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Justice et polices font le bilan
«Il n’y a pas de rue de Genève 85 bis»: Lausanne veut tourner la page

Arrestations, logements indignes, deal, fraude sociale: l'immeuble de la rue de Genève 85 a marqué Lausanne. Ce mardi 12 mai, la police et le Ministère public ont dressé le bilan de leur opération, menée sur près d'un an, pour rétablir le calme dans le quartier.
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Le procureur général vaudois, Eric Kaltenrieder, a partagé les nouveaux développements des enquêtes pénales en cours.
Photo: KEYSTONE
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Lucie FehlbaumCheffe de la rédaction Actualité de Blick Romandie

Après des années de deal, de logements problématiques et de soupçons de blanchiment, les autorités vaudoises assurent avoir ramené le calme au rue de Genève 85, à Lausanne. Entre février et octobre 2025, 28 opérations ciblées d’envergure ont été menées, mobilisant à chaque fois 40 à 50 policiers. Les enquêteurs ont perquisitionné 82 chambres, interpellé 143 personnes et ouvert de nombreuses procédures, dont une centaine de condamnations déjà prononcées sur le volet stupéfiants.

Le dossier dépasse largement la drogue: les autorités évoquent aussi une fraude sociale estimée à 1,9 million de francs, impliquant 41 personnes, notamment via de faux baux. Au total, 11 personnes ont été visées pour trafic de drogue, 6 pour soupçons de blanchiment. L’immeuble est désormais sous séquestre, 70% des logements sont vides, et les autorités affirment qu’aucun «rue de Genève 85 bis» ne s’est reconstitué à Lausanne.

L'enquête conjointe, sous la houlette du Ministère public vaudois, a été menée par la police municipale lausannoise et par la police cantonale vaudoise. Pour la première, le chef de la police judiciaire a présenté des étapes clés du travail d'enquête. Pour la seconde, le chef de la brigade financière a évoqué le déploiement d'un inspecteur durant trois mois. Une analyste en criminalité économique de la brigade financière intervient par ailleurs depuis plusieurs semaines pour établir le montant total des fonds blanchis par les prévenus. Cette analyse des flux financiers est encore en cours.

La question est désormais de savoir si ce calme pourra s’inscrire dans la durée, dans un quartier longtemps éprouvé par le deal, les logements problématiques et le sentiment d’abandon. Aux mains d’une nouvelle gérance, dont le travail a été salué par les autorités ce mardi 12 mai, l’immeuble qui a cristallisé les tensions de tout un quartier semble avoir retrouvé un visage presque ordinaire.

12.05.2026, 10:57 heures

Merci d'avoir suivi ce live

La conférence de presse est désormais terminée. Merci d'avoir suivi ce live sur Blick! 

12.05.2026, 10:54 heures

La Ville aurait pu faire «plus vite, plus fort»

La Ville de Lausanne s'est-elle remise en question après cette affaire, l'immeuble ayant posé problème depuis des années? Pierre-Antoine Hildbrand rappelle que «la Ville n'a pas de compétence judiciaire, pas de compétence en matière de blanchiment d'argent. On peut toujours faire mieux, mieux sentir l'évolution d'une situation, mais au nom de la protection des données, on ne peut pas croiser les données des habitants d'un immeuble avec celles de l'aide sociale. Sur les éléments ressortis de l'enquête, on ne peut pas tirer d'enseignement pour la Ville elle-même.»

Le Municipal admet que «pour ce qui est de la vie de quartier et la dégradation générale du voisinage, on peut se dire qu'on aurait pu faire plus vite, plus fort».

12.05.2026, 10:49 heures

Pas de lien découvert avec la criminalité organisée

Ce n'est pas exclu, indique le procureur général, que des liens avec la criminalité organisée soient découverts. Le Ministère public STRADA enquête sur ces possibles liens, mais il est trop tôt pour le dire.

Concernant la prostitution, et notamment la prostitution forcée et la traite d'êtres humains, la justice n'a pas découvert de cas à ce stade de l'enquête. Mais il est possible que de tels faits soient mis en lumière au fil de l'investigation. 

12.05.2026, 10:44 heures

«Un immeuble séquestré continue à vivre»

Le procureur général indique que les trois prévenus, le propriétaire, l'ancien gérant et le concierge, sont actuellement en liberté.

L'immeuble du 85 est séquestré, ce qui restreint son propriétaire dans certains actes, notamment de vente. Mais «un immeuble séquestré continue à vivre», il est donc possible de louer des logements au sein du bâtiment, rappelle Eric Kaltenrieder.

Depuis longtemps, les habitants du quartier Sévelin-Sébeillon demandent à la Ville de Lausanne de racheter cet immeuble en expropriant son propriétaire. Une théorie compliquée voire impossible à mettre en pratique, expliquait à Blick le procureur général en septembre dernier. Questionné sur l'avenir de l'immeuble, le conseiller Municipal Pierre-Antoine Hildbrand a indiqué ne pas pouvoir répondre sur ce point.

12.05.2026, 10:39 heures

Le tram pour temporiser

Pierre-Antoine Hildbrand, conseiller municipal chargé de la sécurité, salue la collaboration avec la police vaudoise et lausannoise, mais également le Ministère public. «Cette affaire est d'une ampleur inaccoutumée, mais n'est pas différente du travail de bonne collaboration qui a lieu entre la police municipale, cantonale et le Ministère public. Le fait que des effectifs important ont dû être mis à disposition pour réguler la situation dans le quartier et se rendre dans chaque logement dans l'immeuble, mais aussi que tous les procureurs d'arrondissement ont été chargés de ce dossier, en fait une affaire à l'ampleur importante, indique l'élu PLR.

«Tout un travail a dû être mené avec le voisinage, rappelle-t-il, voisinage qui constatait une forte présence policière, mais aussi la consommation de stupéfiants sur l'espace public, notamment aux abords d'une crèche ou dans des espaces publics en été. Tout cela a aussi nécessité du dialogue, des actions de propreté publique ont été mises en place, mais ces problèmes n'ont été réglés qu'avec le travail de la police et de la justice.»

Pierre-Antoine Hildbrand indique qu'une task force hors-police s'est mise en place afin, notamment, de dialoguer avec les habitants. «Nous expliquions miser beaucoup sur le tram, indiquant que la situation allait s'améliorer, mais nous misions évidemment beaucoup sur le travail de la justice.»

12.05.2026, 10:30 heures

Blanchiment: trois procédures pénales en cours

Le propriétaire est soupçonné de blanchiment pour avoir encaissé des loyers qu'il savait payé avec l'argent du trafic. Son bâtiment a été séquestré.

L'ancien gérant et le concierge sont soupçonnés d'escroquerie, de faux dans les titres en lien avec la fraude aux assurances sociales. Mais aussi de blanchiment, d'infraction à la loi sur les stupéfiants et d'incitation au séjour illégal concernant le volet du blanchiment.

Tous trois sont au bénéfice de la présomption d'innocence.

12.05.2026, 10:28 heures

Où en sont les procédures pénales?

Deux entités du Ministère public vaudois sont impliquées. Le STRADA, pour tout ce qui concerne les enquêtes en lien avec les stupéfiants, et le Ministère public d'arrondissement de Lausanne pour le blanchiment d'argent et de la fraude aux assurances sociales.

«Tous les procureurs de ces deux entités ont ou ont eu des dossiers à traiter en lien avec la rue de Genève 85», indique le procureur général.

144 procédures pénales ont été ouvertes, dont 72 ordonnances de classement ou suspensions. 49 ordonnances pénales avec des amendes ou jusqu'à 180 jours de peine privative de liberté à la clé. 23 actes seront portés devant le Tribunal correctionnel, avec des peines allant jusqu'à 48 mois de prison et une expulsion du territoire pour dix ans.

12.05.2026, 10:25 heures

Immeuble restitué aux «légitimes locataires»

La police lausannoise a inspecté l'ensemble des chambres, qui ne sont plus occupées illégalement depuis octobre 2025.

Auparavant, l'immeuble était occupé légalement à environ 30%, et illégalement à 70% en décembre 2024. En Septembre 2025, l'immeuble est vide à 52%, occupé légalement à 27% et occupé par des suspects des différents volets de l'enquête à 21%. En octobre 2025, l'immeuble est vide à 70% et légalement occupé à 30%.

12.05.2026, 10:20 heures

Propriétaire, gérant et homme de paille

Sur la base de trois axes, le Commandant Olivier Botteron a été chargé de définir les moyens opérationnels nécessaire au lancement d'une opération d'envergure. L'opération est lancée en février 2025.

Le chef de la police judiciaire lausannoise, Stéphane Volper, dresse ainsi un «triste bilan» de l'année 2024. 260'000 franc saisis à la rue de Genève, 183 personnes ont été contrôlées, 16 kilos de drogue ont été également trouvées à la rue de Genève 85, principalement cocaïne et marijuana.

«Rue de Genève 85, c'est quoi? C'est un énorme bâtiment qui a 12 niveau, dont 3 sous-sols, 2 commerces, et plus de 350 personnes soupçonnées de s'adonner au trafic. D'un côté se trouve le propriétaire, de l'autre, l'ancienne gérance, jusqu'à l'été 2025. Il y a le gérant, le concierge et le directeur, qui est un homme de paille», révèle Stéphane Volper, chef de la police judiciaire lausannoise.

12.05.2026, 10:14 heures

Intérêt pour l'organisation au sein de l'immeuble

L'opacité concernant les différents baux, locations ou sous-locations a permis une porte d'entrée dans le système de la rue de Genève 85. En s'intéressant à toutes les situations particulières au sein de l'immeuble, la justice a notamment découvert le volet de fraude aux assurances sociales, mais aussi des éléments de blanchiment d'argent liés à l'encaissement de loyers payés avec de l'argent issus du trafic de stupéfiants.

Logements insalubres, deal de rue, fraude présumée à l’aide sociale, arrestations en série: le numéro 85 de la rue de Genève est devenu, au fil des ans et des problèmes, l’un des immeubles les plus scrutés de Lausanne. Ce mardi 12 mai, la Police judiciaire de Lausanne, la Police de sûreté vaudoise et le Ministère public doivent présenter le bilan de l’opération menée autour de cette adresse devenue symbole. Vous pourrez le suivre en live sur Blick.

C'est certain, le rendez-vous est attendu. Car l’affaire n’a jamais été qu'un simple dossier de stupéfiants. Lorsque Blick s’était rendu sur place en juin 2025, les habitants et les riverains décrivaient un quartier miné par les intrusions, les violences, la consommation de crack à ciel ouvert, les vols, les nuisances nocturnes et un sentiment d’abandon. Plusieurs témoignages pointaient alors le même problème: un immeuble semblait concentrer une grande partie des tensions, sans que les descentes de police successives ne parviennent à régler durablement la situation.

Arrestations en série

Depuis, l’enquête judiciaire a pris une autre dimension. Le propriétaire de l’immeuble a été arrêté fin août 2025, avant d’être remis en liberté tout en demeurant prévenu. Il est notamment soupçonné d’avoir loué des logements à des personnes en situation irrégulière dans le but de s’enrichir, ainsi que de blanchiment d’argent lié à une partie des loyers encaissés, selon les éléments alors communiqués par le Ministère public.

Quelques semaines plus tard, l’ancien gérant et le concierge ont eux aussi été rattrapés par la justice. Ils sont soupçonnés d’escroquerie, d’incitation au séjour illégal, de blanchiment d’argent et d’infraction à la loi sur les stupéfiants. A ce stade, tous bénéficient de la présomption d’innocence.

Fraude découverte en cours d'enquête

Puis un nouveau volet est venu élargir encore le dossier. Celui de la fraude sociale présumée, à hauteur de 1,9 million de francs. Selon le Ministère public, 41 personnes auraient indûment touché des prestations sociales entre 2018 et 2025 en se déclarant faussement domiciliées dans l'immeuble du 85, grâce à de faux baux fournis depuis l’intérieur du bâtiment.

Le gérant et le concierge sont également prévenus dans ce volet. Le propriétaire n’est, à ce stade, pas soupçonné d’y avoir participé. Les enquêteurs avaient mis en lumière ce système tandis qu'ils enquêtaient sur le trafic de drogue et l'occupation illégale de logements dans le bâtiment.

Questions en suspens

Aujourd'hui, où en est le dossier pénal? Combien de personnes sont mises en cause? D’autres procédures existent-elles encore autour de la gestion de l’immeuble? Et la justice considère-t-elle toujours le rue de Genève 85 comme un élément central du système révélé par les enquêteurs? La conférence de ce mardi devrait éclairer ces différents points.

Mais le bilan attendu dépasse le seul volet pénal. Au fil des mois, l’affaire a aussi ouvert un débat politique sur les responsabilités des autorités. Plusieurs élus se sont demandé pourquoi il avait fallu attendre 2025 pour voir une intervention judiciaire d’une telle ampleur, alors que des alertes existaient depuis plusieurs années. La question du suivi de la salubrité, du contrôle des locations et de la coordination entre police, social, logement et justice a notamment occupé le Conseil communal lausannois l'an passé.

Un cas d'école pour Lausanne?

C’est l’autre enjeu de ce mardi: savoir si des défaillances de contrôle ont été identifiées. Les autorités estiment-elles avoir sous-estimé la situation? Des locaux insalubres ou impropres à l’habitation ont-ils effectivement été utilisés comme chambres locatives? Combien de personnes vivaient réellement dans le bâtiment au plus fort de la crise? Et quels contrôles existent aujourd’hui pour éviter que les anciennes pratiques ne réapparaissent?

Pour les habitants du quartier, le calme revenu depuis les arrestations a marqué un tournant positif. Mais après des années de peur, de logements insalubres, de deal et d’abandon ressenti, le bilan présenté ce mardi devra dire si l'immeuble de la Rue de Genève 85 restera seulement un dossier judiciaire spectaculaire, ou s’il deviendra aussi un cas d’école pour éviter qu’un tel système puisse se reconstituer ailleurs.

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