Une collision entre un TGV et un poids lourd s'est produite mardi matin sur un passage à niveau dans le Pas-de-Calais, tuant le conducteur du train et faisant 15 blessés, tandis que le chauffeur du camion a été placé en garde à vue. Une enquête a été ouverte du chef d'homicide routier: le chauffeur du camion est en garde à vue pour «homicide involontaire aggravé par la mise en danger délibérée d'une obligation de sécurité», selon le procureur de la République de Béthune Etienne Thieffry.
Le camion impliqué dans l'accident était «un convoi exceptionnel privé» transportant «un pont mobile des armées», a déclaré le préfet du Pas-de-Calais, François-Xavier Lauch, lors d'un point presse sur place. Le chauffeur du camion est un civil, a précisé le procureur de Béthune, sans pouvoir dire dans l'immédiat s'il avait forcé ou non le passage à niveau: «L'enquête vient de débuter» et elle va «prendre du temps».
Deux blessés en urgence absolue
Le choc s'est produit à 6h48 du matin. Le TGV, qui reliait Dunkerque à Paris avec 246 passagers, a percuté le poids lourd sur un passage à niveau dans la commune de Bully-les-Mines, entre Béthune et Lens, à une vitesse estimée de 160 km/h, selon le préfet. Le passage à niveau «était en état de fonctionnement normal», a déclaré sur place le PDG de la SNCF Jean-Castex.
«J'étais en train de me réveiller, j'ai entendu un gros boum», a rapporté un témoin, Pierre-François Dhoossche, 22 ans. «J'ai directement été sur les lieux et j'ai vu le chauffeur du poids lourd (...) un peu choqué», raconte-t-il, expliquant que «la cabine était légèrement après le passage à niveau», tandis que l'arrière de la remorque a été visiblement heurté par le train. Le pont mobile, engin militaire de plusieurs dizaines de tonnes, a été propulsé sous le choc à une dizaine de mètres, près d'un jardin de riverains.
Jean Castex a rendu hommage au conducteur du train, «un professionnel très chevronné», âgé de 56 ans et a adressé ses pensées à sa famille et à «l'ensemble de la communauté cheminote». Au-delà de cette victime, morte sur le coup selon Etienne Thieffry, deux blessés ont été hospitalisées en «urgence absolue» mais leurs jours «ne sont pas en danger», a assuré le préfet du Pas-de-Calais. Il y a 14 autres blessés en urgence relative, selon un nouveau point de situation de la préfecture en début d'après-midi.
«Heureusement qu'à cet endroit, le TGV ne roule pas à sa vitesse maximale, il est à 130-140 km heure» car «il y a un virage juste avant» a souligné Laurent Poissant, maire de Mazingarbe, commune limitrophe des lieux de l'accident. Secouristes et équipes techniques étaient déployés en nombre autour du lieu de l'accident, ont constaté des journalistes de l'AFP, qui ont vu l'avant du train nettement enfoncé. Le train a fait plusieurs centaines de mètres avant de s'arrêter en pleine voie, a précisé M. Lauch. Le ministre des Transports, Philippe Tabarot, est attendu sur place.
Trafic suspendu plusieurs jours
Le trafic ferroviaire sera totalement interrompu sur cette voie pendant «au moins une semaine», a déclaré M. Castex. Sur les axes Lille-Béthune, Lille-Lens et Lille-Douai, le trafic reprend «très progressivement» avec «d'importants retards», selon le compte X de la SNCF Hauts-de-France.
Plus de 80 sapeurs-pompiers ont été mobilisés, ainsi qu'une quarantaine de policiers et gendarmes et une quarantaine de membres de la protection civile, selon le préfet François-Xavier Lauch. En 2024, 89 accidents impliquant un passage à niveau ont été recensés en France, d'après SNCF Réseau. 20 d'entre eux se sont avérés mortels. La France compte environ 15'000 passages à niveau, selon cette même source.
SNCF Réseau, qui mène des campagnes de sensibilisation sur les bons comportements à adopter aux passages à niveau, rappelle que la distance de freinage d'un train est «10 fois supérieure à celle d'un véhicule: à 100 km/h, un train a besoin de 1 km pour s'arrêter». Le 25 mars, un TER avait percuté un poids lourd à hauteur d'un passage à niveau à Saint-Raphaël (Var) provoquant la mort du conducteur du camion, âgé de 60 ans. Et en mars 2025, deux militaires sont morts après avoir été percutés dans leur véhicule par un TER sur un passage à niveau près d'Arras (Pas-de-Calais).