En bref
- Valérie Dittli est isolée après la publication du rapport Meylan. Des élus du Grand Conseil doutent de sa capacité à mener ses dossiers jusqu'à l'été 2027, au vu de la rupture de confiance et de sa perte de légitimité politique
- Les appels à la démission se multiplient à gauche, la droite se désolidarise. Au Centre Vaud, les dissensions planent. Une réunion de parti décisive est prévue ce 30 avril mai pour discuter de son avenir politique
- La conseillère d'Etat est critiquée pour des promesses non tenues et des mensonges. Dans son Département de l’agriculture, de la durabilité et du climat et du numérique (DADN), il reste pourtant d'importants projets à mener
Depuis quelques jours, Valérie Dittli est plus isolée que jamais sur le plan politique. Pourtant, ce mercredi au petit matin, dans le café d’un village du Nord vaudois, le premier sujet des habitués de la «table du milieu» n’est pas le match de foot de la veille. Non, c’est de Valérie Dittli et ses déboires qu’on parle… pour la soutenir.
«Elle fait bouger les choses, au moins», «Toutes les promesses faites aux paysans, elle les a tenues», «Elle secoue les crabes et ça les embête», a pu entendre Blick. Les critiques qui se multiplient à l’encontre de la conseillère d’Etat à la tête du Département de l’agriculture, de la durabilité et du climat et du numérique (DADN) ont plus de mal à se frayer un chemin à la campagne. «Tu diras à tes collègues de la lâcher un peu», adresse un des habitués au journaliste présent.
Pour autant, c’est bien de tractations politiques dont il s’agit. Et aussi bien la gauche que les Vert’libéraux et la majorité du Grand Conseil demandent désormais sa démission, après la publication du rapport Meylan (voir encadré). Les UDC et les PLR, membres de l’alliance vaudoise qui a permis son élection en 2021, se sont désolidarisés, marquant une rupture claire et excluant en l’état une nouvelle collaboration électorale avec elle. Et même au sein du Centre Vaud, qui n’a aucun député et dont Valérie Dittli est une des deux figures de proue, il semble que des dissensions grandissent.
Le rapport Meylan, rendu public ce vendredi 24 avril, établit qu’un des deux mandats octroyés par Valérie Dittli à Jean-Claude Mathey est problématique. Il découle d’une convention secrète – car ignorée du Conseil d’Etat – signée par les deux intéressés, qui prévoyait un mandat de 10’000 francs ainsi que le retrait de la plainte pénale pour calomnie et abus d’autorité, déposée par l’ancien président de la Commission foncière rurale.
Le rapport, a souligné son auteur, constate aussi le caractère «disproportionné» de la somme de 10’000 francs, pour un mandat qui portait sur un état des lieux de la Commission foncière rurale. Ce dernier ne s’est traduit au final que par «7,5 pages de texte, dont 4 pages de texte utile, si l’on retire l’introduction, la conclusion et les rappels juridiques. Quatre pages qui auraient pu faire l’objet d’un chapitre dans le rapport annuel. A cette aune, 10’000 francs s’avèrent disproportionnés», conclut Jean-François Meylan.
Un second mandat de 30'000 francs a été accordé à Me Mathey par Valérie Dittli. Celui-ci porte sur un ouvrage spécialisé, l'enquête n'a pu établir un lien avec le retrait de la plainte, et ne peut certifier qu'il s'agit d'une contrepartie. Il est seulement constaté que «l'idée a été émise à peu près en même temps que l'autre mandat», et que quelques mois séparent la conclusion des deux mandats.
Par ailleurs, Jean-François Meylan note que les 30'000 francs ont fait l'objet d'un «marchandage» entre le département et l'intéressé, sans que la somme ne repose sur des éléments concrets. «Dans le contrat, il n'y a pratiquement aucun élément à part une table des matières: pas de concept, pas d'indication si l' ouvrage sera édité auprès d'un éditeur, constate l'auteur du rapport. Dès lors, il n'est pas possible d'estimer aujourd'hui si les 30'000 frs sont excessifs ou non.»
Valérie Dittli ne le nie pas: «il y a bel et bien eu un accord confidentiel avec Maître Mathey». Elle insiste cependant que le mandat de 10’000 francs ne constitue pas la contrepartie du retrait de la plainte pénale», même si ces deux points figuraient dans la même convention. Elle assure par ailleurs que le mandat de 30’000 francs «n’a aucun lien avec la convention signée avec Maître Mathey».
Le rapport Meylan, rendu public ce vendredi 24 avril, établit qu’un des deux mandats octroyés par Valérie Dittli à Jean-Claude Mathey est problématique. Il découle d’une convention secrète – car ignorée du Conseil d’Etat – signée par les deux intéressés, qui prévoyait un mandat de 10’000 francs ainsi que le retrait de la plainte pénale pour calomnie et abus d’autorité, déposée par l’ancien président de la Commission foncière rurale.
Le rapport, a souligné son auteur, constate aussi le caractère «disproportionné» de la somme de 10’000 francs, pour un mandat qui portait sur un état des lieux de la Commission foncière rurale. Ce dernier ne s’est traduit au final que par «7,5 pages de texte, dont 4 pages de texte utile, si l’on retire l’introduction, la conclusion et les rappels juridiques. Quatre pages qui auraient pu faire l’objet d’un chapitre dans le rapport annuel. A cette aune, 10’000 francs s’avèrent disproportionnés», conclut Jean-François Meylan.
Un second mandat de 30'000 francs a été accordé à Me Mathey par Valérie Dittli. Celui-ci porte sur un ouvrage spécialisé, l'enquête n'a pu établir un lien avec le retrait de la plainte, et ne peut certifier qu'il s'agit d'une contrepartie. Il est seulement constaté que «l'idée a été émise à peu près en même temps que l'autre mandat», et que quelques mois séparent la conclusion des deux mandats.
Par ailleurs, Jean-François Meylan note que les 30'000 francs ont fait l'objet d'un «marchandage» entre le département et l'intéressé, sans que la somme ne repose sur des éléments concrets. «Dans le contrat, il n'y a pratiquement aucun élément à part une table des matières: pas de concept, pas d'indication si l' ouvrage sera édité auprès d'un éditeur, constate l'auteur du rapport. Dès lors, il n'est pas possible d'estimer aujourd'hui si les 30'000 frs sont excessifs ou non.»
Valérie Dittli ne le nie pas: «il y a bel et bien eu un accord confidentiel avec Maître Mathey». Elle insiste cependant que le mandat de 10’000 francs ne constitue pas la contrepartie du retrait de la plainte pénale», même si ces deux points figuraient dans la même convention. Elle assure par ailleurs que le mandat de 30’000 francs «n’a aucun lien avec la convention signée avec Maître Mathey».
Valérie Dittli «touchée» mais déterminée
Le reste du Conseil d’Etat a d’abord estimé la «confiance entamée» et «difficile à rétablir». Il a pourtant décidé ce mercredi 29 avril de lui laisser son département, confiant uniquement la Santé au nouveau venu Roger Nordmann (PS). Président ad interim du Centre Vaud, Michele Mossi estime que «le Conseil d’Etat a donc un peu édulcoré sa position par rapport à sa déclaration de vendredi dernier» et se réjouit que l’Exécutif «maintienne sa confiance en elle jusqu’à la fin de son mandat».
Le centriste, élu local à Ecublens, a rencontré plusieurs fois Valérie Dittli ces derniers jours. «On doit comprendre que la personne est touchée. Elle doit prendre le temps de réfléchir, mais aussi de travailler puisqu’elle maintient son énergie et sa détermination à conserver son poste.» Notre mail envoyé à son département, pour obtenir une réponse de la part de celle qui s'est défendue dans un communiqué, est resté sans réponse.
Mais sans soutiens politiques et avec un parti divisé, Valérie Dittli pourra-t-elle mener à bien les projets concernant l’agriculture, l’environnement, la viticulture ou l’informatique jusqu’en juin 2027? «14 mois, presque un quart de législature, c’est long, commente Sébastien Cala, chef du groupe socialiste au Grand Conseil. Il y aura de nombreux dossiers qui la concernent sur lesquels nous devrons continuer de travailler.»
Vers des discussions sereines?
Un mot est sur toutes les bouches: la «sérénité». Le Conseil d’Etat espère placer sa nouvelle organisation sous ce signe. Mais au Grand Conseil, la gauche doute fortement que la conduite des dossiers puisse se faire tranquillement. «Elle n’a plus aucune légitimité politique au sein du Parlement. On ne voit pas comment on pourra avoir une discussion sereine, lorsqu'elle viendra défendre ses dossiers au Grand Conseil», juge le député vert Kilian Duggan, qui a vu sa résolution appelant à la démission de la centriste passer la rampe.
«Si une personne à la tête d’un département dysfonctionne, mieux vaut faire sans. C’est la seule solution pour retrouver de la sérénité», assène de son côté Sébastien Cala. Les PLR vaudois, eux, n’ont pas demandé sa démission, préférant s’abstenir. «On préfère travailler durant l’année de mandat qu’il lui reste, même si ce n’est pas dans les meilleures conditions, plutôt que d’organiser une élection complémentaire qui nous ferait perdre encore 6 mois», développe Nicolas Suter, chef de file de la députation libérale-radicale.
Pour Sébastien Cala, la rupture de confiance avec la conseillère d’Etat est trop forte: «Il faut pouvoir faire confiance aux réponses et aux promesses faites en commission par le conseiller ou la conseillère d’Etat. Sans cela, on ne peut tout simplement pas travailler.»
Pour le socialiste, ce n’est pas une question de parti et il dit faire confiance aux affirmations des PLR Christelle Luisier Brodard, Isabelle Moret ou Frédéric Borloz en commission. «Mais avec Mme Dittli, il y a tellement de réponses différentes entre ce qu’elle nous dit, ce qu’elle dit au Conseil d’Etat ou dans la presse qu’il n’est plus possible de lui faire confiance pour travailler ensemble, liste le député. On ne sait pas si elle nous ment.»
Durabilité, vignes et budget
Mais justement, quels sont ces dossiers sur lesquels le bât blesse? Tous les élus interrogés citent l’avant-projet de loi-cadre sur la durabilité, qui vient d’être mis en consultation par le DADN et qui nécessitera encore des allers-retours entre le gouvernement, le département de Valérie Dittli et les élus cantonaux. «Boucler ce dossier était une promesse de mandat du Conseil d’Etat», rappelle le député écologiste Kilian Duggan en déplorant que «dans cette situation, on voit mal le Conseil d’Etat continuer de travailler efficacement.»
Sébastien Cala va plus loin: «La loi-cadre sur la durabilité, je ne suis pas certain qu’on arrive à la faire voter au Grand Conseil avant la fin de la législature.» Quant à Nicolas Suter, il relativise et voit dans la loi sur la durabilité un exemple que le travail se fait malgré les affaires. «Il y a eu une escalade ces derniers temps, constate le PLR. Mais depuis plus d’une année et les premières affaires, les débats sur les sujets concernant le DADN ont eu lieu et le travail de commission aussi.»
D’autres citent aussi le Plan viticole – un plan d’action visant à investir 17,2 millions pour assurer l’avenir du secteur du vin vaudois. «Pour ce qui est de la viticulture, les attentes du secteur restent insatisfaites, soulève Cédric Weissert, président du groupe UDC au Grand Conseil, en soulignant des promesses non tenues par Valérie Dittli. Et il faudra aussi être solide en fin d’année, lors des débats sur le budget. Ce sera un travail compliqué pour l’ensemble du Conseil d’Etat.»
L’agriculture aussi constituera un dossier chaud de la ministre. Mais pour Nicolas Suter, c’est clair: «Sa légitimité est entamée et elle n’aura certainement pas le soutien nécessaire pour se lancer dans de grandes réformes.» Tous s’accordent à dire que la confiance est rompue et que les institutions politiques vaudoises ont déjà perdu trop de temps avec les affaires Dittli, qui ont clairement «ralenti les activités de l’Etat».
Eviter les «chamailleries de cour d’école»
Le risque serait-il que des projets du DADN soient refusés au Grand Conseil ces prochains mois? «Je ne pense pas que des projets vont être refusés parce qu’ils sont portés par Valérie Dittli, s’avance Nicolas Suter. Nous sommes assez responsables pour ne pas en faire de chamailleries de cour d’école.»
Chef du groupe UDC au Grand Conseil, Cédric Weissert est d’avis que «si le gouvernement a décidé de ne pas lui retirer de dicastère, c’est qu’ils s’estiment capables de collaborer avec elle jusqu’à la fin de la législature.» Pour lui, il serait ridicule de «saboter les projets en cours» sous prétexte qu’ils sont portés par Valérie Dittli. «Ce serait malvenu vis-à-vis des personnes concernées, d’autant plus que Valérie Dittli n’est que le visage de toute son administration», considère le représentant de la droite agrarienne.
Valérie Dittli devra se blinder
La gauche réitère ses appels à la démission, non sans une pointe de lassitude. «Notre rôle n’est pas de revenir chaque semaine sur sa gestion de son département, insiste Kilian Duggan. Si sa volonté était vraiment de rendre service à la population, elle démissionnerait. Si ce n’est pas le cas, on souhaite qu’elle se retire des dossiers politiques de son département.»
Sébastien Cala estime qu’il ne lui reste «plus grand-chose» comme responsabilités: «Si aujourd’hui Valérie Dittli s’en va, ses dossiers seront répartis entre les autres membres du Conseil d’Etat, comme le dit la loi, dans l’attente d’une élection complémentaire.»
«Ce qui est certain, c’est que Valérie Dittli devra venir devant le Grand Conseil en ayant bien préparé ses dossiers», rigole Cédric Weissert. Le «manque d’expérience» et les «maladresses» ne passeront plus auprès des députés. «Il est arrivé qu’elle ne trouve pas de réponse satisfaisante à nos questions, continue l’élu UDC. Désormais, il y aura encore moins de tolérance à ses erreurs.»
Candidate en 2027?
Pour ce qui est de 2027 et de ses élections au Conseil d’Etat, reste à savoir si Valérie Dittli entend se présenter à sa réélection. «J’espère que la campagne électorale 2027 ne sera pas péjorée, s’avance Cédric Weissert. La population a envie d’entendre des débats sur des projets d’avenir, et pas des bisbilles internes de politiciens.»
Malgré la discussion au café du village, l’élu UDC voit mal comment Valérie Dittli pourrait encore jouir d’un vrai soutien populaire. «Peut-être qu’elle ne démissionnera pas, mais je doute fortement qu’elle soit réélue en 2027.» Le PLR Nicolas Suter estime que le Parlement a clairement pris ses distances avec Valérie Dittli. «On s’est forgé un avis en travaillant avec elle, maintenant c’est aussi à la population de se faire une opinion factuelle.»
Du côté du Centre Vaud, une réunion entre les adhérents, la direction du parti et la conseillère d’Etat est prévue ce jeudi. «Nous discuterons ensuite en assemblée de la stratégie pour les élections à venir», confie Michele Mossi, le président de la section cantonale. Ce dernier persiste à défendre son élue: «Les affaires dont la presse fait aujourd’hui état datent de 2023 et début 2024. Depuis la nouvelle répartition des dicastères, il n’y a pas eu de telles critiques sur la gestion de son département.»