Au dîner des correspondants
Trump miraculé? Après l'attentat, les mystères du tireur

L'homme qui a forcé les barrages de sécurité et tiré sur les agents du «Secret Service» lors du dîner des correspondants n'était pas un fou furieux, selon les premières informations disponibles. Il était armé dans un hôtel hyper sécurisé. Les questions pleuvent.
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Le suspect a été identifié comme étant Cole Allen Thomas.
Photo: Truth Social
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Richard WerlyJournaliste Blick

Qui était Cole Tomas Allen, 31 ans, l’homme qui a franchi les barrages de sécurité en courant, puis tiré sur les agents du Secret Service avant d’être maîtrisé, à bonne distance de la salle de bal du Washington Hilton où se tenait le dîner des correspondants de la Maison Blanche?

A peine formulée après cette nuit de folie dans la capitale fédérale américaine, cette question en entraîne déjà d’autres. Le tireur, en possession de deux armes à feu, avait loué une chambre dans cet hôtel hypersécurisé pour cette occasion exceptionnelle. A-t-il échappé aux fouilles imposées tout au long de la journée aux clients de l’établissement par le Secret Service? Sa chambre n’a-t-elle pas fait l’objet des vérifications d’usage? Bref, comment cela a-t-il été possible, dans ce périmètre et à cette occasion attendue depuis des mois par les médias?

Comparution ce lundi

Quelques heures après les faits, alors que le suspect est interrogé par les services du FBI, la police fédérale, avant sa comparution devant la justice lundi, ce que l’on sait alimente le mystère. Ce résident de la ville côtière de Torrance, proche de Los Angeles, en Californie, était en apparence tout sauf un «loup solitaire» désocialisé, comme l’a qualifié Trump.

Cole Tomas Allen était diplômé du California Institute of Technology. Il donnait des cours de soutien à des étudiants qui ont d’ailleurs été interviewés dans la nuit et n’ont rien signalé comme comportements douteux. Il avait modestement (25 dollars) soutenu la campagne de Kamala Harris, l’ex-candidate démocrate à la présidentielle de novembre 2024. Il était développeur de jeux vidéo et avait travaillé sur un prototype de frein pour fauteuil roulant. Les informations relatives à son port d’armes, et aux conditions d’acquisition de celles-ci, n’ont pour l’heure pas été divulguées.

Face à ce CV pour le moins éloigné de celui d’un terroriste potentiel, d’autres faits vont maintenant être passés au crible des médias. Le premier est la décision inédite de Donald Trump de participer, avec son épouse et la plupart des membres de son administration, à ce dîner des correspondants qu’il avait jusque-là toujours boycotté comme chef de l’Etat. Selon sa porte-parole Karoline Leavitt, à ses côtés lors de son évacuation de la salle de bal, Donald Trump s’apprêtait à prononcer un discours «très bien écrit», rempli de blagues sur les médias et sur lui-même.

La revanche sur Obama

Ce dîner devait être l’occasion, pour le locataire de la Maison Blanche, de prendre sa revanche sur l’humiliation subie en 2011 lorsque, présent comme invité à ce même dîner, il s’était vu moqué par Barack Obama pour son complotisme. Un moment que beaucoup d’observateurs estiment crucial dans la décision de Trump de se lancer en politique, pour prendre sa revanche.

Autre fait qui, désormais, va entrer dans l’histoire américaine et, à coup sûr, alimenter les théories du complot: le lieu des tirs, à savoir le Washington Hilton devant lequel Ronald Reagan fut gravement blessé le 30 mars 1981 par un tireur, à la sortie d’un discours prononcé devant le syndicat AFL-CIO. Cet hôtel est-il maudit? Que s’est-il passé pour que la sécurité y soit si défaillante? L’attentat contre Reagan avait été commis sur la voie publique par John Warnock Hinckley, un criminel obsédé par l’actrice Jodie Foster.

Les tirs de Cole Tomas Allen ont eu lieu après le franchissement par ce dernier du premier barrage de sécurité. Des images le montrent courant à travers le portique. Un agent a été blessé, protégé par son gilet pare-balles, avant que le suspect soit maîtrisé et jeté à terre. La légende de Trump le survivant se trouve renforcée, lui qui fut visé directement par un tir le 13 juillet 2024 à Butler, en Pennsylvanie, lors d’un meeting. Une autre tentative d’assassinat avait été déjouée en septembre 2024 sur son golf en Floride, lorsqu’un homme muni d’un fusil avait été interpellé.

Toute l’administration présente

Les circonstances de ce dîner sont enfin assurées d’alimenter elles aussi de nombreux récits. Fait inédit et rare, rendu possible justement par les conditions de sécurité optimales supposées du Washington Hilton, le président et le vice-président des Etats-Unis étaient tous deux présents. Donald Trump était pour sa part accompagné de son épouse, qui a semblé beaucoup plus choquée que lui par les événements.

La conférence de presse qui a suivi, à la Maison Blanche, a montré un président calme, félicitant les médias et promettant un nouveau dîner dans trente jours, après avoir justifié la construction de la future salle de bal controversée de la résidence présidentielle. Va-t-on voir maintenant démarrer une nouvelle séquence politique, et une relation apaisée entre Trump et les médias traditionnels? Pour rappel, ces derniers sont désormais de plus en plus tenus à l’écart des conférences de presse et briefings, remplacés par des influenceurs et des podcasters, en général favorables à l’actuelle administration.

Un discours pas prononcé

Dernier mystère enfin que cette tentative d’attentat va relancer, dans l'attente du dîner reprogrammé: celui du discours que Donald Trump allait prononcer, en pleine guerre en Iran et après avoir annulé le départ pour le Pakistan de ses deux émissaires, Jared Kushner et Steve Witkoff. Quelles blagues le président allait-il faire? De qui avait-il choisi de se moquer durant ce dîner dont il avait tenu à l’écart plusieurs humoristes réputés? Voulait-il se réconcilier avec les médias «fake news», son expression favorite? Donald Trump a en tout cas appelé au calme politique durant son intervention, et au règlement «pacifique des différends» entre Américains, à six mois des élections législatives de mi-mandat, début novembre 2026.

Au moment où les coups de feu ont été entendus, un magicien mentaliste présentait un de ses tours à Donald Trump. A l’évidence, ce professionnel, qui prétend savoir lire dans les pensées, n’avait rien vu venir...

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