Quand exactement une personne devient-elle une amie? Quand on se confie à elle sur ses problèmes, quand on lui demande conseil ou lorsqu'on invite ses enfants sur son île privée? Après la publication des documents Epstein, Ariane de Rothschild, PDG du groupe Edmond de Rothschild, a insisté sur le fait que sa relation avec le pédocriminel était purement professionnelle.
La célèbre banquière française a rencontré l'Américain à Paris en 2013. Mais les courriels révèlent que leurs échanges, qui ont duré six ans, ont dépassé le cadre d'une simple relation d'affaires.
En effet, Jeffrey Epstein a agi comme conseiller et mentor auprès d'Ariane de Rothschild, qui espérait aussi son aide face à la justice américaine. En 2015, la banque était visée par une enquête aux Etats-Unis. Elle lui a versé 25 millions de dollars pour ses services.
Aucun soupçon?
Mais que savait réellement Ariane de Rothschild du passé criminel de Jeffrey Epstein, condamné en 2008? Celui-ci a immédiatement tenté par tous les moyens de dissimuler cette condamnation. Il est donc possible qu'Ariane de Rothschild n'ait pas su initialement à qui elle avait affaire.
Cependant, Epstein lui-même aurait fait des allusions explicites, comme en 2015 après une réunion avec les filles d'Ariane de Rothschild: «Je me demande si j'aurais dû partager directement mes articles diffamatoires à vos filles». D'après les documents, Ariane de Rothschild n'a pas réagi à cette allusion. Avec le recul, il paraît surprenant que cela n'ait pas suscité davantage de soupçons.
«Elles ont 16, 14 et 13 ans»
Les fichiers montrent en outre que Jeffrey Epstein aimait jouer sur plusieurs tableaux à la fois. En 2015, Ariane de Rothschild avait prévu de se rendre sur l'île privée de Little Saint James avec trois de ses quatre filles.
A l'insu de leur mère, Epstein a alors informé son ami Larry Summers, également invité: «Pour info: les filles d'Ariane viennent aussi... Elles ont 16, 14 et 13 ans.» Ces âges correspondent en effet à celui que les trois filles avaient à l'époque. Larry Summers, économiste américain renommé et ancien conseiller de Barack Obama, a répondu «bien reçu». Depuis, Larry Summers a démissionné de son poste de professeur à Harvard en raison du scandale.
La banque défend sa patronne
Jusqu'à présent, la banque Edmond de Rothschild maintient Ariane de Rothschild à sa tête. Le service de presse affirme qu'elle «n’avait aucune connaissance du comportement criminel de Monsieur Epstein», ni des graves accusations relayées par les médias américains.
En 2019, Jeffrey Epstein lui aurait lui-même demandé «Est-ce que la mauvaise presse que j'ai ces derniers temps t'inquiète?» Ce à quoi Ariane de Rothschild aurait répondu le jour même: «Pas du tout, je n'ai rien vu.»