En bref
- Le dépistage précoce reste essentiel, mais beaucoup de cancers du sein demeurent inexpliqués, avec des facteurs non maîtrisables comme le sexe, l’âge, les hormones ou la génétique.
- L’alcool peut accroître le risque d’environ 39%, tandis que l’obésité après la ménopause et la prise de la pilule peuvent aussi jouer un rôle. Des grossesses précoces (avant 30 ans) et l'allaitement peuvent, en revanche, légèrement réduire le risque.
- Une activité physique régulière, une alimentation équilibrée et l’absence d’excès sont recommandées, tandis que le travail de nuit est jugé potentiellement lié à un risque accru.
Avec ses rubans engagés et ses campagnes teintées de rose, le mois d'octobre rappelle, chaque année, que la lutte contre le cancer du sein doit absolument continuer. Et tandis que la recherche progresse, la maladie et ses facteurs de risque sont de mieux en mieux connus des médecins: on ainsi désormais qu'une prédisposition héréditaire, ainsi que certaines habitudes de vie, peuvent augmenter sensiblement nos chances de développer la maladie au cours de notre vie.
Or, avant d'énumérer les réflexes pouvant diminuer le risque, il convient de préciser que de nombreux cas restent totalement inexpliqués et – malheureusement – inexplicables: «Le plus grand facteur de risque du cancer du sein est le fait d’être une femme, rappelle la Dre Anita Wolfer, responsable du Centre du sein des HUG. Et cela, on n’y peut rien. Quand on évoque des facteurs protecteurs ou la diminution des risques, il faut absolument souligner qu’on a beau faire tout juste, il est quand même possible, pour des raisons pas toujours comprises, de développer un cancer du sein.» Notre intervenante rencontre effectivement des femmes dont l'hygiène de vie est «impeccable», mais qui tombent quand même malades. «Dans ce sens, il est important de ne pas culpabiliser les patientes.»
De nombreux facteurs de risque sont hors de notre contrôle
Dans un récent communiqué de presse dédié à Octobre rose, les HUG soulignaient en outre que certains facteurs de risque, comme l'âge, l'influence hormonale naturelle (règles précoces ou ménopauses tardives) ou des facteurs génétiques, sont totalement hors de notre contrôle. «L’obésité, surtout après la ménopause, augmente également le risque, ajoute la Dre Wolfer. Celui-ci est modifiable jusqu’à un certain point, sachant qu’il ne s’agit pas que d’une question de volonté.»
L'alcool augmente le risque de 39%
Cela dit, l'environnement et le style de vie peuvent tout de même faire une légère différence: et bien qu'il soit impossible de supprimer totalement le risque de développer la maladie, certaines habitudes ne peuvent, en théorie, le réduire un peu.
«Un facteur de risque non-négligeable et modifiable est la consommation d’alcool, qui peut augmenter le risque d’environ 39%, souligne la Dre Wolfer. Mais plus on boit, plus le risque augmente.»
L'accouchement et l'allaitement protègent (un peu)
Il s'avère également que le fait d'avoir des enfants jeunes, avant l’âge de trente ans, peut aussi diminuer le risque. «Idem pour l’allaitement, dans la mesure où la grossesse et la lactation réduisent l’exposition du corps aux œstrogènes, précise la médecin. Or, la société actuelle tend à retarder l’âge du premier accouchement. La diminution du risque existe, mais elle est légère.»
Il en va de même pour la pilule contraceptive, dans la mesure où les femmes qui l'utilisent peuvent présenter un risque de cancer du sein 1,2 fois plus élevé. «Mais celui-ci disparait environ un an après avoir cessé la prise, rassure la Dre Wolfer. Et il convient de peser le pour et le contre, car le risque reste minime et une grossesse non désirée n’est évidemment pas souhaitable non plus.»
Le sport, «bénéfique dans tous les cas»
Parmi les facteurs protecteurs, l'experte évoque également l'activité physique, «bénéfique dans tous les cas» et recommandée sans hésitation par les médecins: «Il n’est même pas nécessaire de réaliser des efforts olympiques, dans la mesure où une activité régulière, même modérée, peut faire la différence, encourage la Dre Wolfer. Qu’elle soit vigoureuse ou modérée c’est l’activité cumulée sur une semaine, et l’énergie totale dépensée, qui comptent.»
A noter que les recommandations générales, en termes de santé et d'alimentation, valent également pour le cancer du sein: le fait de réduire la viande, d'éviter les graisses et les aliments hypertransformés reste bénéfique dans tous les cas. «Et il n’est pas nécessaire de prendre des compléments alimentaires, en dehors d’une carence médicalement diagnostiquée, ajoute notre intervenante. Il suffit de manger équilibré.»
Bien dormir, un facteur protecteur?
S'il n'a jamais été prouvé qu'un certain nombre d'heures de sommeil peut réduire le risque, des recherches ont admis un lien direct entre la maladie et le travail nocturne: «Certaines études ont suggéré que le travail de nuit, qui inverse le rythme circadien, peut augmenter le risque de développer un cancer du sein», acquiesce la Dre Wolfer.
Ce printemps, le tribunal administratif de Marseille confirmait ce lien inquiétant, particulièrement dans les cas où ces horaires sont adoptés durant de nombreuses années, et notamment dans un contexte hospitalier fait de pression et de stress intenses. Le travail de nuit est également considéré comme «potentiellement cancérigène» par l'OMS depuis 2007.