Les conseillers fédéraux UDC font pression
En coulisse, Albert Rösti et Guy Parmelin demandent à Beat Jans de «changer de cap» en matière d'asile

Des documents internes le montrent: les conseillers fédéraux UDC Albert Rösti et Guy Parmelin augmentent la pression sur leur collègue Beat Jans. Selon eux, ce dernier devrait s'inspirer davantage des décisions récentes d'autres pays, comme le Danemark ou la Suède.
Publié: 06:00 heures
|
Dernière mise à jour: 08:45 heures
1/5
Le conseiller fédéral UDC Albert Rösti insiste sur un «tournant en matière d'asile».
Photo: KEYSTONE
RMS_Portrait_AUTOR_1047.JPG
Ruedi Studer

Le chef du Département fédéral de justice et police peut tourner les choses comme il veut, il ne pourra pas satisfaire l'UDC en ce qui concerne le dossier délicat de l'asile. Le chef de l'Union démocratique du centre (UDC), Marcel Dettling, s'insurge régulièrement contre le conseiller fédéral socialiste. «Le chaos de l'asile est une bombe sociale à retardement! Et le ministre de la Justice Beat Jans en porte la responsabilité politique», a récemment pesté Dettling lors de l'assemblée des délégués de son parti à Puidoux (VD), et ce, en présence des deux conseillers fédéraux UDC: Guy Parmelin et Albert Rösti.

Mais le duo était déjà sur les talons de Jans. Au sein du Conseil fédéral, ils font pression ensemble sur leur collègue pour qu'il serre la vis plus fort et plus rapidement. Lors de la consultation des offices sur les mesures d'accompagnement contre l'initiative «Pas de Suisse à 10 millions (initiative pour la durabilité)», les deux représentants de l'UDC ont notamment dénoncé la menace d'un transfert des problèmes de la Confédération vers les cantons et les communes au lieu d'une solution concrète. 

Albert Rösti exige même de son collègue un «tournant en matière d'asile». C'est ce que montrent des documents internes que nous avons obtenus en nous basant sur la loi sur la transparence. Dans sa prise de position, l'élu UDC rappelle à Beat Jans que les «appels à l'aide répétés des cantons et des communes» sont une raison supplémentaire pour que le Conseil fédéral se penche rapidement et de manière approfondie sur cette problématique. Dans une lettre, Guy Parmelin avance des arguments similaires.

«S'inspirer» d'autres pays

Albert Rösti exige du Département fédéral de justice et police – indépendamment des mesures d'accompagnement prévues – qu'il présente rapidement «un catalogue de mesures concrètes (aussi bien des mesures immédiates que des réformes à long terme) susceptibles non seulement d'administrer le problème, mais aussi de faire baisser considérablement et durablement le nombre de demandes d'asile».

Il conseille à son homologue de jeter un coup d'œil au-delà des frontières nationales. «Le tournant politique en matière d'asile, initiée par des pays comme la Suède, le Danemark, les Pays-Bas, l'Italie ou les Etats-Unis, peut servir d'inspiration à cet égard». L'élu UDC souhaite en outre que le Conseil fédéral puisse discuter de manière approfondie du catalogue de mesures lors d'une réunion à huis clos prévue «prochainement».

Ces revendications d'Albert Rösti vont dans le même sens que certaines interventions de l'UDC au Parlement. «Apprendre de la Suède et du Danemark», dit-on. Il s'agirait par exemple de ne plus accorder l'asile pour une durée illimitée et d'augmenter les obstacles au regroupement familial.

Miser sur une «stratégie globale en matière d'asile»

Dans son document, Beat Jans renvoie quant à lui à sa «stratégie globale en matière d'asile», actuellement en cours d'élaboration avec les cantons et les communes. Celle-ci doit mettre en évidence les principaux champs d'action «pour un système d'asile qui fonctionne avec succès». Pour calmer l'impatience de l'UDC, il veut, d'ici l'automne, présenter au Conseil fédéral une «note de discussion avec des valeurs de référence pour des mesures de restructuration de l'asile».

Le Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM) précise qu'il élabore déjà en permanence des mesures concrètes pour réagir à la situation de crise actuelle. Il se réfère par exemple à la procédure introduite dans toute la Suisse pour les requérants d'asile nord-africains. «Les adaptations plus importantes, notamment les modifications légales, doivent en revanche être étroitement coordonnées avec les partenaires de l'alliance des autres niveaux étatiques».

«
Les nouvelles statistiques de la criminalité en disent long! Nous ne pouvons pas attendre l'automne
Marcel Dettling, chef de l'Union démocratique du centre (UDC)
»

L'analyse menée conjointement mettra en évidence les mesures à prendre, a-t-il ajouté. «Ensuite, la Confédération, les cantons et les communes détermineront les mesures à prendre afin d'obtenir un effet aussi efficace et durable que possible.»

Surveiller Beat Jans «de très près»

L'UDC sera-t-elle ainsi satisfaite? «Les nouvelles statistiques de la criminalité en disent long! Nous ne pouvons pas attendre l'automne, nous devons agir immédiatement», déclare Marcel Dettling. 

Il se réjouit d'autant plus que «ses» conseillers fédéraux maintiennent la pression sur le conseiller fédéral socialiste. «J'attends d'eux qu'ils continuent à surveiller Beat Jans de très près... C'est la seule façon de l'inciter à trouver des solutions».

Vous avez trouvé une erreur? Signalez-la