulièrement vulnérable? Blick a enquêté aux côtés de Nadia Toma, assistante sociale et conseillère en endettement chez Triangel Beratung à Zoug, et Pascal Pfister, directeur de Dettes Conseils Suisse. Ensemble, ils analysent pourquoi tant de jeunes – et en particulier les hommes – tombent dans le piège de l’endettement, parfois en raison de l’attrait pour le luxe.

«Nous voyons et conseillons seulement les jeunes adultes pour qui ça ne fonctionne pas. Ils manquent souvent de compétences financières, explique Nadia Toma. Pourtant, tout commence par des connaissances de base: comprendre l’argent, son propre comportement d’achat, les systèmes de paiement problématiques et leurs conséquences.»

La cause? «Aujourd’hui, les parents enseignent rarement à leurs enfants la gestion financière, souvent parce qu’eux-mêmes ne l’ont jamais apprise. Et l’école, dans ce domaine, n’est d’aucune aide», constate-t-elle. Mais elle tient aussi à nuancer: «Attention, il y a aussi beaucoup de jeunes hommes qui gèrent très bien leur situation. Dans ces cas-là, les parents ont fait du bon travail pour les préparer à la vie.»

«On économise, ensuite on dépense»

Selon Nadia Toma, de nombreux jeunes hommes endettés consomment en fonction de leurs envies ou de l’image qu’ils souhaitent projeter, sans toujours se demander s’ils en ont réellement les moyens. «Ils n’ont pas intégré le principe fondamental: d'abord, on économise d’abord, ensuite, on dépense», résume-t-elle.

Nadia Toma et Pascal Pfister distinguent deux grandes catégories de dettes: les dépenses de consommation et les dépenses liées à la vie courante. Pour ces dernières, les jeunes se retrouvent souvent dépassés dès qu’ils prennent leur indépendance. «Ils quittent le foyer familial, deviennent soudain responsables de leur propre budget, mais manquent d’expérience – que ce soit pour les impôts, les primes d’assurance maladie ou d’autres frais fixes», explique Pascal Pfister. Résultat: ils perdent rapidement le fil et glissent vers le surendettement.

Nadia Toma pointe également du doigt les cartes de crédit, les prêts à la consommation, les contrats de leasing ou encore les abonnements de téléphonie mobile, qui peuvent très vite piéger les jeunes sans qu’ils en mesurent les conséquences.

Le symbole de statut en cause

Un autre facteur de risque majeur chez les jeunes est les symboles de statut. Nadia Toma et Pascal Pfister en sont convaincus: les jeunes sont soumis à une pression sociale croissante pour prouver leur valeur, notamment à travers les réseaux sociaux. «Ils veulent appartenir au groupe, être de la partie, et surtout ne pas paraître inférieurs aux autres, explique Nadia Toma. Les réseaux sociaux leur dictent ce qu’il faut être et posséder: les vêtements, les parfums, les accessoires. Ils mettent en avant certains marqueurs de statut social.»

De manière générale, selon Pascal Pfister, les jeunes adultes font souvent preuve d’«imprudence» et se laissent facilement séduire par des offres qui paraissent avantageuses au premier abord. Nadia Toma renchérit: «Ils vivent selon la devise 'Achetez maintenant, payez plus tard'. Ils veulent tout, tout de suite, et réagissent selon leurs envies plutôt que selon un budget.»

Un comportement facilité, selon elle, par les conditions actuelles du marché. «L’économie ne les freine pas, au contraire. Ils peuvent acheter en ligne 24 heures sur 24, payer sur facture ou en plusieurs fois, ce qui rend l’accès à la consommation encore plus immédiat et tentant.»

Différence entre les sexes

Mais pourquoi les hommes sont-ils davantage exposés au risque d’endettement? Pour Pascal Pfister, une piste d’explication réside dans le comportement face à l’argent: «Une hypothèse est que les femmes font preuve de plus de prudence financière.» Nadia Toma acquiesce: «Les hommes prennent globalement plus de risques.»

Les raisons qui mènent à l’endettement varient selon les sexes, mais pas de manière radicale, selon eux. Pascal Pfister nuance: «Cela peut sembler cliché, mais chez les femmes, l’endettement passe plus souvent par les achats en ligne. Chez les hommes, il s’agit plutôt de symboles de statut, comme des voitures obtenues via des contrats de leasing.»

Pour prévenir ce genre de dérives, Triangel Beratung mise sur la prévention. L’organisation propose des ateliers sur le thème de l’endettement, à destination des écoles et des entreprises formatrices. «Nous essayons de sensibiliser les jeunes et de leur transmettre les bases d’une gestion responsable de l’argent», souligne Nadia Toma.

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