La réclusion criminelle à perpétuité a été requise vendredi à l'encontre de l'Algérien Mohamed Medjdoub, jugé devant la cour d'assises spéciale de Paris pour un attentat à la bombe ayant fait une quinzaine de blessés en France, devant une boulangerie de Lyon (centre-est) en 2019.
L'avocat général a aussi requis une période de sûreté de 22 ans.
«Mohamed Medjdoub a choisi le silence, il y retournera après la décision» de la cour, a dit l'avocat général Nicolas Braconnay à l'issue de ses réquisitions. «La justice aura le dernier mot face au fanatisme», a-t-il ajouté.
Dans son box, assis (il refuse de se lever), regardant droit devant lui, sans daigner tourner la tête vers la cour ou les parties civiles, l'accusé est resté arc-bouté dans son attitude de «condescendance méprisante» comme l'avait noté, au début du procès, le psychiatre Daniel Zagury, un expert qui a souvent eu l'occasion de s'entretenir avec des personnes impliquées dans des attentats jihadistes.
Engagement islamiste
Le «choix du silence et du mépris» adopté par l'accusé a laissé «un goût amer» aux victimes et provoqué de «la frustration» pour tous, a estimé l'avocat général, dénonçant «le dogmatisme» et «l'arrogance narcissique» de l'accusé.
Ce «choix du silence» est «un choix idéologique», a relevé le magistrat en rappelant que Mohamed Medjdoub avait «reconnu et revendiqué» les faits pour lesquels il est jugé.
«Il faut prendre son engagement idéologique en faveur du jihadisme islamiste au sérieux», a estimé le magistrat du Parquet national antiterroriste (Pnat) à l'adresse de la cour.
Une quinzaine de blessés
Le 24 mai 2019, deux jours avant les élections européennes, le jeune homme radicalisé avait posé une bombe fabriquée par ses soins devant une boulangerie d'une rue piétonne de Lyon. L'explosion de l'engin a fait une quinzaine de blessés dont une fillette de 10 ans.
La bombe, emballée dans un sac en papier kraft, était composée de TATP, un explosif artisanal relativement facile à fabriquer, enfermé dans un tube de chips avec plus de 270 billes et vis métalliques.
Devant les enquêteurs, il a expliqué que son objectif était de créer un sentiment de peur pour que l'extrême droite gagne les élections. Une victoire de l'extrême droite exacerberait les tensions avec les musulmans et favoriserait «une guerre civile», espérait-il.
L'accusé conteste
Mais, selon l'avocat général, l'objectif était bien de tuer. «Si sa bombe n'a tué personne, c'est uniquement dû au hasard», a-t-il fait valoir.
Si l'accusé conteste son intention homicide, c'est à cause de son «échec». «C'est comme un magicien qui rate son tour et dit, vexé, qu'il l'a fait exprès», a ironisé l'avocat général.
Le procès est prévu jusqu'au 7 avril.