L'hiver s'apprête à tirer sa révérence et les premiers signes annonciateurs de sa chute sont déjà perceptibles: les fleurs les plus téméraires, encouragées par un prélude de printemps précoce, ont redressé la tête, un peu naïvement. Elles risquent en effet d'être remballées par une riposte du froid, peu enclin à céder sa place sans déployer une lutte farouche.
Le même phénomène pourrait, hélas, se produire pour notre moral: au lieu de sentir l'effet revigorant des beaux jours, on risque, au contraire, de sentir une fatigue encore plus importante qu'en février. Cela parait totalement contradictoire, bien sûr: comment la tristesse saisonnière peut-elle résister au chant des oiseaux, au rallongement des journées, aux matinées de soleil qui ressemblent à des promesses..?
Il s'avère malheureusement qu'elle y résiste plutôt bien. Pire encore: le blues saisonnier peut aussi intervenir à l'aube du printemps. Ses effets les plus typiques comprennent une grande fatigue, un manque d'énergie et une baisse de moral, alors même que les premières asperges (parfois globe-trotteuses) débarquent dans les rayons des supermarchés.
«La fatigue survenant en fin d’hiver est commune et bénigne, mais encore très peu étudiée, constate le Dr. Mathieu Saubade, médecin du sport au CHUV et Unisanté. L’hypothèse classique accuse le manque de luminosité, qui peut impacter notre cycle circadien individuel, soit notre cycle veille-sommeil. En effet, le taux d’exposition à la lumière du jour peut avoir un effet sur certaines hormones, ce qui contribue à augmenter la fatigue et, parfois, à affecter l’humeur.»
Les hormones s'adaptent lentement
Il s'agit donc du pendant printanier de la dépression saisonnière: «Le blues de printemps [surnommé spring depression, en anglais ndlr] intervient souvent à la fin de l’hiver, autour du changement d’heure, explique le médecin. Certaines personnes ont plus ou moins de mal à réguler ces différents rythmes saisonniers. D’autant plus qu’on vient d’accumuler plusieurs mois d’hiver, ce qui peut affecter la mélatonine, l’hormone du sommeil, et perturber nos nuits.»
L'expert souligne par ailleurs que la sérotonine, qui régule notre humeur, peut aussi baisser et susciter une forme de blues, avec un moral en berne et un manque d’énergie: «Comme les hormones ont une évolution de leur régulation assez lente, il faut parfois quelques mois pour qu’elles s’adaptent», précise le Dr. Saubade.
N'hésitez pas à consulter, avant tout!
Si la fatigue semble s'installer dans la durée, notre expert recommande de prendre rendez-vous chez votre généraliste, qui pourra réaliser un bilan sanguin: «Cela permettra de débusquer toute potentielle carence en fer, vitamine D, anémie, trouble de la thyroïde ou une autre cause de fatigue, et recevoir le traitement adéquat si besoin», souligne-t-il.
Il s'agira ensuite d'agir sur l'hygiène de vie, afin de reprendre des forces après l'hiver: «Comme nous passons la majeure partie de l’hiver à l’intérieur, nous devenons plus fragiles au niveau immunitaire, avec une plus grande exposition aux virus, pointe le Dr. Saubade. Notre système est donc plus fatigué, sans oublier que nous avons tendance à manger plus d’aliments gras et sucrés durant la saison froide, ce qui peut augmenter l’inflammation et impacter aussi l’immunité.»
Notons toutefois qu'un blues printanier se distingue de la véritable dépression saisonnière, qui subsiste au-dela de quelques semaines et dont l'impact sur l'humeur est très intense. Dans un précédent article consacré au blues d'automne, Sophie Favre, psychologue et psychothérapeute à l’Unité humeur et anxiété des HUG, expliquait que cette forme de dépression peut s’exprimer par de la tristesse, une perte d’intérêt ou de plaisir à faire les activités habituelles, un manque d’énergie, une difficulté à accomplir nos tâches quotidiennes, une tendance à s’isoler, un besoin excessif de sommeil, une augmentation de l’appétit, une difficulté de concentration et de l’irritabilité. Si vous reconnaissez ces symptômes, n'hésitez pas à demander de l'aide et à consulter un spécialiste.
Comment contrer la fatigue?
Heureusement, dans le cas d'un simple blues de fin d'hiver, quelques mesures simples devraient suffire à chasser la fatigue. Parmi ces dernières, le Dr. Saubade recommande d’agir sur son sommeil en allant se coucher à une heure fixe, de pratiquer de l'exercice physique tous les jours, de limiter les sucres ajoutés pour privilégier une alimentation riche en fruits, légumes et fibres. «On conseille aussi de boire suffisamment d’eau, car la déshydratation peut favoriser la fatigue, poursuit-il. Pour s’assurer qu’on boit assez, il suffit de vérifier que notre urine est claire: c’est un indicateur simple d'une bonne hydratation.»
Si la fin de l'hiver est aussi sombre qu'un mois de novembre enveloppé dans un manteau de bruine, le Dr. Saubade propose de combiner des balades en extérieur régulières (même s'il fait gris) et l'utilisation d'une lampe de luminothérapie. Comme en automne! «La vitamine D peut être une bonne alliée également, mais il convient d'en discuter avec son médecin, avant de se supplémenter.»
En ce qui concerne l'humeur, parfois susceptible de retomber dans nos chaussettes, l'expert souligne l'importance de trouver des hobbies qui nous font plaisir, comme des activités physiques ou sociales: «N'importe quelle occupation qui nous fait plaisir peut aider!» C'est le moment de ressortir les rollers. Le blues du printemps ne sait pas ce qui l'attend!