Le risque de pénurie de carburant est «très élevé» en Suisse, estime la secrétaire générale de Suissenégoce, la faîtière des négociants de matières premières. Selon elle, il n'est pas exclu que le baril de pétrole atteigne 150 dollars.
«Pour être franche, on est en train d'entrer dans une situation compliquée», explique Florence Schurch dans un entretien avec la Tribune de Genève et 24 heures. Dès le mois de mars, la faîtière annonçait «qu'à partir de ce mois de mai, les réserves stratégiques allaient être épuisées dans certains pays, tels que les Philippines, le Vietnam, le Bangladesh. Aujourd'hui, on y est», dit-elle.
Selon elle, la situation est également «sérieuse» pour le gaz, dont les réserves se constituent en été. «Or, la raffinerie bombardée au Qatar ne sera pas reconstruite d'ici là», relève Florence Schurch. En outre, le prix de la nourriture va fortement augmenter. Ce qui impactera toutefois moins la Suisse que d'autres pays.
«Une concurrence féroce»
Et la responsable de rappeler que les réserves de gaz suisses sont stockées en Allemagne et en France. «Mais avec l'expérience du Covid, on sait qu'en période de crise, on risque de ne plus avoir d'amis. On l'a vu avec nos masques bloqués en Allemagne au temps du Covid», note-t-elle. La Suisse n'a également qu'une seule raffinerie de pétrole, qui alimente 20% du pays.
Toutefois, «il y a des chances que pour protéger sa population, la Suisse soit prête à payer plus cher son approvisionnement énergétique». Les pays les plus riches paieront le prix fort pour assurer leur approvisionnement. «Dès que l'énergie se raréfie, la concurrence devient féroce», souligne Florence Schurch.
Le pétrole a bondi jeudi à plus de 125 dollars le baril, après qu'un responsable américain a indiqué que la Maison Blanche envisageait de poursuivre son blocus des ports iraniens «pendant des mois si nécessaire». Pour Mme Schurch, un tel prix a un impact différent s'il reste à un tel niveau durant 24 heures ou plusieurs mois. Reste qu'«aujourd'hui, tout est possible, on peut s'attendre à ce que le prix grimpe jusqu'à 150 dollars. Il n'y a pas de 'ligne magique' à partir de laquelle la machine se grippe. La demande dépend de la perception qu'ont les acteurs de la durée du conflit», dit-elle.