Donald Trump a frappé fort, mercredi 2 avril, en sanctionnant de nombreux pays de nouvelles taxes douanières. La Suisse n'a pas été épargnée: des droits de douanes de 32% ont été décrétés sur les importations helvétiques aux Etats-Unis. Un véritable coup de massue pour Berne. Blick vous explique en 7 points ce que ces annonces pourraient changer ou non pour la Suisse.
Pour l'économie
Le Conseil fédéral a indiqué vouloir analyser en détail les mesures américaines avant de réagir. Après tout, les droits de douane décrétés contre la Suisse sont susceptibles d'évoluer rapidement.
Pour l'économie suisse, les premières secousses se sont toutefois déjà faites ressentir, comme en témoigne la dégringolade de la Bourse suisse, jeudi, au lendemain des annonces du président américain. Pour l'heure, le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco) ne sait pas à quel point le choc sera violent. On ne sait pas non plus si les contre-mesures des autres pays visés par Trump impacteront notre économie.
La présidente de la Confédération, Karin Keller-Sutter, s'est de son côté dite «déçue» et surprise par l'ampleur des sanctions douanières décrétées par le président américain. Elle a notamment qualifié de «rudimentaire» le calcul de l'administration Trump, qui prétend à tort que la Suisse applique des droits de douane de 61% sur les importations en provenance des Etats-Unis.
Pour la politique commerciale suisse
La Suisse ne peut pas faire grand-chose en réponse aux mesures de Trump, reconnait la directrice du Seco, Helene Budliger Artieda. La Suisse n'applique pratiquement plus de droits de douane sur les importations américaines, à l'exception du secteur agricole.
Selon elle, il faut avant tout miser sur le dialogue et rappeler aux Etats-Unis l'importance du rôle économique de la Suisse, de ses investissements, et des emplois créés outre-Atlantique. La présidente de la Confédération a abondé dans le même sens, jeudi, évoquant un «besoin d'expliquer» l'importance de la Suisse en tant que partenaire commercial. «Nous ne devons pas nous décourager», a-t-elle ajouté.
Cette approche ne convainc pas à gauche. «Ce que fait Trump en ce moment est un test de loyauté. Il regarde qui se soumet à son diktat», a déclaré le coprésident du Parti socialiste (PS) Cédric Wermuth. «Le Conseil fédéral doit maintenant dire clairement qu'il n'accepte pas ces droits de douane.» Avec des contre-mesures? Pourquoi pas, répond le PS, qui appelle toutefois à ce que toute réaction soit préalablement convenue avec l'Union européenne (UE).
Du côté de la droite, le son de cloche est radicalement différent. On évoque plutôt des mesures de politique intérieure, notamment des baisses d'impôts, afin d'atténuer l'effet des taxes douanières américaines sur l'économie.
Pour la position vis-à-vis de l'administratoin Trump
Il y a peu de temps encore, Helena Budliger Artieda exprimait son optimisme encore après une visite à Washington. Mais aujourd'hui, force est de constater que ses arguments – notamment l'abolition par la Suisse des droits de douanes sur les bien industriels et l'excédent commercial des Etats-Unis dans le domaine des services – n'ont pas su convaincre.
Pour la gauche et le Centre, il s'agit d'un «échec retentissant» de «la politique d'accommodement» du Conseil fédéral avec l'administration Trump. «Suisse 31% Union européenne 20%, voilà le résultat de la stratégie consistant à souligner la non-appartenance de la Suisse à l'UE auprès de l'administration Trump», a ironisé sur X la présidente du groupe parlementaire des Vert'libéraux Corina Gredig. Le co-président du PS, Cédric Wermuth, espère quant à lui que le Conseil fédéral aura désormais un «regard plus réaliste» sur les Etats-Unis.
Pour le projet d'accord de libre-échange avec les Etats-Unis
Les avis divergent sur ce point. Pour le président du PLR Thierry Burkart, il faut continuer à avancer en direction d'un accord, tout en tenant compte des nouvelles sanctions douanières. «Un aboutissement rapide n'est toutefois pas envisageable pour l'instant», admet-il.
Du côté socialiste, Cédric Wermuth se montre beaucoup plus sceptique. «Impossible avec ce gouvernement», estime-t-il. Stefan Legge, maître de conférences en sciences économiques, est du même avis: «Les chances d'un accord de libre-échange sont quasiment nulles en l'état.» Donald Trump considère toute importation comme une perte pour les Etats-Unis, raison pour laquelle il se focalise à ce point sur les droits de douane. «Je ne sais pas comment on peut parvenir à un accord sur cette base», conclut l'expert.
Pour les relations commerciales avec les autres pays
Face au changement de cap américain, de nombreux experts préconisent des accords avec d'autre pays. «La Suisse a tout intérêt à entretenir des relations commerciales avec tout le monde», estime notamment Stefan Legge, professeur de politique fiscale et commerciale à l'université de Saint-Gall. Selon lui, les exportations suisses doivent être diversifiées en concluant des accords avec d'autres pays tels que l'Inde ou éventuellement le Vietnam. Cette orientation est partagée par de nombreux politiciens économiques.
Pour l'UDC et son positionnement
Jusqu'à présent, l'UDC a majoritairement soutenu Trump et sa politique. Après les annonces du président américain, la formation s'est toutefois montrée moins enthousiaste, évoquant une erreur de calcul de l'administration américaine.
La formation de droite va-t-elle revoir son positionnement vis-à-vis de Trump? Le coprésident du PS l'appelle de ses voeux: «Espérons que les derniers rêveurs se réveillent maintenant», a notamment déclaré Cédric Wermuth.
Pour l'accord avec l'UE
Là aussi, les avis divergent. Selon le professeur de politique commerciale Stefan Legge, la Suisse a trois partenaires commerciaux fondamentaux dans le monde: l'UE, la Chine et les Etats-Unis. «Si les relations avec l'une des parties se dégradent, les autres deviennent d'autant plus importantes», explique l'expert. Selon lui, un accord avec l'UE est donc indispensable. «Mais il faut éviter que le protectionnisme de Trump ne s'applique à l'Europe.»
Le président du PLR Thierry Burkart ne souhaite pas non plus qu'on se précipite maintenant. Pour lui, il faut d'abord faire échouer l'initiative de l'UDC dite «Pas de Suisse à 10 millions»: «Ce n'est certainement pas maintenant qu'il faut détruire notre relation stable avec l'UE.»
Le président des Verts libéraux, Jürg Grossen, souhaite lui accélérer les démarches en vue d'un accord. Les annonces de Trump montrent à quel point des partenariats fiables sont précieux, raison pour laquelle il appelle à conclure rapidement les Bilatérales III. «L'accès au marché intérieur de l'UE est plus important que jamais.»