La chronique de Quentin Mouron
L’UDC choisit la censure politique

L’UDC s’oppose à la venue à Berne de l’eurodéputée française Rima Hassan. Une déclaration d’hostilité contre le peuple palestinien et une stratégie assumée de censure politique, selon l’écrivain Quentin Mouron.
La venue de l’eurodéputée Rima Hassan à Berne est très critiquée.
Photo: Blick
Quentin Mouron
Quentin MouronEcrivain

Quand l’Union démocratique du centre (UDC) n’est pas occupée à soutenir des initiatives racistes, elle se détend en jouant les commissaires politiques. Dans son viseur: l’eurodéputée française Rima Hassan, qui devait être en visite à Berne cette semaine (et qui a reporté sa venue). Le conseiller national Manfred Bühler a déposé plusieurs interpellations sur le sujet et relayé une pétition qui demande l’annulation de cette visite. L’objectif est clair: empêcher madame Hassan de s’exprimer en Suisse. Autrement dit: il s’agit de censure politique.

Sans surprise, ces démarches autoritaires sont soutenues par les défenseurs habituels d’Israël et de ses actions. La venue de l’eurodéputée française a également été critiquée par l’aile droite du Parti socialiste (PS), très influente en Suisse alémanique comme en Suisse romande. Depuis bientôt trois ans, celle-ci n’en finit pas de minorer les crimes commis contre le peuple palestinien, et de renvoyer dos à dos les bourreaux et les victimes, le colonisé et le colon.

L'UDC se moque du droit d’expression

Mais ce qui n’étonne guère de la part de l’aile droite du PS interpelle dans le cas de l’UDC. Le parti ne se rêve-t-il pas en chantre de nos libertés? Dès 2006, Oskar Freysinger appelait à un «renforcement de la liberté d’expression.» En 2018, madame Natalie Rickli, alors conseillère nationale, déclarait: «La libre expression des opinions, donc la libre parole, fait partie de nos droits fondamentaux les plus précieux.» Celle-ci serait menacée par les «wokistes», les «islamo-gauchistes», et différents agents étatiques animés par une véritable passion pour la censure.

Or, Manfred Bühler et ses soutiens tombent le masque. Entre l’attachement à la liberté d’expression et l’attachement à l’extrême-droite israélienne, leur cœur n’aura pas balancé longtemps. Non seulement l’UDC se moque comme d’une guigne du droit d’expression et de réunion, mais elle est également hostile par principe aux luttes des peuples pour leur autodétermination. 

Faut-il rappeler que Christoph Blocher, figure tutélaire de l'UDC, présidait dans les années 1980 un groupe de pression au service du régime de Pretoria? Furieusement pro-apartheid en Afrique du Sud, il n’y a pas de raison que le parti ne le soit pas aussi en Palestine.

«
L’UDC prétend représenter le peuple suisse sans parvenir à l’incarner. Son histoire est celle de ses échecs
»

Pour défendre ses sympathies et ses amitiés, l’UDC joue tous les coups que le parti reproche ordinairement à ses adversaires. Pourtant, la majorité de nos compatriotes n'est plus dupe de ces gesticulations séniles. Je fais le pari que l’initiative xénophobe «Contre la Suisse à dix millions» connaîtra le même destin de naufragé que la pétition liberticide de Manfred Bühler. Ni la liberté ni l’autodétermination des peuples n’appartiennent à l’extrême-droite. Cette dernière en est même l’adversaire résolue.

L’UDC prétend représenter le peuple suisse sans parvenir à l’incarner. Son histoire est celle de ses échecs. Notre futur est celui de l’autodétermination des peuples. Il me reste à souhaiter à madame Hassan la bienvenue dans notre pays quand elle viendra. Qu’elle sache que son courage et sa pugnacité y sont admirés. Et que ni la censure ni l’apartheid ne sont notre horizon. Et maintenant, pour paraphraser Antonin Artaud, avale ta pétition!

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