La police réprime brutalement les manifestants en Turquie
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Lacrymo et caoutchouc:La police réprime brutalement les manifestants en Turquie

Erdogan en pleine dérive?
Lacrymos, matraques: ce touriste suisse se retrouve au cœur du chaos en Turquie

Après l'incarcération du maire d'Istanbul Ekrem Imamoglu, opposant no 1 à Recep Tayyip Erdogan, les manifestations se poursuivent en Turquie. Dimanche, la police a fait usage de canons à eau et de gaz lacrymogènes. Un touriste suisse a assisté à la scène. Il témoigne.
Publié: 25.03.2025 à 05:53 heures
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Dernière mise à jour: 25.03.2025 à 08:28 heures
Recep Tayyip Erdogan est à la tête de la Turquie depuis 2003, alternativement en tant que Premier ministre ou président.
Photo: Anadolu via Getty Images
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Daniel Jung

La tension monte en Turquie. En cause: l'incarcération du maire d'Istanbul Ekrem Imamoglu, adversaire numéro 1 du président Recep Tayyip Erdogan, arrêté mercredi pour «corruption» et «terrorisme». Cette interpellation a suscité la colère des étudiants et plus généralement de la jeunesse qui ne cessent depuis de manifester dans tout le pays, bravant l'interdiction de rassemblement décrétée par le gouvernement.

Dimanche soir 23 mars, au moins 1133 personnes ont été arrêtées. A Istanbul, la foule a été violemment dispersée par la police aux alentours de 22h. Les manifestants sont redescendus dès le lendemain dans les rues des grandes villes du pays.

Un touriste suisse de 27 ans, qui séjourne dans un hôtel non loin de la mairie d'Istanbul, s'est retrouvé malgré lui au plus près de cette contestation. Il a accepté de raconter son expérience à Blick.

Matraques et balles en caoutchouc

«La police utilise à chaque fois du spray au poivre, des matraques et des balles en caoutchouc», raconte le jeune homme. Il l'assure: des policiers en uniforme frappent les manifestants, parfois sans discernement. «Dès qu'ils reçoivent l'ordre de dégager les rues, ils y vont par la force», rapporte le Suisse.

Durant la journée, les manifestations se déroulent dans le calme et les attractions touristiques d'Istanbul restent ouvertes. «Il y a des familles et beaucoup de jeunes parmi les manifestants», rapporte le touriste. «Ce sont des gens normaux, ils n'ont pas l'air d'être extrêmes.» Nombreux sont ceux qui brandissent des drapeaux turcs.

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Les manifestations font rage dans le quartier de Besiktas, à Istanbul.
Photo: AFP

«Ils comptent descendre dans la rue jusqu'à ce que les choses changent», explique le Suisse, qui souhaite rester anonyme. La journée, il se sent en sécurité à Istanbul, mais lui et son collègue veillent à rentrer chaque soir à l'hôtel avant 22h.

Communication mise à mal

De son côté, le gouvernement turc tente de prendre le contrôle des communications. La population locale n'a plus accès aux applications de messageries privées ni aux réseaux sociaux. Elon Musk a en outre fait bloquer des centaines de comptes de détracteurs d'Erdogan sur sa plateforme X, comme l'a d'abord rapporté le média américain «Politico».

Au moins dix journalistes, dont un photographe de l'AFP, ont été arrêtés depuis le début de la contestation, a indiqué l'association d'avocats MLSA. De quoi susciter l'indignation du syndicat de presse Disk-Basin-Is, qui a fustigé une attaque contre la liberté de la presse.

Concurrents muselés

Le chaos qui règne actuellement en Turquie a pour toile de fond la lutte pour le pouvoir entre le président Recep Tayyip Erdogan et son adversaire Ekrem Imamoglu du parti d'opposition CHP. Ce dernier est devenu maire d'Istanbul en 2019 en parvenant à déloger l'AKP – le parti présidentiel – de la municipalité. «J'appelle notre nation à se battre pour ses droits», a déclaré le rival du président turc, dimanche, sur ses réseaux sociaux.

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Ekrem Imamoglu s'est par ailleurs vu retirer son diplôme universitaire, condition sine qua non pour pouvoir être candidat à la présidence. Les sondages lui prédisaient jusqu'à présent de bonnes chances de l'emporter face à Erdogan. Ce dernier a accédé à la présidence de la Turquie en 2014, après avoir œuvré 11 ans en tant que Premier ministre.

Depuis son accession aux plus hautes fonctions de l'Etat en 2003, il n'a cessé de vouloir renforcer son pouvoir. Mais son mandat actuel expire en 2028 et la Constitution interdit toute nouvelle candidature. Mais le Parlement devrait tout de même permettre à Erdogan de se représenter en convoquant des élections anticipées ou en modifiant la Constitution.

Un président en difficulté

Si Erdogan attaque autant son principal rival, c'est notamment en raison de ses propres faiblesses en matière de politique intérieure. En effet, de nombreux Turcs sont mécontents face à la hausse constante des prix dans le pays. Selon des chiffres officiels, le taux d'inflation officiel s'élève à environ 40%, mais des chercheurs indépendants estiment qu'il approche plutôt les 80%. Ce qui signifie que les prix ont presque doublé depuis l'année dernière.

Pour le «Wall Street Journal», l'arrestation d'Ekrem Imamoglu signifie que la Turquie glisse toujours plus vers un régime autoritaire calqué sur le modèle russe. Deniz Yücel, correspondant pour le journal allemand «Die Welt», estime quant à lui que le pays est en train de basculer de l'autocratie à la dictature. Il l'assure: Erdogan fera tout pour écraser la vague de protestation actuelle et n'hésitera pas à recourir de manière abusive à l'intimidation.

Mais pourquoi une telle dérive survient-elle maintenant? Selon Eren Güvercin, expert de la Turquie pour le média allemand «Bild», Erdogan craint de perdre le pouvoir en raison de cas de corruption qui pourraient être découverts après son départ. Par craintes de poursuites judiciaires, le président aurait donc l'intention de se maintenir jusqu'à son dernier souffle, raison pour laquelle il aurait entrepris de se débarrasser de tous ses concurrents.

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