Oli T.* est à bout. Ce sexagénaire a tout perdu – jusqu’au dernier centime de sa prévoyance vieillesse. «Je suis complètement désespéré», confie l’Argovien à Blick, la voix brisée.
Ce qu’il pensait être une histoire d’amour a viré au cauchemar: une prétendue femme rencontrée en ligne l’a escroqué de l’ensemble de ses économies. «Environ 250'000 francs», dit-il. Aujourd’hui, il ne lui reste que 2394,82 francs, comme l’indique son relevé bancaire. «Je peux tout juste payer le loyer de mon appartement.»
Divorce, solitude et amour virtuel
Oli T. a passé 40 ans aux côtés de son épouse. Ensemble, ils ont eu deux enfants. Pendant 35 ans, il a travaillé comme vendeur. Mais en 2021, tout s’effondre: il divorce. «Je me suis retrouvé seul. Alors j’ai cherché un nouvel amour», raconte-t-il. C’est en novembre 2023 qu’il croit l’avoir trouvé sur une plateforme de rencontres. Une femme, se disant française, entre dans sa vie. C'est du moins ce qu'il pensait à l'époque.
«Le destin a suivi son cours, poursuit Oli. Début décembre 2023, elle m’a promis son amour.» Dans les messages, elle l’appelle «Mon amour», il la surnomme «Chérie». Rapidement, elle évoque une mère malade et des difficultés financières. Oli, touché, commence à envoyer de l’argent. «C’était aussi pour l’aider dans sa propre vie.»
Les économies s'envolent
Très vite, le piège se referme sur lui. «Mes quelques milliers de francs d’économies ont disparu. Alors j’ai contracté un crédit de 50'000 francs.» Mais cet argent aussi est envoyé à cette femme virtuelle. «J'ai toujours espéré et souhaité que nous puissions un jour vivre ensemble.» À ce stade, il était trop impliqué émotionnellement pour se méfier. Et il avait déjà trop donné.
En 2024, Oli T. décide de quitter son emploi pour prendre une retraite anticipée. Il demande alors un versement anticipé de sa caisse de pension. Résultat: «190'454,40 francs», dont il montre la confirmation sur son téléphone. Mais là encore, l’argent disparaît.
«Stupidité absolue»
En larmes, il avoue: «Dans ma stupidité absolue, je lui ai également transféré tout cet argent en plusieurs fois. Aujourd’hui, je suis complètement ruiné. Je n’ai plus rien.» Lorsqu’il l’informe qu’il n’a plus d’argent, elle lui demande si sa mère ne pourrait pas l’aider financièrement. Puis elle promet une rencontre en France, réserve un hôtel... «Mais là encore, elle a annulé. Pour moi, c'était la fin de l'histoire.» Mais il était déjà trop tard.
Oli T. avait effectué les transferts via eBanking vers des comptes répartis dans toute l’Europe. Selon lui, ces comptes servaient probablement de relais pour les complices. À son domicile, s’empilent aussi environ 250 cartes Bitcoin, la plupart d’une valeur de 500 francs. «Avec ces cartes, j’ai transféré environ 125'000 francs en cryptomonnaie», estime-t-il.
Plainte déposée auprès de la police
Face au gouffre, Oli T. n’a plus qu’une idée en tête: demander de l’aide. Il dépose plainte contre inconnu auprès de la police cantonale d’Argovie, qui le dirige vers un centre d’aide aux victimes.
Le Ministère public confirme la plainte. Le porte-parole, Adrian Schuler, explique: «Les autorités d'enquête enquêtent sur de tels soupçons en matière de romance scam.» Les preuves sont préservées, les flux financiers sont scrutés. L'objectif est d'identifier les auteurs, les éventuels commanditaires ou même les structures criminelles.
Mais l’enquête s’annonce longue et complexe. «Dans ces cas à ramifications internationales, les investigations prennent souvent du temps», précise Adrian Schuler. Il recommande aux victimes de couper immédiatement tout contact avec la personne concernée et de fournir l’ensemble des preuves à la police. Ce qu’a fait Oli T.
Des photos d'une ancienne actrice porno
Le faux profil utilisé pour l’escroquerie reprenait les photos d’une ancienne actrice porno, dont les images circulent massivement sur internet. «Je m’en suis rendu compte trop tard», soupire l'homme. «Mais je ne voulais pas avoir de relations sexuelles avec elle. Je suis tombé amoureux de la personne qu’elle prétendait être.» Elle lui aurait même envoyé une copie de sa carte d’identité: «Mais elle aussi est probablement fausse.»
Ce qui aurait dû lui mettre la puce à l’oreille? Il n’a jamais reçu d’elle que des images disponibles en ligne. Aucune photo personnelle, aucun appel vidéo. «J’ai été piégé. Brutalement.»
Aujourd’hui, Oli T. espère au moins se reconstruire. «Mon plus grand souhait, c’est de retrouver un travail. Je veux éviter de dépendre de l’aide sociale.» Mais il sait que ses chances de récupérer l’argent envolé sont minces.
*Nom modifié