En bref
- Christa Pike a survécu au Tennessee à deux injections létales de pentobarbital
- Le protocole ne prévoit pas de suite après un second échec, relançant le débat
- Veines difficiles, thrombocytose ou produit défaillant sont évoqués sans confirmation
Mercredi, la vie de la meurtrière condamnée Christa Pike aurait dû prendre fin. Elle a toutefois survécu à deux injections de pentobarbital – un produit mortel –, avant d'être transportée d’urgence à l’hôpital pour y recevoir des soins.
Outre la question de savoir pourquoi la substance n’a pas agi, un nouveau débat sur la peine de mort a éclaté. En effet, ce n’est pas la première fois que l’administration de l’injection ne se déroule pas comme prévu.
Comment fonctionne l’injection létale
Normalement, comme le montrent certaines superproductions hollywoodiennes, l’exécution se compose de trois médicaments: un anesthésiant ou sédatif, un relaxant musculaire qui paralyse également la respiration, et enfin un produit provoquant l'arrêt cardiaque.
Plusieurs Etats, dont le Tennessee, n’utilisent plus qu’une très forte dose de pentobarbital, un barbiturique puissant, rappelle le Death Penalty Information Center. Si tout se déroule sans accroc, le condamné perd connaissance, sa respiration se bloque, puis survient l’arrêt respiratoire. Par conséquent, la circulation sanguine s'interrompt et le cœur cesse de battre. Mais sur le plan scientifique, il n'est pas certain que ce type d’exécution ne cause aucune douleur ni souffrance inutile.
Quand l’injection ne fonctionne pas
En principe, une dose du produit mortel devrait suffire à tuer un détenu. Mais le protocole d’exécution de l’Etat du Tennessee prévoit qu’une deuxième série d’injections soit administrée si le condamné est encore en vie après la première. En revanche, le protocole ne précise pas la marche à suivre si la personne survit également à la seconde administration.
Un expert de la peine capitale a qualifié ce fiasco «d’échec sans précédent». Dans la foulée, le gouverneur du Tennessee, Bill Lee, a suspendu les exécutions prévues pour le reste de l’année, rapporte KPBS News.
Comment a-t-elle pu survivre?
La raison pour laquelle cette condamnée à mort est encore en vie n’est pas encore clairement établie, mais plusieurs pistes sont avancées. Ses avocats avaient pourtant tiré la sonnette d'alarme dans une lettre transmise avant l’exécution.
Ils soulignaient que Christa Pike avait des veines fines et particulièrement difficiles d’accès. Ils faisaient également valoir qu'elle souffrait de thrombocytose, un trouble caractérisé par un taux élevé de plaquettes sanguines. Le sang devient alors plus épais, a tendance à grumeler et peut obstruer les cathéters.
Il est donc possible que le cocktail mortel n’ait pas pu se diffuser correctement dans son organisme. La thèse d’une dose de pentobarbital sous-dosée ou déficiente est aussi évoquée. Aucune de ces hypothèses n’a encore été confirmée.
Ils ont survécu au jour de leur mort:
- Tony Carruthers – Tennessee: En mai déjà, une exécution a viré au fiasco au Tennessee. Tony Carruthers aurait dû mourir le 21 mai. Si l’équipe a réussi à poser le premier accès intraveineux, elle n'a jamais pu installer le second accès de secours requis par le protocole. Après environ 1h30 de tentatives infructueuses, l’exécution a été interrompue. Le condamné à mort a obtenu un sursis d’un an de la part du gouverneur Bill Lee.
- Thomas Eugene Creech – Idaho: A huit reprises, le 28 février 2024 dans l’Idaho, les équipes ont tenté de poser un accès intraveineux fonctionnel sur les bras, les jambes, les mains et les pieds de Thomas Eugene Creech. Après 58 minutes d'échecs répétés, le directeur de la prison a stoppé la procédure, reportée depuis à une date indéterminée.
- Kenneth Eugene Smith – Alabama: Le 17 novembre 2022, l’exécution de Kenneth Eugene Smith a échoué, les agents n'étant pas parvenus à planter une perfusion avant l’expiration du mandat d’exécution. Le 25 janvier 2024, Kenneth Eugene Smith a finalement été exécuté lors d’une seconde tentative par hypoxie à l’azote. Equipé d’un masque lui injectant de l’azote pur sans oxygène, ses tissus et ses organes ont été asphyxiés jusqu'à ce que mort s'ensuive.
- Alan Eugene Miller – Alabama: Des complications d'accès intraveineux ont également gâché une exécution en 2022. Pendant 90 minutes, le personnel s'est acharné à poser une perfusion à Alan Eugene Miller. L’Alabama s’est ensuite engagé devant la justice à ne plus jamais tenter de l'exécuter par injection létale. Lui aussi est finalement mort par asphyxie à l’azote en 2024.
- Romell Broom – Ohio: Au lieu de mourir par injection létale en 2009, Romell Broom s'est éteint en prison en 2020, probablement emporté par le Covid-19. Là encore, l'équipe pénitentiaire n'avait pas réussi à poser de voie veineuse après plus de deux heures d'essais. Bien qu'une seconde tentative ait été autorisée par la justice, elle n’a jamais eu lieu.