En mission sur le plateau du Golan
Pour la major Nadja Schatzmann, les femmes ont leur place dans l'armée

Entre zone de crise et poste de commandement, la major Nadja Schatzmann est en mission pour l’ONU en Syrie et prouve que les femmes ont leur place dans l’armée.
Publié: 04.04.2025 à 08:16 heures
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Nadja Schatzmann passe ses vacances chez elle en Suisse et prend la parole à l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes pour parler de son expérience dans l'armée.
Photo: Kurt Reichenbach
Silvana Degonda pour «L'illustré»

Une pause loin de l’état d’urgence. Ces jours-ci, Nadja Schatzmann, 36 ans, n’est pas en mission pour la paix, mais sur les pistes de Saas-Fee (VS). Elle passe deux semaines de vacances chez elle. «J’ai travaillé ici pendant deux hivers comme monitrice de ski et au restaurant de montagne Alpenblick, raconte-t-elle. A Saas-Fee, je peux vraiment décompresser.»

Cette native du canton d’Argovie est l’une des 12 femmes officiers de carrière dans l’armée suisse. Depuis un an, elle est en mission sur le plateau du Golan, à la frontière entre la Syrie et Israël. En tant qu’observatrice militaire, elle veille au respect du cessez-le-feu pour les Nations unies dans l’une des régions les plus conflictuelles du monde. «C’est parfois un exercice d’équilibrisme, explique-t-elle. Nous sommes au cœur d’une situation politique complexe, nous devons garder notre neutralité, mais aussi communiquer clairement.»

Première femme de l'équipe de liaison

Nadja Schatzmann n’avait pas prévu de faire une carrière militaire. Pendant son apprentissage de cuisinière, à l’âge de 17 ans, elle a accompagné une amie à une séance d’information de l’armée. «Beaucoup de gens m’ont dit que cela ne me correspondait pas du tout. C’est précisément ce qui m’a motivée.»

«
L'armée a fait de moi la personne que je suis devenue
Nadja Schatzmann
»

Elle a suivi l’école de recrues, puis l’école d’officiers. A 23 ans, elle a été envoyée en mission à l’étranger, en Bosnie-Herzégovine. Elle a été la première femme de l’équipe de liaison et d’observation suisse présente dans la ville de Mostar et elle était aussi chef d’équipe. «Je n’étais pas vraiment prête pour une telle mission. Mon anglais n’était pas assez bon pour rédiger les rapports. J’ai dû m’accrocher pour prouver que j’en étais capable.»

En 2017, elle a obtenu son diplôme de l’académie militaire, est devenue officier de carrière et a dirigé une compagnie d’état-major dans une brigade logistique. Elle affirme aujourd’hui: «L’armée a fait de moi la personne que je suis devenue; je suis beaucoup plus forte, beaucoup plus sûre de moi.»

Sept jours non-stop en service

Sur la ligne Alpha, qui désigne la zone séparant le plateau du Golan, annexé par Israël, des territoires syriens, des conflits vieux de plusieurs décennies coexistent avec un mode de crise permanent. Les violations de l’accord de cessez-le-feu font partie du quotidien. «Quand des chars ou des soldats surgissent dans la zone démilitarisée, nous le signalons à New York», explique Nadja Schatzmann.

Depuis dix postes d’observation, 1200 hommes et femmes surveillent la zone. Sept jours sur sept, 24 heures sur 24. «Certains endroits sont invisibles depuis les postes d’observation. Nous effectuons donc régulièrement des patrouilles.» Toujours avec des camarades de différents pays. Pendant les six premiers mois, Nadja Schatzmann était elle-même sur le terrain. Aujourd’hui, elle coordonne les interventions en tant qu’officier responsable des opérations. «D’un point de vue géopolitique, ce conflit est extrêmement intéressant. Voilà pourquoi cette mission m’a attirée.» Elle n’a jamais eu peur. «Mais ma mère a eu du mal à accepter que je parte pour la Syrie.»

Nadja Schatzmann en Syrie. L'ONU mène des opérations au Proche-Orient depuis 75 ans. Il s'agit de la plus ancienne opération de maintien de la paix de l'Organisation.
Photo: Kurt Reichenbach

Les femmes en uniforme sont encore rares aujourd’hui, même si beaucoup de choses ont changé. «Les jeunes recrues ont un autre état d’esprit. Les performances comptent plus que le genre.» Pourtant, certaines situations montrent que l’égalité est un long processus. «J’ai appris à m’endurcir.» Ce qui l’aide? La camaraderie, la franchise et la tolérance zéro face aux abus. «Avant, on disait souvent: «C’est l’armée, c’est comme ça.» Aujourd’hui, on l’affirme: «C’est inacceptable.»

«
Ayez le courage de sortir de votre zone de confort. Devenez la meilleure version de vous-même
Nadja Schatzmann
»

Elle regrette le départ annoncé du chef de l’armée, Thomas Süssli. «Il a été mon premier commandant de brigade. C’était un supérieur qui s’intéressait aux gens. J’espère que son successeur continuera sur cette voie.»

Le quotidien en état d’alerte

Elle a vécu de près le renversement du régime syrien, en décembre dernier. Elle a été la principale responsable d’une évacuation. «J’ai remarqué que je pouvais me reposer sur tout ce que j’avais appris dans l’armée. Les processus de commandement, les prises de décision, tout a parfaitement fonctionné.»

Sur le plateau du Golan, Nadja Schatzmann vit dans un camp militaire fait de conteneurs. «Il est relativement bien équipé.» Avec une salle de sport et une piscine. «On peut manger indien, népalais ou kazakh. C’est vraiment sympa.» Chaque jour, elle court 10 kilomètres.

Sa mission au Proche-Orient s’achève bientôt. Ensuite, elle partira seule pour la Norvège, en camping-car. De retour en Suisse, elle se verra confier une nouvelle affectation: en tant qu’enseignante au centre d’instruction Swissint, elle préparera d’autres personnes à des missions de maintien de la paix et transmettra son expérience. Elle recommande à tout le monde, hommes et femmes, de partir en mission à l’étranger: «Ayez le courage de sortir de votre zone de confort. Devenez la meilleure version de vous-même. Et incarnez le changement que vous souhaitez pour le monde.» 

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