Qu'il soit écrit ZH, AG ou BE sur la plaque d'immatriculation, il est fort probable que cette dernière provienne du canton de Soleure. Plus précisément de l'entreprise Plaque Suisse SA, implantée dans le village de Nunningen. Une quinzaine de collaborateurs y fabriquent près d'un million de plaques d'immatriculation par an. La quasi-totalité de la Suisse alémanique est livrée à partir de Nunningen.
Toute la Suisse alémanique? Plus pour longtemps. Le canton de Berne souhaite implanter de nouvelles mesures, comme le font déjà certains cantons romands. Le canton vient d'annoncer que les plaques d'immatriculation bernoises seront désormais fabriquées par des détenus de l'établissement pénitentiaire de Thorberg. «Nous faisons ainsi des économies de coûts, proposons des prix stables à long terme et créons des emplois utiles dans l'exécution des peines», déclare le directeur bernois de la sécurité Philippe Müller.
Mais cette décision fait grincer des dents. En effet, des personnes en situation de handicap pourraient perdre leur travail.
«L'entreprise perdra des mandats au profit de délinquants»
Marc Eggimann est mécontent de la décision de Berne. Il est président du conseil d'administration de Plaque Suisse SA, mais aussi CEO de la coopérative VEBO, une institution soleuroise à laquelle appartiennent plusieurs entreprises de production et de services. 80% des 1800 employés présentent des problèmes de santé ou une situation de handicap. En 2024, la coopérative a acheté 50% du fabricant de plaques d'immatriculation. L'objectif? Permettre aux personnes en situation de handicap de trouver un emploi sur le marché du travail compétitif.
Avec de telles mesures, l'entreprise perdra irrémédiablement des commandes, déplore Marc Eggimann sur la plateforme LinkedIn. «En plus de la main-d'œuvre et des spécialistes de la région, l'entreprise emploie aussi des collaborateurs en situation de handicap qui ont une rente AI. L'entreprise perdra donc des mandats de travail au profit de délinquants.» Marc Eggimann accuse le canton de Berne de distorsion de la concurrence. «Il est impossible pour une entreprise privée d'être en concurrence avec le tarif quasi-nul de l'établissement pénitentiaire.»
«Gérer l'argent des contribuables avec parcimonie»
Chaque année, l'Office de la circulation et de la navigation de Berne délivre environ 130'000 plaques d'immatriculation. Le canton de Berne défend sa nouvelle mesure. Interrogé, Stephan Lanz, chef de l'Office de la circulation et de la navigation, précise: «Le canton de Berne doit gérer l'argent des contribuables avec parcimonie. Avec sa décision de production, le canton ne fait donc pas d'intervention sur la concurrence ni de distorsion du marché.» Les cantons sont par ailleurs libres de décider s'ils assument eux-mêmes leurs tâches ou s'ils les font exécuter par des tiers.
Pia Stebler, directrice de FairPlay Public – une organisation faîtière de l'économie suisse, voit les choses différemment. Elle s'engage pour que les entreprises suisses soient mises sur un pied d'égalité lors de l'attribution de marchés par les pouvoirs publics. «Ce que fait le canton de Berne est clairement une distorsion de la concurrence», déclare-t-elle. Pour elle, l'État ne doit pas pousser les entreprises privées hors du marché. «Il n'est pas acceptable que les ressources fiscales soient utilisées pour la production de plaques d'immatriculation.»
La coopérative VEBO, avait par ailleurs déjà été critiquée pour l'octroi de fonds publics dans sa participation à des entreprises comme Plaque Suisse. Marc Eggimann souligne toutefois: «Sur les 15 employés, seule une partie, soit environ cinq personnes, est en situation de handicap ou perçoit une rente AI. Les autres employés travaillent de manière régulière.» Plaque Suisse appartient à 50% au leader du marché allemand des fabricants d'enseignes. «Nous gérons Plaque Suisse comme une entreprise indépendante», conclut Marc Eggimann.