31%, un chiffre comme un coup de massue. C'est pourtant bien à ce taux que Donald Trump imposera les importations en provenance de Suisse. Le président américain l'a annoncé mercredi 2 avril, muni d'un tableau.
On y voit notamment que les taxes imposées à la Suisse sont supérieures aux 20% imposés à l'Union européenne (UE). La présidente de la Confédération Karin-Keller Sutter a déclaré «prendre acte» des annonces. Les Etats-Unis sont le premier marché de la Suisse, et les exportations vers ce pays représentent 18,6% du total de nos exportations.
Pour prendre un peu de recul, Blick a contacté Pascal Couchepin, qui a présidé la Confédération en 2003 et 2008. L'ancien conseiller fédéral a dirigé les départements de l’Économie puis de l’Intérieur. Il insiste sur l'importance de maintenir des relations solides avec nos partenaires clés.
Pascal Couchepin, ce taux, c'est une punition?
Je ne compare pas la situation de la Suisse avec d'autres pays. Cette hausse des droits de douane provoquera des ondes de choc que nous ne maîtrisons pas encore pleinement. Toutefois, il est positif de constater que cette décision n'a pas provoqué de panique à la bourse. Le volume des transactions demeure normal, ce qui suggère que les investisseurs prennent la situation avec sérénité.
Est-ce que les Etats-Unis sont un partenaire commercial essentiel pour la Suisse?
Si l'on regarde les échanges commerciaux avec les Etats-Unis, ils représentent environ 18,6% de notre commerce extérieur. C'est important. Ces évolutions ne constituent certainement pas une bonne nouvelle.
Et les produits pharmaceutiques, jouent-ils un rôle particulier?
Ils constituent la plus grande partie de notre balance commerciale positive avec les Etats-Unis. Trump a évoqué la possibilité de les libéraliser. Ce serait positif.
A ce stade, que peut faire la Suisse, à part «prendre acte»?
Attendre les conséquences, espérer que cela passe rapidement, et nous féliciter que la Suisse ne soit pas un pays surendetté. La Banque nationale suisse (BSN) possède les moyens nécessaires pour réagir aux soubresauts éventuels du franc suisse.
Vers qui nous tourner pour continuer à commercer?
Nous devons renforcer nos bonnes relations avec l'Union européenne. Il serait judicieux de conclure l'accord avec le Mercosur (ndlr: marché commun du Sud) et d'approfondir notre partenariat avec l'UE, notre partenaire le plus proche et le plus fiable.
Et la Chine dans tout ça?
Nous n'avons pas directement de problème avec elle. Les difficultés proviennent davantage de la situation interne chinoise, où l'économie ralentit et la consommation baisse. Nos exportations vers la Chine concernent principalement les montres. Elle reste un partenaire commercial relativement fiable, bien que son comportement actuel vis-à-vis de Taïwan soulève quelques inquiétudes.
Vous pensez que Trump finira par revenir sur sa décision?
Nous pouvons espérer que Donald Trump se rendra compte qu'il y a quelque chose de suicidaire dans ces décisions sur les droits de douane. Il veut simplifier les choses, mais c'est du «wishful thinking» («un vœu pieux»). L'économie n'est pas un jeu de mécano.
Pourquoi la Suisse est plus touchée que l’Union européenne?
Je ne commenterai pas. Ce débat revient à comparer des situations incomparables. Notre rôle est de défendre nos intérêts, et nous constatons simplement qu'ils sont actuellement mis à mal.
Malgré tout, l’économie suisse reste solide?
Heureusement, la BNS dispose d'un bilan sain et nos perspectives économiques restent solides. Il faut se concentrer sur nos propres défis internes, notamment le financement de la 13ème rente et le refus de dépenses AVS supplémentaires tant que la situation ne s'apaise pas.
Pourrions-nous nous passer des Etats-Unis?
Nous ne pouvons ni nous passer de l'UE ni des Etats-Unis. L'Union européenne représente environ 50% de nos exportations, mais individuellement, les Etats-Unis dépassent désormais l'Allemagne comme premier marché d'exportation.