Devant les juges ce lundi
Gérard Depardieu, le procès d'un homme qui avait «tous les droits»

Gérard Depardieu, 76 ans, se retrouve finalement devant les juges à Paris. L'acteur de 76 ans comparait pour agressions sexuelles. Deux femmes l'accusent de les avoir agressées en 2021 lors du tournage du film «Les volets verts».
Publié: 24.03.2025 à 07:29 heures
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Dernière mise à jour: 24.03.2025 à 17:29 heures
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Gérard Depardieu comparait pour la première fois devant les juges pour agressions sexuelles.
Photo: AFP
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Richard WerlyJournaliste Blick

Gérard Depardieu devrait bel et bien être ce lundi, à partir de 13h30, à l’ouverture de son procès pour «agressions sexuelles» devant le tribunal correctionnel de Paris. L’acteur, plusieurs fois opéré du cœur, bénéficie toutefois d’une prescription médicale lui permettant de quitter la salle d’audience au-delà de six heures de débat. Initialement prévu à l’automne 2024, ce procès – qui devait durer deux jours – avait été reporté pour raisons de santé.

Ce rendez-vous judiciaire est bien sûr emblématique, dans une France toujours secouée par la vague #Metoo qui a déferlé sur le milieu du cinéma et des lettres. Le 3 février dernier, le réalisateur Christophe Ruggia a été condamné à quatre ans de prison, dont deux fermes sous bracelet électronique, pour avoir agressé sexuellement l’actrice Adèle Haenel lorsqu’elle était encore mineure. L'intéressé a fait appel.

Dominique Besnehard accuse

La polémique a été relancée, avant l’ouverture du procès Depardieu, par les propos de l’ancien agent des stars Dominique Besnehard, auditionné à l’Assemblée nationale. Devant la commission d’enquête parlementaire sur les violences sexuelles dans le secteur du cinéma, celui-ci a affirmé le 14 mars que des actrices ont, dans le passé, pu fermer les yeux sur les comportements de réalisateurs ou d’acteurs célèbres afin de faire carrière.

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L’affaire Gérard Depardieu dépasse, de loin, ce qui va se dire lors des audiences de ce procès convoqué pour faire la lumière sur les accusations de deux femmes, qui affirment avoir été agressées lors du tournage du film «Les Volets verts» en 2021. La première, Amélie K., décoratrice ensemblière dans le cinéma âgée de 53 ans, a déposé plainte contre l’acteur le 23 février 2024, après avoir été «choquée d’entendre dire au cours d’émissions de télévision» qu’il n’y avait pas eu d’incidents sur ce tournage.

«Gros parasol dans la chatte»

Dans la foulée, Engela W., assistante du réalisateur Jean Becker, a déposé plainte à son tour. Toutes deux affirment avoir été victimes d’attouchements sur la poitrine et sur les fesses, puis insultées par Depardieu lorsqu’elles ont tenté de le dissuader d’agir ainsi. Selon les témoignages cités par Médiapart, l’une d’entre elles l’aurait entendu lui dire: «Je vais te fourrer mon gros parasol dans la chatte.»

L'intérêt de cette comparution, qui sera très suivie, sera la confrontation entre le géant du cinéma français et ses accusatrices. Son avocat, Me Jérémie Assous, est convaincu que l’acteur «va bénéficier de cette épreuve de réalité, car elle lui permettra de dénoncer l’ensemble de ces accusations mensongères». Difficile toutefois de dissocier cette affaire spécifique de l’ensemble des faits reprochés à Gérard Depardieu.

Les images de Corée du nord

A la mi-février, de nouvelles images tournées par l’écrivain Yann Moix en Corée du Nord ont ainsi conforté la thèse d’un Depardieu misogyne et volontiers obscène. Ces débordements qui ont fait l’objet d’une émission spéciale de «Complément d’enquête» avaient eu lieu en 2018, alors que l’acteur et l’écrivain assistaient aux cérémonies du 70e anniversaire du régime dictatorial nord-coréen.

De ce procès sortiront aussi des impressions et des récits qui éclaireront d’un jour nouveau l’attitude de celui qui, depuis les années 80, était la tête d’affiche la plus prisée du cinéma français, avec plus de 200 films à son actif. Rien n’a filtré de la garde à vue imposée à Gérard Depardieu le 29 avril 2024 dans les locaux de la police judiciaire parisienne pour être entendu sur cette affaire. Le héros de «Cyrano de Bergerac» (1990) et du «Dernier métro» (1980) est également accusé par l’actrice Charlotte Arnould, qui affirme avoir été violée à son domicile.

Une accusation que l’ex-agent Dominique Besnehard, fondateur du festival du film francophone d’Angoulême, a tenu à relativiser devant les députés. «Généralement, les cours de théâtre, on les fait dans un cours de théâtre, on ne va pas à domicile chez un acteur.» Le parquet de Paris a requis en août 2024 un prochain procès sur cette affaire. L’acteur est accusé de «viols par pénétration digitale» et «agressions sexuelles» sur la comédienne.

Jusqu'à 5 ans de prison

Gérard Depardieu risque devant les juges jusqu’à 5 ans de prison et 75'000 euros d’amende. «Il aura fallu plus de dix ans. Dix ans pour voir un mythe s’autodétruire sous nos yeux» écrivent les journalistes Raphaëlle Bacqué et Samuel Blumenfeld dans leur livre «Une affaire très française» (Ed. Albin Michel) consacrée à la saga Depardieu.

«Il y a d’abord eu des récits, sur le ton de la blague. Des incidents balayés au nom de son génie. Des scandales étouffés du fait de sa puissance. On l’admirait. Il avait tous les droits.» Au point qu’Emmanuel Macron avait lui-même pris la défense de «l'immense acteur» qui «rend fière la France» en dénonçant «une chasse à l’homme». La première heure de vérité est désormais arrivée.

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