Manifestation du Rassemblement National dimanche
Marine Le Pen peut tout perdre dans les rues de Paris ce week-end

La candidate déclarée du Rassemblement national à la présidentielle française de 2027 mise sur une mobilisation massive en sa faveur ce dimanche à Paris. Problème: son refrain contre les juges patine depuis que la promesse d'un procès rapide en appel lui a été faite.
Publié: 05.04.2025 à 09:09 heures
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Dernière mise à jour: 05.04.2025 à 09:22 heures
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La candidate du Rassemblement national à la présidentielle française 2027 joue son va-tout ce week-end.
Photo: keystone-sda.ch
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Richard WerlyJournaliste Blick

Elle peut perdre beaucoup. Et elle le sait. En misant sur une mobilisation massive de ses partisans ce dimanche dans les rues de Paris, Marine Le Pen s’approche dangereusement de la ligne qu’elle s’était jusque-là résolu à ne pas franchir: celle de la remise en cause des institutions. Avec, en plus, le risque d’une confrontation avec les manifestants de gauche qui, eux aussi, comptent descendre dans les rues de la capitale française.

La raison de cette marche du Rassemblement national (RN, droite nationale populiste) est claire: prouver à l’opinion, aux médias, mais aussi aux autres formations politiques que le premier parti de France n’acceptera pas de voir sa candidate interdite de se présenter à la présidentielle de mai 2027. Sauf que cette volonté bute sur deux réalités difficiles à nier.

Lourdement condamnée

Premièrement, Marine Le Pen a été lourdement condamnée en première instance, le 31 mars, pour «détournements de fonds publics» aux dépens du Parlement européen, après la mise en évidence par les juges d’un système frauduleux d’utilisation d’assistants parlementaires pour des tâches incompatibles avec leur fonction. 

De plus, l’aspect le plus discutable du jugement du tribunal correctionnel envers Marine Le Pen, à savoir la peine d’inéligibilité avec exécution immédiate, n’a plus de raisons d’être contesté maintenant que le Parquet général a promis un procès en appel rapide de l’intéressée, avec un second jugement pour l’été 2026. Ce qui, en cas de condamnation plus clémente, lui laissera ouverte la possibilité d’une quatrième candidature pour l’Élysée (après 2012, 2017 et 2022).

Mobiliser ses troupes

Comment, dès lors, mobiliser ses troupes sans tomber dans l’offensive contre la justice, et sans donner l’impression d’un grand basculement trumpiste du RN? D’autant que le président des Etats-Unis et son conseiller Elon Musk ont, tous deux, apporté leur soutien à Marine Le Pen, faisant l’analogie entre son sort judiciaire et celui de l’ex-promoteur immobilier, qui a toujours considéré les juges comme des ennemis.

Trois points seront donc particulièrement surveillés ce dimanche, que pas mal d’observateurs qualifient de «journée du bras de fer» entre Marine Le Pen et la justice, voire comme la preuve que le RN est sur le point d’abandonner sa stratégie de normalisation.

Tombeau de Napoléon

Le premier point sera l’affluence à Paris. L’appel du RN à manifester Place Vauban, face à l’église des Invalides et au tombeau de Napoléon 1er, ne marquera l’opinion que si des dizaines de milliers de manifestants répondent présents. Réunir plus de 100'000 personnes serait un coup de semonce énorme. A l’inverse, une mobilisation décevante prouverait que les sondages ont raison. Selon les dernières enquêtes d’opinion, 57% des électeurs jugent que la condamnation de Marine est normale au vu des faits qui lui sont reprochés, à savoir le détournement de plus de 4 millions d’euros entre 2004 et 2016.

Le second point décisif sera la tonalité des discours. Marine Le Pen, son dauphin Jordan Bardella, mais aussi l’ancien patron de la droite Éric Ciotti prendront la parole. La candidate à la présidentielle va-t-elle, par exemple, s’engager à respecter le jugement en appel si elle est à nouveau déclarée coupable et inéligible? Si tel n’est pas le cas, la pression sur la justice sera maximale.

Le troisième point à suivre sera la réaction des partis gouvernementaux. L’actuel Premier ministre François Bayrou a, rappelons-le, été relaxé dans une affaire comparable (portant sur des montants moindres) au début de l'année 2024. Or, ce dernier ne dispose pas d’une majorité de députés à l’Assemblée nationale. Il peut même, comme son prédécesseur Michel Barnier en décembre 2024, être renversé si toute la gauche et le Rassemblement national unissent leurs voix pour voter une motion de censure. Qui va donc prendre l’initiative de réagir aux harangues du RN?

Marine Le Pen espère gagner avec cette manifestation. Gain politique, en montrant sa détermination. Gain électoral, en prouvant qu’elle ne cédera pas. Mais elle peut aussi tout perdre ce dimanche dans les rues de Paris où Donald Trump et ses soutiens internationaux (dont Vladimir Poutine) espèrent sans doute voir le chaos s’installer.

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