Au long de sa carrière politique, il a assumé sa nostalgie de la dictature au Brésil. Président, il a défié les institutions. Jair Bolsonaro est désormais menacé de prison pour un présumé projet de coup d'Etat. A 70 ans, un peu plus de deux ans après avoir quitté le pouvoir, le leader de la droite et de l'extrême droite brésiliennes s'affiche en homme blessé: «Ma famille a été persécutée, visée par des enquêtes et ridiculisée dans les médias, sans pitié ni compassion.»
Mais aussi en démocrate irréprochable: s'il reconnaît avoir discuté avec des collaborateurs d'«alternatives politiques pour la Nation», celui que ses partisans surnomment «le Mythe» jure n'avoir «jamais souhaité ou soulevé la possibilité d'une rupture démocratique».
Cela n'a pas convaincu la Cour suprême, qui l'a renvoyé mercredi en procès pour une supposée conspiration en vue d'empêcher le retour aux affaires de son grand rival de gauche Luiz Inacio Lula da Silva, son tombeur au scrutin de 2022 et actuel chef de l'Etat. Déjà inéligible jusqu'en 2030 pour ses attaques sans preuve sur la fiabilité des urnes électroniques, Jair Bolsonaro encourt plus de 40 ans de prison.
Lula réagit
Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a déclaré jeudi depuis Tokyo qu'il ne pouvait «qu'espérer que justice soit rendue» dans le procès de l'ex-président Jair Bolsonaro, accusé de tentative de coup d'Etat.
«Il est évident que l'ancien président a essayé d'organiser un coup d'Etat dans le pays, qu'il a essayé de m'assassiner ainsi que le vice-président (Geraldo Alckmin), et tout le monde sait ce qu'il a fait», a déclaré Lula au dernier jour d'un voyage d'Etat au Japon.
«Il n'a aucun moyen de prouver son innocence», a affirmé Lula, ajoutant que si Bolsonaro «est reconnu innocent dans cette affaire, qu'il soit déclaré innocent. S'il est reconnu coupable, qu'il soit puni».
Un risque vertigineux pour celui qui, à coup d'outrances verbales, mais aussi grâce à une profonde intuition du virage conservateur de la société brésilienne, avait accédé aux sommets. Une ascension en famille. Né le 21 mars 1955 dans la région de Sao Paulo, dans une famille d'origine italienne, Jair Bolsonaro a eu cinq enfants avec trois femmes différentes.
Les quatre premiers se sont lancés en politique et, avec eux et sa dernière épouse Michelle – une fidèle évangélique âgée de 27 ans de moins que ce catholique – il forme un clan soudé et redoutablement efficace, notamment sur les réseaux sociaux.
«L'erreur a été de torturer et non de tuer»
Ancien capitaine de l'armée, Jair Bolsonaro a eu une carrière militaire ponctuée d'épisodes d'insubordination. Mais il n'a jamais renié les années de plomb de la dictature militaire (1964-1985), dont «l'erreur a été de torturer et non de tuer» les dissidents. Cette déclaration datant de 2016, trois ans avant le début de son mandat à la tête de la première puissance d'Amérique latine (2019-2022), illustre son style, fait aussi de sorties misogynes, racistes ou homophobes.
Elu député continûment à partir de 1991, il reste longtemps peu en vue. Il sort de l'ombre après la destitution en 2016 de la présidente Dilma Rousseff, héritière politique de Lula. Ses diatribes contre la corruption, la violence, la crise économique et la gauche «pourrie» séduisent.
Le Covid, simple «grippette»
Ce populiste à la syntaxe approximative, qui aime à se présenter en Brésilien ordinaire en short et maillot de foot, s'est habilement assuré le soutien des puissants lobbies de l'agronégoce et des évangéliques. Durant la campagne présidentielle de 2018, il subit un attentat à l'arme blanche en plein bain de foule, qui lui vaudra des séquelles de graves blessures à l'abdomen.
S'il promet de «rétablir l'ordre» lors de son investiture en janvier 2019, son tumultueux mandat est émaillé de crises, malgré un bilan économique plutôt positif. Jugée calamiteuse par les experts, sa gestion de la pandémie de Covid-19 donnera lieu à d'intenses bras de fer avec la Cour suprême.
Qualifiant de simple «grippette» le virus qui fera près de 700'000 morts au Brésil, il s'est opposé au confinement, au port du masque, et a ironisé sur des vaccins qui, selon ses dires, risqueraient de «transformer en crocodile». Climato-sceptique, il a laissé la déforestation en Amazonie bondir durant son mandat. Il n'a pas hésité à insulter des leaders étrangers, dont le président français Emmanuel Macron, isolant son pays sur la scène internationale.
Bolsonaro battu part Lula
Au deuxième tour en 2022, Jair Bolsonaro perd d'un cheveu. Groggy, il rejoint la Floride deux jours avant la fin de son mandat. Mais le 8 janvier 2023, une semaine après l'investiture de Lula, des milliers de sympathisants bolsonaristes prennent d'assaut le palais présidentiel, le Parlement et la Cour suprême, dénonçant une fraude électorale et appelant à une intervention militaire.
Pour l'accusation, ces émeutes sont partie intégrante d'un plan putschiste orchestré de longue date, qui aurait même prévu l'assassinat de son rival. Il dément en bloc. L'étau judiciaire se resserre plus que jamais sur Jair Bolsonaro, mais il espère pouvoir compter sur une aide venue des Etats-Unis: l'«influence» de son «ami» et modèle politique Donald Trump, qui considère le Brésilien comme «un grand monsieur».