Le gouvernement de Giorgia Meloni frappe fort: l’accès à la nationalité italienne par filiation – le fameux droit du sang – est désormais sévèrement restreint. Pour des millions de descendants d’Italiens à travers le monde, le rêve d’un passeport européen vient de s’éloigner.
Jusqu’ici, il suffisait de retrouver un ancêtre italien né après le 17 mars 1861, jour de l’unification du pays, pour réclamer la nationalité, explique le «New york Times». Une porte d’entrée vers l’Union européenne et un des passeports les plus puissants du monde. Mais face à une explosion des demandes, les tribunaux, consulats et administrations étaient débordés, ne pouvant presque plus gérer leurs autres activités.
Le décret-loi adopté vendredi 28 mars change la donne. S'il s'applique immédiatement, il n'est pas rétroactif pour celles et ceux déjà considérés comme citoyen italien. La loi sera soumise au Parlement et des modifications pourraient y être apportées.
Des critères stricts
Désormais, seuls les candidats ayant au moins un parent ou un grand-parent né en Italie peuvent prétendre à la citoyenneté. Et ce n’est pas tout: un Italien né et vivant à l’étranger ne pourra plus transmettre sa nationalité à ses enfants s’il n’a pas vécu au moins deux ans en Italie.
Autre nouveauté: les Italiens vivant à l’étranger devront désormais prouver tous les 25 ans qu’ils conservent un lien réel avec leur pays d’origine — voter, renouveler un document d’identité, ou mettre à jour leur état civil. Sans cela, ils risquent de perdre leur nationalité. En clair: ceux qui obtiennent la nationalité sans jamais mettre les pieds en Italie pourraient la voir disparaître.
«Etre citoyen italien est une chose sérieuse», a lancé le ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani lors de la conférence de presse. «Ce n’est pas un jeu pour obtenir un passeport et faire du shopping à Miami.» Pour le gouvernement, ce décret vise à mettre un terme à «des années d’abus», où certains candidats n’avaient que très peu de lien avec l'Italie, convoitant uniquement son passeport.
L’Amérique du Sud en ligne de mire
Entre 2014 et 2024, le nombre d’Italiens vivant à l’étranger est passé de 4,6 à 6,4 millions, avec une forte hausse en Amérique du Sud, rapporte CNN. Rien qu’en 2024, le consulat italien en Argentine a traité 30'000 demandes, soit 10'000 de plus que l'année précédente. Le pays compte 25 millions de descendants italiens. Parmi eux, le président Javier Milei ou encore Lionel Messi ont acquis la nationalité italienne
Le quotidien argentin «La Nación» parle d’un «tournant radical» et d’«une mauvaise nouvelle pour des milliers d’Argentins désireux de rejoindre l’Europe», rapporte Euronews. Mais l’affaire pourrait rebondir.
Pour Samantha Wilson, directrice de Smart Move Italy, une société spécialisée dans la citoyenneté italienne, ce décret est «juridiquement faible». Elle dénonce une adoption précipitée, en urgence, sans respect du processus démocratique, et promet de contester la réforme devant les tribunaux. De quoi peut-être rassurer quelques membres de la diaspora italienne.