Pia Sundhage a tellement d'expérience, que ce soit dans le football ou dans la vie, qu'elle ne peut pas être étonnée. La sélectionneure de la Nati était encore en train de parler aux médias, lundi dernier à Muri, passant du temps sur plusieurs thèmes et se montrant comme toujours disponible et professionnelle, que les premières alertes tombaient déjà sur les téléphones: Alisha Lehmann écartée de l'équipe de Suisse! La Suédoise en est consciente: quoiqu'elle dise, quoiqu'elle fasse, le sujet numéro 1 autour de la Nati sera toujours (en tout cas pour l'instant) celle qui est aujourd'hui, en termes de qualité et de potentiel, la cinquième ou sixième meilleure attaquante de son équipe... au mieux.
La concurrence est rude
La jeune et talentueuse Sydney Schertenleib lui est passée devant, Ramona Bachmann et Ana Maria Crnogorcevic ont toujours une bonne longueur d'avance, tandis que l'émergence d'Iman Beney la rend incontournable, que ce soit sur un côté ou en pointe. Sans oublier, bien sûr, Seraina Piubel et Riola Xhemaili. Mais l'aura médiatique et populaire d'Alisha Lehmann la rend incontournable dans les discussions, en décalage avec son niveau de forme actuel et ce indépendamment de la concurrence.
Pia Sundhage a assumé sa décision, comme toujours, et, aux yeux des spécialistes et des suiveurs réguliers de l'équipe nationale féminine, le débat est d'ailleurs inexistant. Blessée en début d'année, Alisha Lehmann est depuis son retour restée clouée sur le banc de la Juventus. «C'est difficile de l'évaluer en ce moment. Ce qui est sûr, c'est que la porte de la Nati est ouverte à tout le monde», a expliqué Pia Sundhage, qui attend de voir si l'attaquante de la Juventus remonte la pente dans les prochaines semaines avec son club.
Elle doit monter en puissance avec la Juventus
«Elle revient de blessure et elle a encore le temps pour montrer à tout le monde qu'elle a sa place avec la Nati et peut être utile à l'équipe. Elle doit utiliser le temps de jeu qu'elle aura à Turin pour monter en puissance», enchaîne la sélectionneure, qui fera ses choix en son âme et conscience. «Je le dis souvent et je le répète aujourd'hui: les 23 joueuses qui iront à l'Euro ne seront pas forcément les 23 meilleures du pays, mais celles qui formeront la meilleure équipe.»
Ramona Bachmann a un autre statut sportif
Pia Sundhage l'admet volontiers, elle a convoqué Ramona Bachmann pour ce rassemblement de mars, alors que l'attaquante de Houston est dans la même situation qu'Alisha Lehmann (57 sélections, 8 buts), avec un retour de blessure et un manque de temps de jeu. Mais le vécu de la meilleure buteure de l'histoire de la Nati (151 sélections, 60 buts) est incomparable avec lui d'Alisha Lehmann (57 sélections, 8 buts) et la sélectionneure assume pleinement cette différence de traitement. Le statut sportif des deux joueuses est différent, les perspectives aussi. La situation de l'attaquante de la Juventus peut plus facilement être comparée à celle de Riola Xhemajli, pas convoquée non plus pour ce rassemblement, alors qu'elle effectue de bonnes prestations avec le PSV Eindhoven. Comment aurait-il été possible de justifier d'appeler Alisha Lehmann, qui ne joue pas, plutôt qu'elle? Difficile de trouver un argument sportif.
Ancienne sélectionneure du Brésil, de la Suède et des Etats-Unis, Pia Sundhage a entraîné les meilleures joueuses du monde et sait gérer la pression. Elle n'hésitera ainsi pas à prendre une décision potentiellement impopulaire si elle estime qu'il s'agit de la bonne chose à faire. Même si cela implique de se passer d'Alisha Lehmann pour l'Euro, ce qui pourrait potentiellement avoir un impact sur le grand public et la notoriété de l'événement, tant la Bernoise draine des millions de followers dont l'ASF n'aimerait pas se priver.
Alisha Lehmann avait elle-même déclaré forfait pour l'Euro 2022
Ce ne serait cependant pas la première fois, puisque la joueuse elle-même avait choisi de déclarer forfait pour la dernière édition en date, en 2022 en Angleterre, ne s'estimant pas dans les meilleures dispositions psychiques. Si elle semble aller bien mieux mentalement en cette année 2025, c'est bien sa forme physique, et la concurrence accrue, qui pourrait cette fois la priver de cette compétition attendue par toute la Suisse du football.