La guerre en Iran est «terminée»
Faille juridique et guerre de pouvoir à Washington

Une guerre «terminée», mais qui pourrait reprendre à tout moment. Trump exploite une faille juridique, le Congrès reste passif et l’Iran attend, dans un jeu de pouvoir à l’issue incertaine.
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Le président américain Donald Trump déclare la «fin» de la guerre - mais les questions ne font que commencer.
Photo: keystone-sda.ch
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Chiara Schlenz

Donald Trump a le don des déclarations grandiloquentes. «La guerre est finie», a déclaré jeudi un responsable gouvernemental au sujet du conflit avec l'Iran, lors d'un point presse informel avec les médias américains. Le problème, c'est que rien n'est vraiment terminé. Un cessez-le-feu fragile est en vigueur, rien de plus. Le détroit d'Ormuz reste bloqué. Mais cette affirmation même, selon laquelle la guerre est finie, pourrait s'avérer cruciale sur le plan de la politique intérieure.

Car en arrière-plan, le temps presse. Le temps et surtout la «War Powers Resolution» de 1973. Elle oblige le président, après 60 jours d'intervention militaire, soit à obtenir l’aval du Congrès, soit à mettre fin à l’opération. Ce délai est désormais expiré. Ou peut-être pas?

Un délai, plusieurs interprétations

Ce qui paraît simple devient soudainement sujet à interprétation à Washington. Certains élus estiment que la date butoir est déjà atteinte – à compter du 2 mars, date à laquelle Trump a annoncé le début des attaques. D'autres soutiennent que les jours sans combats – c'est-à-dire le cessez-le-feu – ne sont pas comptabilisés. D'autres encore évoquent une possible prolongation de 30 jours.

Résultat: une confusion totale. Une situation politiquement avantageuse pour la Maison-Blanche. Car pendant que démocrates et républicains s'écharpent sur des points de droit, le Congrès est temporairement suspendu – en vacances parlementaires. Un vote? Reporté. Un contrôle parlementaire? Suspendu.

Aussi impopulaire que le Vietnam

La pression s'intensifie pourtant sur Trump et le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth. La guerre est depuis longtemps devenue un enjeu politique majeur pour l'opinion publique américaine. Selon un sondage représentatif du «Washington Post», 61% des Américains considèrent l'intervention contre l'Iran comme une erreur – un taux de désapprobation similaire à celui autrefois enregistré pour les guerres du Vietnam (1955-1975) et d'Irak (2003-2011).

En d'autres termes: une large majorité souhaite simplement sortir du conflit. Environ 70% des Américains désirent un accord avec Téhéran dans les plus brefs délais.

La situation est délicate pour Trump. La guerre affecte directement les Américains, notamment via la hausse des prix de l’énergie, les craintes inflationnistes et la peur grandissante des attentats terroristes. Politiquement, c'est un poison, surtout dans la perspective des prochaines élections de mi-mandat.

La guerre, une zone grise juridique

C’est précisément là qu’intervient la manœuvre de Trump. En déclarant simplement la guerre «terminée», son administration modifie le point de départ. Si officiellement il n’y a plus d’«hostilités», la règle des 60 jours ne s’applique plus. Du moins, c’est l’argument du Pentagone.

Le président évite un vote potentiellement délicat au Congrès, dont l'issue serait tout sauf certaine. Même parmi les républicains, le scepticisme grandit. Certains sénateurs réclament ouvertement une stratégie claire, voire la fin de l'opération militaire.

L'Iran joue la montre

Et tandis que Washington tergiverse sur les échéances, Téhéran poursuit une stratégie claire: gagner du temps.

Les dirigeants iraniens retardent les négociations, présentent de nouvelles propositions, font marche arrière – et semblent espérer que la pression politique interne aux Etats-Unis continuera de s'accroître. Leur calcul: plus le conflit dure, plus le mécontentement grandit au sein de l'opinion publique américaine et plus il devient difficile pour Trump de maintenir une ligne dure.

Dans le même temps, la menace militaire persiste. On parle déjà de nouvelles attaques des Etats-Unis et Israël. Le cessez-le-feu peut basculer à tout moment. Une impasse classique: les deux camps attendent, espérant que l'autre cède le premier.

La vraie question est: qui contrôle la guerre?

Mais aux Etats-Unis, un problème plus grave se profile. Il s'agit du pouvoir. Et plus précisément d'un déséquilibre entre le président et le Congrès.

La Constitution américaine accorde en principe au Congrès le droit de décider de la guerre et de la paix. Pourtant, depuis des années, la réalité est tout autre. Les présidents étendent leurs pouvoirs, souvent en invoquant la sécurité nationale. En 2011, Barack Obama a mené une campagne militaire de sept mois en Libye, qui a également suscité des débats sur le «War Powers Act». Le conflit avec l’Iran illustre aujourd'hui à quel point ces limites sont devenues floues.

Si un président peut déclencher une guerre puis, par définition, simplement y «mettre fin» pour contourner les règles, une question fondamentale se pose: existe-t-il encore un contrôle effectif exercé par le Parlement?

La guerre contre l'Iran, prétendument terminée, n'est avant tout qu'une construction politique. Une construction qui reflète moins la réalité que les rapports de force à Washington. Et c'est précisément là que réside son caractère explosif.

Si ce sont les mots qui déterminent le début et la fin d'une guerre, alors, en fin de compte, ce n'est plus le Parlement qui décide, mais le président seul. La stratégie des 60 jours de Trump ne fait donc que renforcer son propre pouvoir.

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