Ce n'est un secret pour personne: le Service de renseignement de la Confédération (SRC) est en crise. Organisation jugée chaotique, accusations de surveillance de masse, perte de confiance vis-à-vis de la direction: les tuiles s'enchaînent depuis plusieurs mois pour les services secrets suisses. Dernier épisode en date, la démission du directeur Christian Dussey, révélée publiquement le mardi 25 février.
Le SRC doit donc se trouver un nouveau chef. Mais si la mission du successeur de Christian Dussey s'annonce périlleuse, cela n'est rien à côté de celle qui attend le futur chef de la section Russie, un autre poste que les services secrets ont annoncé vouloir pourvoir. Il est d'ailleurs surprenant qu'il fasse l'objet d'une mise au concours publique, de tels postes étant généralement attribués en interne à des agents expérimentés déjà employés par le SRC.
La Russie, danger numéro 1
Il faut dire que ce job a tout d'un véritable traquenard, car selon le SRC, la Russie constitue la menace numéro 1 pour notre pays sur le plan du renseignement. Depuis l'invasion de l'Ukraine en février 2022, les dangers liés à l'espionnage et la désinformation sont omniprésents.
En fait, la Suisse serait carrément «une zone d'action privilégiée» pour la Russie. Les services secrets citent notamment comme cible les biens d'armement tels que les avions de combat, dont le fonctionnement pourrait également intéresser d'autres pays.
Le régime de Vladimir Poutine chercherait en outre à déstabiliser la Suisse en s'appuyant sur la désinformation. En 2023 déjà, le SRC estimait qu'environ un tiers du personnel des représentations diplomatiques russes travaillait pour les services secrets, soit environ 70 personnes.
C'est donc dans ce contexte délicat que le nouveau responsable doit prendre en charge la section «Russie». Le fait que les services secrets suisses gèrent une telle section n'avait jamais été documenté publiquement jusqu'à présent. C'est désormais chose faite – du moins indirectement – à travers une offre d'emploi publiée sur le site de la Confédération. L'organigramme exact du SRC demeure, lui, secret.
Dans le collimateur de Moscou
Dans les faits, l'annonce publiée par le SRC donne peu d'informations sur le poste. Sollicité par Blick, le SRC ne communique pas non plus sur la manière dont «la section Russie» a été mise sur pied et gérée jusqu'à présent. «Le SRC ne donne pas d'informations sur l'organisation du service en dehors de la structure générale déjà publiée», explique une porte-parole.
Et ce silence est probablement motivé par de nobles raisons. En effet, Moscou cible les services secrets étrangers de manière agressive, et une section consacrée spécifiquement à la Russie devrait logiquement être particulièrement exposée.
Sur son offre, le SRC assure que la personne en charge de la section Russie travaillera dans un «domaine d'activité complexe» et dans un «environnement dynamique et volatil»
Selon le SRC, celui qui dirige la section Russie assume un «domaine d'activité complexe». L'environnement est «dynamique et volatile», ce qui exige une «grande résistance au stress». Un «intérêt marqué pour la sécurité mondiale et européenne, les grandes puissances, les conflits armés et les menaces hybrides» également demandé. Autant dire que ce job risque bien d'en dissuader plus d'un.
Candidatures uniquement sur papier
Le chef de la section doit en outre pouvoir en «la capacité de prendre des décisions courageuses, y compris des risques calculés». La connaissance du russe est un atout pour le poste. Les candidats doivent être titulaires «d'un master, de préférence en slavistique, politique de sécurité, relations internationales, sciences politiques ou études stratégiques».
Le SRC ne dit pas non plus en quoi consiste exactement le «travail de renseignement» inhérent ce poste. Il est question de «pilotage de capteurs, de suivi de la situation, y compris de saisie de données et de fourniture de prestations». L'offre mentionne enfin la nécessité de pouvoir «évaluer les événements et activités puis identifier les défis et menaces potentiels qui en résultent». Des termes très vagues, qui peuvent néanmoins cacher des missions potentiellement périlleuses.
Pour des raisons de sécurité, le SRC n'accepte les dossiers de candidature que sous forme papier. Il est en outre conseillé aux personnes intéressées de ne pas parler de leur candidature, même dans leur propre entourage.