Alors que Blick prend la route pour Viège ce samedi matin, les ondes radio nous annoncent une éclipse solaire partielle dans le ciel valaisan. En risquant un coup d’œil entre deux bouts d’autoroute terminés, difficile de se rendre compte si l’on assiste effectivement à ce phénomène ou s’il fait tout simplement mauvais temps au-dessus de la vallée du Rhône. On penche plutôt pour la seconde possibilité, mais bref.
Si Blick se rend en Haut-Valais, c’est parce qu’une éclipse, bien plus visible, risque de se produire dans le hockey suisse ces prochaines semaines. Le HC Viège a en effet l’occasion de chiper la place du HC Ajoie en National League. Les quelques Jurassiens que nous croisons sur la route semblent pour le moment détendu à la vue des skis fixés sur le toit de leurs voitures. Mais le risque qu’ils associent bientôt cette région à un mauvais souvenir existe bel et bien.
Un repos bienvenu
Dans une ville de Viège qui dort encore, il faut se rapprocher de la Lonza Arena pour comprendre que quelque chose se prépare. Ici même, les joueurs du club local ont été accueillis en héros il y a quelques jours, après avoir été sacrés champion de Swiss League à Bâle. Le bruit des cannes et des pucks se fait de plus en plus fort à mesure que nous approchons. Sur la glace, les hommes d’Heinz Ehlers sont déjà en place pour leur entraînement matinal. La discipline est de mise, les visages fermés et concentrés. Ce mardi, ils se rendront à Porrentruy pour l’acte I de ce barrage face au HC Ajoie.
«On a de la chance d’avoir pu finir la finale en cinq matches. On a quelques jours d’intervalles avant de recommencer. Cela a permis aux joueurs et à tout le monde, de digérer, de faire la fête et de souffler un peu par rapport au stress de toutes les séries de play-off», explique Daniele Marghitola, le directeur sportif des Lions. «Maintenant, il faut recommencer, remettre un petit peu cette tension qu’il faut pour entamer une série de promotion. Donc, on a eu le temps de faire un peu tous les passages, tous les stades de l’euphorie et de retrouver le calme avant de lancer la machine.»
Susciter l'émotion
Si l’entraînement est accessible au public, il n’y a pas foule malgré l’enjeu de cette série qui approche. Seuls quelques curieux viennent jeter un œil, dont un père avec son fils. Avec son bonnet «EHC Visp» presque trop grand pour voir quelque chose, ce dernier laisse entrevoir des yeux qui brillent lorsqu’il reçoit une canne d’un joueur par-dessus le plexiglas. Une image qui en vaut mille pour comprendre les émotions que ce HC Viège va pouvoir susciter.
Leurs supporters mis à part, les Haut-Valaisans se battront aussi pour leur entraîneur. Heinz Ehlers rentrera au Danemark à l’issue de la saison, après avoir aussi entraîné Bienne, Langenthal, Lausanne et Langnau. Une nouvelle qu’il avait annoncée en toute transparence à la mi-janvier. «Cette annonce a eu le bénéfice de clarifier la situation pour tout le monde», estime Daniele Marghitola. «Et donc, dans ces conditions, ça permet de se focaliser sur les choses vraiment importantes, sur la semaine en cours, le travail, les matches à gagner, sans penser vraiment à l’avenir.» En restant concentré sur l’instant présent, de petits détails en petits détails, les Valaisans se retrouvent finalement à une série de la National League.
Une perspective assurément réaliste, du moins théoriquement, tant cette Lonza Arena semble faite pour vibrer à l’échelon supérieur. Mais pour cela, il va falloir réussir un nouvel exploit. Et cela invite visiblement à la prudence. Si le centre-ville semble sorti du lit depuis notre passage à la patinoire, rien ne laisse penser à l’enjeu de ces prochaines semaines dans les rues de Viège. Au CenterPark – qui n’est pas une oasis de loisir pour les familles qui se mettent au vert, mais un centre commercial local – on se montre peu loquace: «En Haut-Valais, on vit les choses très intérieurement», nous confie une table de sexagénaires à l’heure du café. «On reste réalistes, mais bien sûr qu’on est derrière eux. Beaucoup de gens vivent pour le hockey ici. Recevoir Gottéron ou Berne, ce serait bien sûr merveilleux.»
Travailler sur le long terme
Pour l’instant, il reste encore des places pour l’acte II prévu jeudi à la Lonza Arena. Mais à l’image de l’ensemble de la saison des Lions valaisans, l’appétit vient en mangeant. Et le travail de l’ombre semble payer. «C’est une grande opportunité aujourd’hui pour Viège de tenter cette promotion. Mais le hockey valaisan va continuer à vivre avec ou sans ça. Pour toute la région, il faut réfléchir à long terme», reprend Daniele Marghitola. En d’autres termes, l’euphorie viendra quand il y aura une bonne raison. La philosophie est plutôt saine face à des défis sportifs.
D’autant que l’on connait les parcours tumultueux des autres clubs valaisans. Sierre parle de National League, mais a été sorti en quarts de finale, alors que Martigny, déjà relégué volontairement en MyHockey League l’an dernier, va encore redescendre d’un échelon. Le directeur sportif connaît bien le club, lui qui a occupé cette même fonction dans le Bas-Valais: «La rélégation de Martigny, c’est plutôt négatif, bien sûr. Mais il faut prendre les choses dans leur globalité. Viège va jouer une promotion. Sierre a des projets. Donc il faut penser sur le long terme.» Plus que la patience, c’est surtout la mesure qui semble mère de toutes les vertus.