Le champion raconte sa lutte contre le cancer
Niels Hintermann: «J’ai tout de suite été en mode combat»

L’automne dernier, le diagnostic de cancer a pris le descendeur zurichois Niels Hintermann (29 ans) au dépourvu. Arrivé aujourd’hui en fin de chimiothérapie et de radiothérapie, il évoque cette période difficile. «Tout semble positif, on ne voit plus rien de la tumeur.»
Publié: 19.02.2025 à 12:37 heures
Marco Büchel
L'Illustré

Quand le champion de descente Niels Hintermann se présente devant les médias le 9 octobre dernier, c’est le choc. Il annonce tout de go qu’il se prépare à manquer la saison à venir. En cause: un cancer des ganglions lymphatiques. La tumeur a été découverte peu de temps auparavant par un physio, lors d’un camp d’entraînement. Entre-temps, le Zurichois a terminé son traitement. Il raconte comment il a vécu cette période difficile.

Deux cycles de chimiothérapie et de radiothérapie sont derrière vous. Tous les signaux sont-ils au vert?
Pour moi, c’est certain. Même si je n’ai pas encore de résultats définitifs. Il faut attendre six semaines après la fin de la radiothérapie pour passer un scanner. Les résultats sont très positifs, on ne voit plus rien de la tumeur. C’est bon signe. Les médecins s’attendent à ce que les scanners soient bons, mais nous ne savons pas encore exactement.

Niels Hintermann a répondu aux questions de Marco Büchel (53 ans), lui-même champion de ski alpin jusqu’en 2010.
Photo: Sven Thomann/Blicksport

Comment se déroule une telle chimiothérapie?
On ne souhaite cela à personne. J’ai eu la chance d’être extrêmement en forme physiquement quand j’ai commencé. Cela aide beaucoup. J’ai eu deux cycles, dont l’un consistait en deux perfusions. Pendant environ quatre heures, différents médicaments ont circulé dans mon corps. A ce moment-là, on ne sent pas encore grand-chose, à part que je suis devenu blanc comme un linge. Après les deux premières perfusions, je me sentais très bien. J’étais juste très fatigué, j’ai commencé à avoir des problèmes de sommeil. Il n’était plus du tout de qualité. Le pouls au repos se situait entre 70 et 85, alors qu’il est normalement de 46. Le corps travaillait en permanence. C’était encore anodin. Lors des perfusions du second cycle, ce fut plus intense.

Dans quel sens?
Les effets secondaires ne sont apparus chez moi que deux ou trois jours plus tard. Dès que je me levais, j’avais envie de vomir et j’avais mal aux membres. La chimiothérapie ne combat pas seulement les tumeurs, mais aussi la moelle osseuse, responsable de la formation du sang et de nos défenses immunitaires. Mon système immunitaire était inexistant pendant cette période. J’avais même du mal à me lever de mon lit. Mais je ne veux pas me plaindre; je n’ai eu que sept ou huit mauvais jours pendant les deux mois de chimio. Cela aide vraiment d’être en bonne forme physique.

«Le feu brûle encore», assure Niels Hintermann. Après Val Gardena en décembre, il a aussi été présent au bord des pistes lors des courses d’Adelboden (BE).
Photo: Sven Thomann

Que se passe-t-il lors d’une radiothérapie?
C’est une machine de fou. On est couché sur une table avec un masque fabriqué sur mesure qui a pour but de maintenir la tête et le cou immobiles et dans la bonne position pendant le traitement. Ensuite, une sorte de bras se déplace autour de nous et nous irradie. Tout cela ne dure pas longtemps, dix minutes en tout, et l’irradiation elle-même ne dure que deux minutes. Je n’ai rien senti, aucun effet secondaire.

Vous n’avez jamais manqué de volonté?
Pas du tout. J’ai travaillé sur l’entraînement mental, l’acceptation des mauvais jours. C’est ce que j’emporterai avec moi à l’avenir. Je ne dois pas me mesurer au Niels d’il y a trois mois ou à celui de dans trois mois. Je ne peux comparer qu’avec le jour précédent. Accepter les mauvais jours et qu’il puisse y en avoir encore. Qu’il s’agisse du plan privé, de la condition physique ou de la neige. Je ne pouvais pas accepter de telles situations jusqu’à présent. Cela m’a ouvert les yeux.

Vous avez remarqué la présence de la maladie en Amérique du Sud, lors d’un camp d’entraînement...
Oui, je faisais du slalom géant tout à fait normalement, puis j’ai suivi un entraînement de vitesse. Après cela, j’ai eu l’impression que mon cou était comme «fermé». Je suis allé voir le physio. Il m’a expliqué que mes ganglions lymphatiques étaient très gros et m’a demandé de faire un bilan, juste pour être sûr. J’ai terminé le camp d’entraînement normalement, sans symptômes. Pas de panique à ce moment-là. Quand les examens ont commencé, j’avais déjà la tête qui tournait. Les médecins ont essayé de me rassurer en me disant qu’il n’y avait sûrement rien. Et puis, il y a eu quelque chose...

Le descendeur Niels Hintermann pendant sa chimiothérapie. Il a dû en suivre deux cycles, suivis de radiothérapie.
Photo: Instagram/nielshintermann

Comment s’est passé ce moment?
Ce n’était pas agréable. Pendant deux jours, j’ai subi tous les examens possibles. Le médecin-chef de Swiss-Ski, Walter Frey, a reçu les résultats et a pu voir immédiatement que tout n’allait pas bien. Il a appelé l’oncologue, mais il était en vacances. Nous avons alors cherché des médecins qui pouvaient nous expliquer le diagnostic. J’étais en route pour les journées de ski à Dübendorf, début octobre, quand Walter Frey m’a appelé: «C’est comme cela, tu as un cancer.» Je n’avais absolument aucun rapport avec cela dans ma famille ou chez des amis, et on associe très vite ce sujet à la mort. Ce fut vraiment dur. J’ai dû attendre quelques jours avant le rendez-vous. Puis j’ai su assez rapidement que mon cancer se soignait bien et qu’il ne s’agissait pas de vie ou de mort. Le sport a tout de suite été relégué au second plan.

Vous avez cherché des informations sur Google?
Non. Walter Frey nous a dit, à ma femme Lara et à moi, de ne pas googler, mais de noter toutes nos questions. Ensuite, le jour du rendez-vous, les médecins ont pris beaucoup de temps pour y répondre. Après cela, tout était très clair. Je savais qu’il y aurait deux ou trois mois difficiles. J’ai tout de suite été en mode combat. Mon cancer se soigne très bien. Je n’en garderai aucune séquelle. A partir de là, tout est bien allé.

La déclaration des médecins a-t-elle été comme une libération?
Quand on a affaire à des oncologues, il existe un large éventail de diagnostics. Le mien représentait de loin le meilleur cas de figure. Aucun organe n’était atteint, la tumeur se trouvait à un endroit isolé, dans le cou, loin de tout ce qui pourrait être endommagé, même à l’avenir. Le diagnostic a bien sûr représenté un choc, mais ma femme et moi étions confiants. Cela a rendu les choses plus faciles pour elle, pour moi, pour ma famille. Nous avons pu tout à coup passer beaucoup de temps ensemble, des moments de qualité. J’ai vu quelques matchs du club de hockey de Zurich depuis la patinoire. J’ai beaucoup cuisiné, joué à des jeux de société. Il y a toujours deux faces à une médaille, tout dépend du côté que l’on regarde. Pendant le premier cycle, j’ai pu m’entraîner un peu. Pendant le second, je n’ai plus eu aucune chance de le faire.

Est-ce dur pour vous d’être sur la touche pendant les courses? Le feu brûle-t-il toujours?
Bien sûr, le feu brûle. Je vois les pistes fermées, le temps magnifique et je me réjouis d’y être de nouveau. Mais, pour l’instant, cela ne me dérange pas trop de ne pas pouvoir m’aligner. Je suis trop loin de tout cela au niveau physique. J’ai été très heureux pour Marco Odermatt, Franjo von Allmen, Lars Rösti et toute l’équipe. C’était agréable d’être de nouveau là. Tous les athlètes sont venus me voir, de toutes les nations. Tous m’ont serré la main, la sympathie était énorme.

Vous étiez aussi présent à Adelboden.
Oui, mais davantage pour les sponsors et la fédération. Ils ont fait beaucoup pour moi, m’ont donné la sérénité nécessaire. La dernière fois que j’étais allé à Adelboden, c’était lors de la saison 2017-2018, quand j’étais blessé. C’est relativement petit, mais il y a tellement de monde!

Que vous souhaiter pour l’avenir?
La santé. Je peux venir avec des phrases toutes faites comme un globe de Coupe du monde, une victoire olympique, devenir champion du monde. Bien sûr que je le veux. Mais, pour l’instant, c’est vraiment la santé. Le reste viendra ensuite.

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