Le quartier de Pauli, à Schindellegi (SZ), figure parmi les adresses les plus prisées et les plus exclusives du canton. Surplombant le lac de Zurich et bénéficiant d'une fiscalité particulièrement avantageuse, ce secteur du village des milliardaires attire depuis longtemps les grandes fortunes.
Mais des nuages s'accumulent désormais au-dessus de ce paradis fiscal. A l'origine des tensions: la construction d'un complexe résidentiel de luxe composé de six immeubles et de 30 appartements en copropriété sur l'un des terrains les plus convoités de la région.
Le chantier suscite la colère des riverains. Pas seulement à cause du bruit ou de la poussière, mais aussi en raison de problèmes liés aux eaux souterraines. «J'ai peur que la pente ne finisse par glisser», confie Peter* à Blick. L'habitant du quartier a souhaité conserver l'anonymat.
Une nappe phréatique sous pression
Selon les informations de Blick, des forages réalisés il y a environ trois ans ont mis au jour une nappe phréatique artésienne. Dans ce type de configuration, l'eau souterraine est soumise à une forte pression et remonte naturellement à la surface lorsqu'elle est percée. Depuis cette découverte, l'eau afflue en permanence dans l'immense excavation du chantier. Des pompes fonctionnent jour et nuit pour l'évacuer. «On entend constamment le bruit de l'eau et des pompes», raconte Peter.
Les inquiétudes des habitants ne s'arrêtent toutefois pas là. Selon plusieurs témoignages, les travaux auraient également provoqué des mouvements de terrain. Blick a notamment eu connaissance du cas d'un voisin dont une importante fissure est apparue sur le mur de sa maison. D'autres riverains auraient observé des dégâts similaires.
Un chantier interrompu pendant un an
La société Areion Real Estates AG, propriétaire du projet, assure qu'elle savait dès le départ que le terrain était concerné par des eaux souterraines et des eaux de pente. Le comportement de la nappe phréatique semble toutefois avoir compliqué le chantier. Entre 2024 et 2025, les travaux ont été interrompus pendant près d'un an. «En février 2024, toutes les machines ont disparu du jour au lendemain. Tout est devenu silencieux», se souvient un habitant.
Areion Real Estates AG explique cette interruption par un problème administratif. «La pause a été nécessaire parce qu'une autorisation supplémentaire concernant des pieux de fondation devait être obtenue à la suite d'une lacune dans le permis de construire», indique l'entreprise. Plusieurs oppositions auraient également été déposées. «En Suisse, ce genre de procédure prend malheureusement du temps», ajoute le propriétaire.
La pente doit être sécurisée
Les pieux de fondation permettent de transférer le poids d'un bâtiment vers des couches de terrain plus profondes et plus stables. Ils sont utilisés lorsque le sol en surface est trop humide ou insuffisamment solide pour supporter une construction.
Une question demeure toutefois: pourquoi cette autorisation n'a-t-elle pas été demandée dès le départ alors que la présence de la nappe phréatique était déjà connue en 2023? Les travaux ont finalement repris au printemps 2025.
Depuis, les eaux souterraines et les eaux de pente continuent d'être pompées en permanence. «Avant même le début des travaux, nous avons élaboré un concept détaillé de protection et de drainage avec des spécialistes en génie civil, géologie, statique et physique du bâtiment, en coordination avec les autorités cantonales», souligne Areion Real Estates AG.
Des acheteurs se retirent
Pour de nombreux riverains et acheteurs potentiels, les dégâts sont toutefois déjà faits. Le retard accumulé ne pourra pas être rattrapé et l'image du projet a souffert. Selon les informations de Blick, six acquéreurs se sont déjà retirés du projet.
Un coup dur pour ce complexe haut de gamme où les prix atteignent des sommets. Le logement le plus cher, un duplex, est affiché à 15 millions de francs. Les appartements de 3,5 pièces sont proposés jusqu'à 4 millions de francs, les 4,5 pièces à 5,3 millions et les duplex avec jardin à environ 6 millions.
Que ce soit en raison des problèmes d'eau, des retards ou des prix élevés, une chose est certaine: les ventes avancent lentement. Sur les 30 logements prévus, seuls neuf ont été vendus jusqu'à présent. Sept sont réservés et 14 restent disponibles. A l'origine, les premiers habitants devaient emménager à l'automne 2026. Mais les photos prises par Blick montrent un chantier encore loin d'être terminé. L'échéance a d'ailleurs déjà été repoussée à la fin de l'année 2027.
*Nom d'emprunt.