Retour au XIXe siècle
Les droits de douane, une passion américaine qui a rarement payé

Les États-Unis ont une longue histoire de droits de douane élevés, souvent avec des résultats mitigés. Donald Trump, qualifié de président du XXe siècle dans une économie du XXIe, cherche à revenir aux pratiques du XIXe siècle, selon un expert.
Publié: 05.04.2025 à 09:11 heures
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Dernière mise à jour: 05.04.2025 à 09:12 heures
Donald Trump signe-t-il un retour au XIXe siècle en imposant de tels droits de douane?
Photo: keystone-sda.ch
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AFP Agence France-Presse

Bien avant la nouvelle salve de Donald Trump, les Etats-Unis ont déjà régulièrement imposé des droits de douane élevés dans leur histoire, avec des résultats souvent peu concluants et parfois catastrophiques. «Nous avons un président du XXe siècle, dans une économie du XXIe siècle, qui veut nous ramener au XIXe», a résumé, sur X (ex-Twitter), Douglas Irwin, professeur à l'université Dartmouth et référence en matière d'économie du commerce.

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Le XIXe siècle a marqué l'âge d'or des droits de douane aux Etats-Unis, avec un taux moyen flirtant régulièrement avec les 50%. Le siècle prolongeait une doctrine adoptée dès la naissance du pays, plaidant pour la protection de l'économie américaine le temps qu'elle se structure.

Apprendre de l'Histoire

«Ces taxes ont effectivement aidé au développement de l'industrie dans une certaine mesure», explique Keith Maskus, professeur à l'université de Colorado, «mais il y a eu deux facteurs beaucoup plus importants», à savoir l'immigration et l'afflux de capitaux étrangers.

Outre ces éléments, «la raison pour laquelle nous avons eu», à cette époque, «un secteur industriel en plein essor, tient au large accès aux ressources naturelles», du charbon au pétrole, en passant par le minerai de fer, le cuivre ou le bois, relève Christopher Meissner, professeur à l'université de Californie à Davis.

Pour ce dernier, «si les droits de douane avaient été plus faibles» durant cette période, «l'industrie ne se serait pas développée sensiblement moins vite». «Nous étions les plus riches entre 1870 et 1913, lorsque nous étions un pays de droits de douane», a déclaré Donald Trump, qui cite souvent en référence l'ancien président américain William McKinley, à l'origine d'une des lois les plus contraignantes en la matière, adoptée en 1890.

Mais ce texte n'a pas empêché les importations de continuer à croître durant les années suivantes. Après l'abaissement des droits de douane, en 1894, le montant des biens achetés à l'étranger est resté en-deçà des sommets atteints précédemment.

«La Grande Dépression», résultat des taxes?

En 1929, le professeur de Harvard George Roorbach écrivait que «depuis la fin de la guerre de sécession» (1865), période «durant laquelle les Etats-Unis ont été soumis à un système protectionniste quasiment sans discontinuer, nos importations ont énormément augmenté». «Les fluctuations observées» dans les importations au cours de cette séquence de plus de 60 ans, «paraissent avant tout attribuables à des facteurs autres que les variations de droits de douane», ajoutait-il.

En 1930, la jeune nation resserrait pourtant de nouveau la vis, sous l'impulsion du président républicain Herbert Hoover, avec le Smoot-Hawley Tariff Act, «dont on se souvient surtout pour avoir déclenché une guerre commerciale mondiale et aggravé la Grande Dépression», souligne le Centre des études stratégiques et internationales (CSIS).

«Ce qui a déclenché la Grande Dépression, l'a rendu si massive et l'a fait durer si longtemps, c'est un ensemble d'éléments complexes, mais les droits de douane en sont un», appuie Keith Maskus. La fin de la Seconde Guerre mondiale a marqué le début d'une nouvelle ère, avec la ratification, par 23 pays dont les Etats-Unis, de l'accord de libre-échange GATT (1947), qui a créé les conditions du développement du commerce international grâce à des droits de douane modérés.

Déficit en progrès

L'élan a été entretenu par l'accord Alena avec Mexique et Canada (1994) puis l'Aleac liant les Etats-Unis à plusieurs pays d'Amérique centrale (2005), ainsi que la création de l'Organisation mondiale du commerce (1995).

Lors de son premier mandat, Donald Trump a rouvert le grand livre des tarifs douaniers et décidé de mesures contre la Chine, maintenues, pour l'essentiel, par son successeur Joe Biden.

Mais le déficit commercial des Etats-Unis et les importations de produits chinois ont continué à progresser jusqu'en 2022, avant que la Chine ne soit frappée par un violent ralentissement économique, sans rapport avec les tarifs. Pour Keith Maskus, «cela montre que cela ne fait pas grand-chose contre les importations» chinoises. 

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