Sébastien Pico, CEO du club
«Quoi qu'il arrive, le HC Viège ne perdra pas ses convictions»

Le HC Viège, sacré champion de Swiss League, s'apprête à affronter Ajoie en barrage pour une place en National League. Sébastien Pico, CEO du club, partage ses réflexions sur le parcours de son équipe, le hockey valaisan et cette série à venir. Interview.
Publié: 30.03.2025 à 18:05 heures
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Dernière mise à jour: 30.03.2025 à 22:51 heures
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Le CEO du HC Viège Sébastien Pico se félicite des valeurs défendues par son club.
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Le CEO du HC Viège Sébastien Pico se félicite des valeurs défendues par son club.
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Thibault GilgenJournaliste Blick

En 1962, le HC Viège devenait champion de Suisse dans une première division nommée alors Ligue Nationale A. Cette date marquait le haut fait d’une période de près de 10 ans dans l’élite du pays. Une éternité après, le club valaisan a enfin l’occasion de la retrouver. Mais pour cela, il va falloir venir à bout du HC Ajoie lors d’une série de barrage qui s’annonce extrêmement serrée.

Avant le coup d’envoi de l’acte I ce mardi à Porrentruy (20h), Blick s’est entretenu avec Sébastien Pico. Du titre obtenu en Swiss League face à Bâle à une éventuelle promotion, en passant par son voisin du HC Sierre et le soutien reçu par ce HC Viège en Valais, le CEO des Lions se confie avec franchise. Que l’issue de la série leur soit favorable ou non, les Haut-Valaisans resteront droits dans leurs patins. Interview.

Sébastien Pico, tout d’abord félicitations pour votre titre en Swiss League! On imagine que la fête a été belle…
Alors j’ai surtout fêté cela intérieurement pour tout vous dire. Déjà parce que j’étais chauffeur et j’avais mon Conseil d’administration dans la voiture (rires). J’avais un petit peu mal à la tête en plus et il n’y avait pas cette volonté de se laisser aller à une nuit blanche par exemple. Le CEO de Bâle, Olivier Schäublin nous a offert un verre dans un restaurant après le match, mais c’était assez sobre on va dire. Le lendemain, je devais être à 7h30 au bureau. Donc je pense que j’ai dormi deux heures et il a fallu rapidement se mettre sur la planification de la suite.

Cela signifie donc que vous êtes focalisé sur ces matches de barrages depuis quelque temps déjà?
Oui, on savait que si on gagnait le match en question, il y avait toute une logistique à mettre en place. Donc c’est vrai que nous avons rapidement eu des contacts avec Ajoie au lendemain du titre, pour la planification réciproque des matches à venir. Et nous avons l’esprit à la prochaine série, absolument.

Swiss League ou National League? De quel côté regardera Sébastien Pico la saison prochaine?
Photo: Andrea Soltermann
Swiss League ou National League? De quel côté regardera Sébastien Pico la saison prochaine?
Photo: Andrea Soltermann

À la veille du début de cette série contre Ajoie, sentez-vous une certaine effervescence autour de votre équipe? À Viège, bien sûr, mais aussi ailleurs en Suisse?
Oui, on sent une effervescence valaisanne, il y a énormément de soutien dans tout le canton. Mais on se sent aussi soutenu un peu partout en raison du système de promotion/relégation. Je pense que ce n’est pas un secret: le système qui est mis en place pour monter est un système de protectionnisme par rapport au club de National League. Le HC Ajoie a utilisé des règlements à bon escient pour le moment, c’est son droit. Mais cela tend à donner un peu de sympathie pour notre club qui doit lutter avec ses propres moyens.

Justement, on sentait que Viège pouvait réaliser un joli coup depuis quelque temps. L’équipe est montée en puissance et ce n’est pas celle dont on parlait le plus en coulisses contrairement à Chaux-de-Fonds ou Olten par exemple. Faut-il en conclure que, plus on travaille dans l’ombre, plus on est récompensé?
Nous avons commencé à avoir un projet sain il y a deux ans avec l’arrivée d’Heinz Ehlers. Ensuite, nous sommes allés chercher notre directeur sportif Daniele Marghitola pour cette saison. On travaille donc dans la continuité. On a vraiment laissé travailler notre entraîneur et les joueurs étrangers. Nous avons donné le temps de corriger les choses qui ne fonctionnaient peut-être pas assez au début. Aujourd’hui, on récolte les fruits d’un travail de fond et puis peut-être aussi d’un changement de mentalité qu’il y a eu dans le vestiaire. Au final, rien n’est dû au hasard. Mais il est vrai que le résultat de ces play-off est plutôt impressionnant.

En quoi consiste ce changement de mentalité dont vous parlez?
Je pense que nous avions besoin de changer un peu notre culture au sein du vestiaire. J’ai pu vivre les titres de 2011 et de 2014 et on a eu de la peine à retrouver notre ADN depuis, particulièrement avec le changement de patinoire. On a peut-être trop essayé d’aller chercher des joueurs solidement installés dans notre championnat. Cela ne fonctionnait pas avec notre ADN.

«
Sierre a un projet, Viège a un projet. Et ils sont indépendants l’un de l’autre
»

Et quel est votre ADN alors?
C’est plutôt d’être un club périphérique qui se bat avec des moyens plus petits mais qui fait de grandes choses avec cela. On veut des joueurs qui sont intensifs, rapides, qui ont faim et qui bloquent des shoots. En fait, c’est toutes les valeurs qu’on a retrouvées dans ces play-off et c’est pour cela que l’équipe bénéficie d’un capital sympathie. Aujourd’hui, on a un peu l’impression que toute la Suisse peut s’identifier au HC Viège grâce à nos valeurs. Et puis quand on pense à notre équipe face aux grosses cylindrées de National League, qui ont encore une fois beaucoup d’avantages de leur côté, c’est un peu David contre Goliath.

Vous évoquez vos concurrents et je suis obligé d’y penser. À deux pas d’ici, il se murmure que Chris McSorley aurait des volontés de rapprochement avec votre club. Seriez-vous prêt à collaborer avec le HC Sierre comme l’imagine Chris McSorley? Pensez-vous que le hockey valaisan en a besoin? Ou au contraire que le HC Viège doit rester totalement indépendant?
J’ai vu deux ou trois articles passer mais, vous savez, je n’ai eu Chris qu’une seule fois au téléphone ces deux dernières semaines et c’était par rapport à un autre sujet. Sierre a un projet, Viège a un projet et ils sont indépendants l’un de l’autre. C’est absolument certain. Avec tout le respect qu’on a pour le projet qui se fait à Sierre, ça n’a absolument rien à voir avec ce qui est en train de se passer à Viège maintenant.

Très bien, mais cette position s’applique-t-elle aussi au sujet de la relève et des jeunes talents valaisans?
Pour être clair, cela fait 15 ans que nous avons une collaboration avec le HC Sierre, qui s’appelle Valais Wallis Future. C’est le HC Sierre qui a résilié cette collaboration mi-janvier et qui nous a donnés quelques semaines pour adhérer à leur propre projet. C’est ça, la réalité. Et pour nous, ce n’était juste pas possible dans l’espace de quelques semaines de sauter sur cette nouvelle barque tout en sachant que c’est Sierre qui mettait fin à cela. Maintenant, personnellement, moi je suis Sierrois, je m’entends très bien avec Alain Bonnet (ndlr: le président du HCS) ou avec Chris McSorley, mais la réalité c’est que ce sont eux qui ont résilié une collaboration qui fonctionnait depuis 15 ans parce qu’ils ont un autre projet en tête. C’est leur choix, leurs réflexions. Je rappelle que nous avons gagné le championnat de U20 top avec cette collaboration. Sierre et Viège sont évidemment très proches pour beaucoup de choses. Donc nous ne voulons pas surfer sur le buzz, cela n’a aucun intérêt. Mais il faut rappeler cette réalité.

En cas de réussite, le club pourra compter sur le soutien de tout un canton, estime Sébastien Pico.
Photo: Andrea Soltermann
En cas de réussite, le club pourra compter sur le soutien de tout un canton, estime Sébastien Pico.
Photo: Andrea Soltermann

Plus globalement quand on voit ce qui se passe à Martigny, qui va encore descendre d’un échelon, y a-t-il un rôle à jouer au niveau cantonal pour Viège? Une promotion dans l’élite, dans une région qui ne cesse de se dynamiser par ailleurs, ça vous propulserait évidemment dans une autre dimension…
Personnellement, je pense que si on devait gagner cette série, évidemment que nous serions très suivis dans le canton. Comme par le passé, pendant une longue période en LNA dans les années 60, ou comme pour Sierre à d’autres moments. S’il n’y a qu’une équipe dans l’élite, elle aura automatiquement le soutien de tout le canton, ça, c’est quelque chose qui a existé par le passé et qu’on ressent beaucoup aujourd’hui. Comme je l’ai dit, le projet sportif qu’on a actuellement, la manière dont l’équipe joue, ses valeurs saines et humbles, sont des valeurs auxquelles on tient et sur lesquelles on a construit. C’est quelque chose qui nous rend sympathique aussi au-delà de la vallée du Rhône.

Promotion ou pas, dans un horizon de 5 ans, quels sont les objectifs du club?
Notre objectif, c’est vraiment de continuer à construire une équipe jeune, dynamique, d’avoir un noyau de joueurs qui est sain, qui se bat pour le club. Après la National ou la Swiss League, c’est secondaire. Si nous devions accéder à la catégorie supérieure un jour, j’espère qu’on ne perdra pas nos convictions comme ce fut le cas de la majorité des équipes qui ont accédé à la National League. On veut continuer à s’engager pour une équité sportive, c’est-à-dire aussi pour une promotion facilitée. Encore une fois, tout est fait pour favoriser le club de National League. C’est du hockey business et on s’est battu contre cela, comme tous les promus de ces dernières années. Je suis là depuis 2005 et tous les promus se sont battus à nos côtés pour avoir plus de justice entre les deux ligues… et puis tous ont retourné leur veste une fois en haut. Je pense que le public en a juste un peu marre de ce système.

Cela signifie-donc que vous militez par exemple pour une ligue ouverte, comme en football?
Je pense en tout cas que, si on devait accéder à la National League, on continuera à militer pour plus d’équité sportive, même si on devait nous-mêmes être victime du système et retomber à l’échelon inférieur.

Comment fait-on pour travailler sereinement sans savoir vraiment dans quelle catégorie le club va évoluer l’an prochain? Vous vous mettez dans la peau d’un CEO de National League ou de Swiss League? On imagine que vous avez un plan pour les deux cas de figure?
Au niveau sportif, ce sera évidemment un challenge aussi pour notre directeur sportif de compléter l’équipe en fonction du résultat de ce barrage. En National League, on sait que le marché des joueurs suisses sera très fermé. On sait qu’au niveau budget, aujourd’hui, on tourne, en ce qui concerne le sport, autour des 3,5 millions. Ce chiffre sera environ de 7 millions si on monte, donc il y aura quand même un certain montant à disposition, même si on arrive très tard sur le marché des transferts. Après, on a aussi un budget pour la Swiss League. Donc voilà, ça fait plusieurs années qu’on dépose le dossier pour monter et que le dossier est accepté. On a les infrastuctures et les structures qui sont prêtes. Économiquement, je pense qu’on fait le travail aussi. À terme, on pourrait tourner avec un budget qui avoisine les 12 millions. Donc on attend de voir.

«
Je reste persuadé qu’il peut y avoir de la place pour deux équipes valaisannes en National League
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Avant toute chose, il y a un barrage à remporter…
Absolument. Je pense que tout d’abord, on a beaucoup de respect et d’humilité par rapport aux défis qui nous attendent. On sait qu’on va devoir augmenter notre niveau encore une fois. Et si on devait aller au bout, ce serait mérité, mais il y aurait encore beaucoup d’obstacles à franchir. Maintenant, on sait que rien ne nous sera offert et qu’on a besoin d’humilité et de respect pour décrocher quelque chose.

Si vous montez, vous allez regretter les derbies contre Sierre?
(Il sourit). Je reste aussi persuadé qu’il peut y avoir de la place pour deux équipes valaisannes en haut. Il y a trois équipes bernoises, il y a deux équipes tessinoises. Pourquoi pas un jour avoir deux équipes valaisannes? Mais voilà, je suis aussi très réaliste et je sais qu’il y a aussi de grandes chances pour que nous jouions à nouveau face à Sierre la saison prochaine et que le HCS devienne même meilleur dans un avenir proche. Ça, c’est la réalité du sport. Tout est très éphémère et on n’est pas non plus dans une bulle utopique. On est très réaliste par rapport à ce qui se passe. On sait qu’Ajoie reste le favori, mais on a vraiment envie de tenter notre chance à fond. Et puis si l’année prochaine on rejoue les derbies, on le fera avec la même conviction.

À part le succès sportif, qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour la suite, à vous aussi personnellement?
Mon bonheur est quand même lié aussi à celui de l’équipe dans laquelle je suis impliqué. Pendant ces play-off, nous avons eu aussi beaucoup de défis humains. Nous avons notamment perdu Martin Stocker qui était notre cuisinier depuis 10 ans dans l’organisation. Il est décédé subitement la veille de la qualification contre Sierre. Il était très proche des joueurs. Il n’y a pas eu que ça, mais nous avons réussi à surmonter ces obstacles. Cela nous a rendus plus forts, tout en nous rappelant la dure réalité de la vie aussi. Loin de nous casser, cela nous envie de nous battre pour ces personnes.

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