Le président américain Donald Trump a annoncé mercredi 2 avril de lourds droits de douane de 31% sur les importations en provenance de Suisse. Un véritable coup de massue pour Berne. Fait qui peut paraitre incroyable à première vue: les taxes imposées à la Suisse sont supérieures de moitié aux 20% imposés à l'Union européenne (UE), selon un tableau présenté Donald Trump lui-même lors d'un discours dans les jardins de la Maison Blanche.
Dans une publication sur le réseau social X, la présidente de la Confédération Karin-Keller Sutter a déclaré «prendre acte» des annonces de Donald Trump. «Les intérêts économiques à long terme du pays constituent la priorité», a-t-elle indiqué, tout en estimant que «le respect du droit international et le libre-échange sont fondamentaux».
Pourquoi Donald Trump a-t-il à ce point ciblé la Suisse? Quels sont les secteurs économiques les plus en danger? Et quelle est la suite? Blick fait le point.
Pourquoi Trump en veut à la Suisse?
Principalement pour deux raisons. L'une semble évidente, l'autre beaucoup plus contestable.
1. Une Suisse trop excédentaire pour Trump
Selon les chiffres de la Confédération, le commerce bilatéral entre la Suisse et les Etats-Unis est très déséquilibré, au profit de Berne. En 2024, la Suisse a exporté pour 52,65 milliards de francs de marchandises vers les Etats-Unis.
Dans le même temps, les importations en provenance d'outre-Atlantique ont atteint «seulement» 14,13 milliards de francs. Pour les Etats-Unis, le déficit commercial s'élève donc à 38,5 milliards de francs. Pour l'administration Trump, cet écart est trop important. Les nouveaux droits de douanes visent donc à inciter les entreprises suisses à freiner leurs exportations vers les Etats-Unis ou à venir produire directement sur sol américain.
De plus, dans son rapport de 400 pages, le représentant américain au commerce Jamieson Greer en a consacré trois à la Suisse. Le problème? Les produits agricoles américains ont un accès très limité au marché suisse, peut-on y lire. Le subventionnement de l'agriculture helvétique est en outre décrit dans le rapport comme un désavantage concurrentiel. Le représentant s'oppose en outre à la limitation des produits génétiquement modifiés. La question de savoir si le rapport a influencé la décision de Donald Trump reste ouverte.
2. Des droits de douane supposément réciproques
Selon Donald Trump, ces nouvelles taxes ne seraient qu'une réponse proportionnée aux droits de douane sur les produits américains mis en place par les autres pays. C'est ce qu'il appelle «les droits de douane réciproques.» Le président a toutefois promis de diviser par deux la réponse américaine à taxes supposément mises en place par les partenaires commerciaux de Washington.
Si l'on suit cette logique, la Suisse aurait donc été taxée de 31% parce qu'elle appliquait elle-même des droits de douane de 62% sur les produits américains. Pour Trump, ces chiffres sont irréfutables. Or, difficile de savoir d'où ils proviennent. Aucun document, aucune donnée statistique, aucune source ne contient un tel chiffre, si ce n'est la liste brandie par le président américain dans le jardin de la Maison Blanche.
Ce qui est certain, c'est que la Suisse a supprimé ses droits de douane sur les importations de biens industriels en 2024. Les 62% évoqué par Trump paraissent d'autant plus durs à justifier.
Quels secteurs de l'économie suisse doivent trembler?
Le coup porté par Donald Trump à l'économie suisse est tout sauf négligeable. En 2024, les Etats-Unis ont accueilli 18,6% du total de la marchandise suisse vendue à l'étranger. Certes, l'Union européenne reste le marché principal, avec 51% des exportations. Toutefois, en 2021, les Etats-Unis ont brûlé la politesse à l'Allemagne en devenant le premier pays importateur de biens suisses.
En fait, les exportations de la Suisse vers les Etats-Unis ont triplé entre 2001 et 2021. Selon l'Office fédéral de la douane, les trois quarts de cette progression sont attribuables au secteur de la chimie et pharmacie. Celui-ci devrait donc être frappé de plein fouet par les nouvelles annonces de Donald Trump.
Les Etats-Unis sont aussi un marché important pour les fabricants de montres de luxe. Après le choc de la pandémie de Covid-19, le pays de l'Oncle Sam est devenu la première débouchée pour l'horlogerie suisse, devant la Chine et Hong-Kong. En 2024, les horlogers suisses ont vendu pour 4,47 milliards de montres aux Etats-Unis. Du côté des vallées horlogères de l'est de la Suisse Romande, les annonces de Trump n'ont certainement pas fait beaucoup d'heureux.
Quelle va être la suite?
Pour l'instant, on n'en sait pas grand chose. Karin Keller-Sutter a indiqué que Berne allait «définir rapidement la suite», sans préciser si le gouvernement envisage de répliquer ou non.
De son côté, la faîtière Economiesuisse à appelé le Conseil fédéral à lancer des négociations. Le gouvernement répondra-t-il à cet appel? Ou répliquera-t-il aux annonces de Donald Trump. Ces prochaines semaines nous le diront.