Le bilan va encore s'alourdir
En Birmanie, une terrible course contre la mort a démarré

Le chiffre d'un millier de morts désormais avancé par la junte militaire birmane est sans doute très loin de la réalité. Tout manque dans les zones dévastées par le tremblement de terre. Et il sera compliqué d'acheminer l'aide sur place.
Publié: 29.03.2025 à 10:38 heures
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Dans la région de Sagaing et de Mandalay, la priorité est de retrouver les survivants.
Photo: Anadolu via Getty Images
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Richard WerlyJournaliste Blick

Impossible de se fier à cette première estimation. Vingt-quatre heures après le séisme survenu vendredi 28 mars à la mi-journée (heure locale) en Birmanie, avec des effets ressentis dans toute la région, le millier de morts déploré par la junte militaire au pouvoir dans ce pays est à coup sûr très en deçà de la réalité.

C’est en effet une véritable course contre la mort qui se déroule dans les régions les plus dévastées du centre de ce pays – dont le nom officiel est l'Union de Myanmar – en proie depuis trois ans à une très meurtrière guerre civile. L’épicentre du tremblement de terre se trouve près de Sagaing, une ville disputée entre l’armée birmane – la Tatmadaw – et la coalition de groupes rebelles et ethniques entrés en guerre après le coup d’Etat du 1er février 2021. L’ancienne capitale royale Mandalay est partout jonchée de bâtiments détruits, y compris son palais dont les remparts jonchent le sol.

Estimations peu fiables

Le bilan humain? Il résulte pour l’heure des seules estimations données par les hôpitaux de la région, surchargés et incapables de prendre en charge l’afflux de blessés. La nouvelle capitale birmane Nyapydaw, qui est sortie de terre au début des années 2000, est submergée de véhicules de toute sorte charriant des victimes.

La capitale économique Yangon, beaucoup plus au sud, a aussi reçu de très nombreux flots de blessés, qui s’entassent dans des établissements médicaux où le courant électrique n’est opérationnel que quelques heures par jour. L’état des routes pour accéder aux villages écrasés par le tremblement de terre est désastreux. Et le risque d’une mainmise de l’aide internationale par les militaires au pouvoir est maximal.

A près de deux mille kilomètres de là, d'autres birmans sont en deuil à Bangkok, la capitale thaïlandaise où cette main d'œuvre immigrée – avec beaucoup de Cambodgiens – est employée sur les chantiers de construction. Selon le gouverneur de la ville, une cinquantaine d'ouvriers demeureraient prisonniers des ruines d'un immeuble de trente étages qui s'est écroulé vendredi. Les images ont fait le tour du monde. Pour l'heure, une dizaine de morts confirmés sont à déplorer selon les autorités thaïlandaises.

Aide internationale sous pression

Revenons à l'aide à la Birmanie. Preuve du caractère exceptionnel de ce séisme, le chef de la junte, le Général Min Haung Hlaing a lancé dès vendredi un appel au secours. Depuis, les pays frontaliers tels que la Chine, l’Inde mais aussi la Thaïlande – elle-même frappée par le tremblement de terre – ont répondu présents. L’Union européenne (UE) s’est également dite prête à acheminer des secours, tout comme la Suisse.

Mais comment faire alors que la mainmise de l’armée sur ces zones est totale? Pour l’heure, les Nations unies n’ont pas encore reçu de réponse claire du gouvernement sur leur possibilité d’intervenir librement au secours des populations sinistrées. Cela pourrait toutefois se débloquer dans les heures prochaines. C’est maintenant que cette course contre la mort est décisive car, souvent, les blessés lors d’un séisme meurent dans les jours qui suivent faute de soins, en raison des pertes de sang massives et des infections.

Dans l’attente de répliques

Course contre la mort pour le pays entier aussi. La Birmanie vit, comme la Thaïlande et sa capitale Bangkok, dans l’attente de prochaines secousses qui pourraient à nouveau faire d’énormes dégâts matériels et humains. L’arrivée de la saison des pluies, traditionnellement célébrée dans ces pays à la mi-avril, est un autre défi car très rapidement, les voies d’accès vont se trouver inondées et impraticables. Comment aider? Comment s’assurer que cette aide parvient bien aux populations qu’il faut secourir?

Sanctions internationales

L’autre question, dans ce pays placé sous sanctions internationales depuis le putsch militaire de 2021 et l’incarcération d’Aung San Suu Kyi, est celle du déploiement sur place d’équipes étrangères pour déblayer les ruines et construire des hôpitaux de campagne. Comment accéder surtout aux zones tenues par les groupes insurgés qui répondent à l’autorité lointaine d’un gouvernement en exil aux moyens limités? Le risque est grand que les militaires veulent trier les secours comme ils l’ont fait dans le passé, par exemple lors du passage meurtrier du cyclone Nargis qui avait fait plus de 80'000 morts et 60'000 blessés en mai 2008.

L’urgence est évidente. La Birmanie, ce «pays des dieux» est bien lancé dans une course contre la mort.

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