Violences ethniques et religieuses
Au moins 40 personnes tuées dans des attaques de villages au Nigeria

Au moins 40 personnes ont été tuées dans des attaques de villages au centre du Nigeria mercredi. Ces violences, survenues dans l'État du Plateau, sont attribuées à des conflits intercommunautaires entre éleveurs peuls musulmans et agriculteurs chrétiens.
Publié: 04.04.2025 à 20:33 heures
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Dernière mise à jour: 04.04.2025 à 21:42 heures
Ces attaques ont eu lieu dans l'Etat du Plateau. (Image d'archive)
Photo: AFP
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AFP Agence France-Presse

Des hommes armés ont tué mercredi au moins 40 personnes dans le centre du Nigeria, secoué par des affrontements meurtriers intercommunautaires récurrents, ont indiqué vendredi à l'AFP les autorités et la Croix-Rouge.

Ces attaques ont eu lieu dans l'Etat du Plateau, situé entre le nord à majorité musulmane et le sud à majorité chrétienne du pays le plus peuplé d'Afrique.

Violences très fréquentes

Les violences ethniques et religieuses y surviennent fréquemment et peuvent être exacerbées par des conflits fonciers entre les éleveurs peul musulmans et les agriculteurs majoritairement chrétiens.

«Nous avons enterré hier plus de 30 personnes», a déclaré un responsable du gouvernement local de l'Etat du Plateau, Farmasum Fuddang, affirmant qu'au total 48 corps ont été retrouvés après une série d'attaques de villages mercredi, après un précédent bilan de dix morts.

Des femmes et des enfants

Un responsable de la Croix-Rouge a évoqué un bilan «dépassant les 40 morts, pour la plupart des femmes et des enfants».

Maren Jusha, un habitant de Manguna, l'un des villages ciblés, a rapporté à l'AFP avoir été témoin d'un assaut mené par des hommes armés non identifiés: «Moi et mes frères nous sommes cachés dans un petit bâtiment derrière notre maison. Après leur départ, nous avons découvert quatre morts», a-t-il dit. Farmasum Fuddang a imputé ces violences aux éleveurs peul musulmans.

Selon Farmasum Fuddang, les violences sont le résultat «d'un nettoyage ethnique et religieux» par des assaillants parlant le dialecte fulani qu'utilisent les éleveurs peul. Mais selon des chercheurs, les moteurs du conflit dans l'Etat du Plateau sont plus complexes.

Dans un communiqué, l'association des éleveurs de bétail Gan Allah du Nigeria a qualifié les meurtres de «barbares», affirmant également que les éleveurs «devraient être ceux qui se plaignent de l'accaparement des terres» par les communautés agricoles.

Des forces de sécurité, soutenues par des groupes d'autodéfense locaux, ont affronté les assaillants et les «efforts se poursuivent pour appréhender les criminels en fuite», a précisé l'armée nigériane.

Appel aux leaders pour la paix

Contacté par l'AFP, le porte-parole de la police de l'Etat du Plateau n'a pas répondu dans l'immédiat aux sollicitations.

«Nous exhortons les leaders religieux, traditionnels et communautaires à renforcer le message de paix, d'unité et de participation légale», a déclaré Joyce Lohya Ramnap, commissaire à l'information et à la communication de l'État du Plateau, dans un communiqué publié vendredi.

Avec l'augmentation de la population, la superficie des terres exploitées par les agriculteurs a augmenté, alors que les pâturages sont mis à rude épreuve par le changement climatique dans le nord-ouest et le centre du Nigeria.

Aggravation des conflits

L'accaparement des terres, les tensions politiques et l'exploitation minière illégale aggravent les conflits. L'enchaînement de meurtres suivis d'actes de représailles a donné naissance dans la région à une criminalité plus large avec des gangs qui mènent des expéditions ciblées dans des villages, et se livrent également à des enlèvements de masse et à des pillages.

Une attaque dans le village de Ruwi, fin mars, dans des circonstances similaires à celles de mercredi, avait fait dix morts. Des hommes non identifiés «avaient surgi dans le village et tiré à plusieurs reprises», avait rapporté à l'AFP un responsable du village, Moses John.

Attaque contre des villages chrétiens

La tension est montée dans l'Etat depuis que 200 personnes y ont été tuées en décembre 2023 lors d'une attaque contre un village à majorité chrétienne. En mai l'an dernier, une quarantaine de personnes avaient été tuées et des maisons avaient été incendiées dans la localité de Wase.

Ces exactions dans l'Etat du Plateau sont l'un des multiples défis sécuritaires auxquels est confronté le président nigérian Bola Ahmed Tinubu.

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