Rencontre sur la route du Tour
Primoz Roglic et Dalibor Stevanovic, les deux Slovènes qui enflamment la Romandie

Blick a réuni cette semaine deux Slovènes qui font l'actualité en Suisse romande: le grand champion cycliste Primoz Roglic, qui enflamme les routes du Tour, et Dalibor Stevanovic, l'homme qui a emmené le SLO en finale de la Coupe de Suisse. Rencontre au sommet.
La rencontre entre les deux Slovènes a eu lieu vendredi matin, avant que le cycliste ne prenne la route d'Orbe avec son équipe Red Bull-Bora Hangsrohe.
Photo: DR
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Tim GuilleminResponsable du pôle Sport

«Quand j'ai été blessé dans ma carrière, les physios me faisaient faire du vélo, comme à n'importe quel footballeur... Mais c'était tellement dur, physiquement et mentalement! Dès que tu commences à monter dans le cardio, tout brûle. Les jambes, le cerveau. Une minute à fond, une minute de récupération... Horrible!» En entendant ces mots de Dalibor Stevanovic ce vendredi matin à Marly, Primoz Roglic ne peut s'empêcher de sourire.

L'effort physique impressionnant des cyclistes

«Tu sais, quand tu es cycliste professionnel et que tu es sur une étape de trois heures, tu n'as jamais la minute de récupération, tu ne peux pas appuyer sur le bouton on/off», lui répond le leader de l'équipe Red Bull-Bora Hansgrohe. «Et sur les Grands Tours, vous faites vingt étapes de six heures en trois semaines. C'est incroyable. Vraiment, pour moi vous êtes les plus grands sportifs», enchaîne l'entraîneur du FC Stade-Lausanne-Ouchy, bien conscient que l'effort physique fourni par les footballeurs au quotidien est très éloigné de celui des cyclistes.

Dalibor Stevanovic et la Coupe du monde 2010

Les deux Slovènes ne se connaissaient pas avant leur rencontre ce vendredi matin à l'hôtel fribourgeois de l'équipe cycliste allemande, mais le courant est très vite passé entre ces deux sportifs d'élite. Ancien international de football, Dalibor Stevanovic a participé à la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud, la toute première participation de l'équipe nationale slovène à une grande compétition, ce qui ne peut pas laisser Primoz Roglic insensible, lui qui avait 21 ans cette année-là. 

Si Blick a organisé le rendez-vous entre les deux Slovènes, c'est bien parce que le coach du SLO fait l'actualité ces jours, lui qui prépare la finale de la Coupe de Suisse avec son équipe de deuxième division. «La philosophie Red Bull me parle, j'aime faire jouer mon équipe avec énormément d'intensité», explique le technicien, très fier que le SLO devance le PSG et d'autres formations de Champions League au ratio d'intensité du pressing (6e équipe mondiale!) récemment émis par le CIES. «Red Bull en football, c'est ça: de l'énergie, du dynamisme, du pressing», continue-t-il, juste devant le car de la formation cycliste.

La philosophie Red Bull: rendre les courses attractives

Et dans le vélo, justement, Primoz Roglic? «Red Bull véhicule également une image d'énergie, mais aussi une certaine idée du spectacle. On veut que les courses soient vivantes, donner du plaisir aux gens», explique le champion slovène, dont la philosophie offensive («économise de l'énergie et attaque quand tu peux») lui a permis de sortir vainqueur de quatre Vuelta et d'un Giro... le tout en ayant commencé le cyclisme à 22 ans après sa première carrière de sauteur à ski. «C'est encore plus impressionnant», glisse Dalibor Stevanovic, de cinq ans l'aîné dans cette rencontre au sommet (41 ans/36 ans).

Photo: keystone-sda.ch

Primoz Roglic l'admet, il est volontiers patriote, même s'il n'est pas spécialement proche des grands champions slovènes comme Luka Doncic en NBA ou Jan Oblak en football. «Je ne les connais pas personnellement, mais j'aime les suivre, bien sûr. Tout ce qui fait parler en bien de la Slovénie, je prends!» «Alors tu dois me soutenir le 24 mai contre Saint-Gall», sourit le coach du SLO, très honoré de rencontrer ce grand champion qu'est Primoz Roglic.

Primoz Roglic, cet immense champion

«Pour les gens de ma génération, c'est vraiment un très grand, une légende du sport slovène. Bien sûr, aujourd'hui, il y a le phénomène Tadej Pogacar, mais son arrivée est très récente. En Slovénie, Primoz est une immense star depuis plus de dix ans, c'est un sportif très populaire», explique l'ancien footballeur, qui se verrait bien un jour retourner dans son pays natal pour devenir sélectionneur national, comme il l'avait confié à Blick voilà peu.

Photo: Getty Images

Tiens, d'ailleurs, Primoz Roglic, quel est le secret de la Slovénie, ce pays de deux millions d'habitants, pour produire autant d'athlètes de niveau mondial? «C'est pas mal, hein? L'explication ultime, je ne l'ai pas, mais c'est vrai que c'est stimulant. Je pense que c'est comme un cercle vertueux. Quand tu es gamin, tu vois des Slovènes réussir et tu te dis que c'est possible. Tu as des exemples positifs sous les yeux et tu as envie de les suivre. Et c'est faisable».

Le secret de la Slovénie?

Dalibor Stevanovic acquiesce et va plus loin. «Jusqu'en 1991, nous faisions partie de la Yougoslavie, mais déjà là, la Slovénie était un petit peu à part. Oui, nous avons la mentalité des Balkans, le côté social et communicatif très fort. Mais nous avons aussi les valeurs de l'Ouest. L'Autriche et l'Allemagne ne sont pas loin, l'Italie non plus, et nous avons une certaine discipline et un côté strict, travailleur. Le mélange est bon et nous permet de réussir. Parce que du talent, dans les Balkans, il y en a partout. Si on parle de football, les joueurs que peuvent sortir la Serbie, la Bosnie, la Croatie, c'est fantastique. Nous sommes beaucoup moins nombreux, mais nous avons sans doute plus de discipline personnelle.»

Photo: Michael Zanghellini/freshfocus

Pour expliquer la percée de sportifs de grand talent, l'ancien milieu de terrain met également en avant la philosophie de formation. «Si je prends mon exemple, à 13 ou 14 ans, j'étais très fin, pas du tout fort physiquement. Je sais que c'était la même chose pour Luka Doncic. Mais des coaches ont vu quelque chose chez nous qui allait au-delà du physique et ont cru en nous. Après, attention, je ne me compare pas à lui. C'est un phénomène. Mais dans d'autres pays, si je prends mon cas, peut-être qu'à 14 ans, on m'aurait mis de côté.» En Slovénie, le talent se repère et se développe.

La rencontre entre les deux hommes touche à sa fin, Primoz Roglic s'excuse très poliment. Il est l'heure de monter dans le bus pour prendre la route d'Orbe, lieu de l'étape du jour. Le Slovène de 36 ans continuera-t-il sa carrière après cette saison, lui qui est en fin de contrat avec Bora? Musique d'avenir. Il entend bien profiter de l'instant présent et pensera à l'après plus tard.

Photo: keystone-sda.ch

Dalibor Stevanovic, lui, aurait aimé suivre l'étape du jour de son compatriote, mais devait aller préparer son entraînement quotidien au SLO, exceptionnellement programmé l'après-midi. Pourquoi les Stadistes ne s'entraînent-ils pas le matin, comme habituellement? «Entre autres, parce que je veux déjà qu'on commence à s'habituer à l'horaire de la finale de la Coupe, qui est programmée à 14h.»

Ce samedi matin, les Lions ont pris le car direction Vaduz pour la 33e journée de Challenge League. Et une grande partie du travail du coach du SLO consiste à garder son équipe mobilisée, alors même qu'elle n'a plus rien à jouer en championnat et que le rendez-vous du 24 mai se rapproche chaque jour un peu plus.

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